" Après le déluge " Joy Castro

Publié le par Guillaume Lagrée

" Après le déluge "

Joy Castro

Gallimard, Série Noire, Paris, 2014, 396p.

Traduit de l'américain par Isabelle Maillet

Titre original " Hell or high water ".

Merci au Canard Enchaîné de m'avoir fait découvrir Joy Castro et son héroïne Nola Cespedes.

Après Katrina (le déluge), plus de 1300 délinquants sexuels ont disparu des écrans radars à la Nouvelle Orléans. 3 ans après, plus de 800 n'étaient pas réapparus officiellement. Quelles conséquences pour la société, la sécurité publique? Une réintégration est-elle possible? Quels traitements doivent ils suivre pour gérer leurs pulsions jusqu'à devenir inoffensifs? Que savent leurs voisins, leurs parents, leurs amis?

C'est le dossier sensible sur lequel doit enquêter Nola Cespedes, jeune journaliste ambitieuse au Times Picayune. Nola comme New Orleans Louisiana (écoutez les Nola Improvisations du guitariste français Pierre Durand). Nola a 27 ans, a grandi seule avec une mère cubaine dans un quartier miteux et s'en est sortie grâce aux études. Sa vie sexuelle est à risques (elle ne fait pas de sentiment), ses copines sont bien plus riches qu'elle, son travail à la rubrique Loisirs du journal l'ennuie.

Avec cette enquête, elle va se révéler et dévoiler une face cachée de la ville, de celle qu'on ne montre pas aux touristes.

Elle va trouver des délinquants sexuels sortis de prison, les rencontrer, les faire parler, les dévoiler. Elle rencontrera aussi deux psychologues: un homme spécialiste de la réinsertion des délinquants sexuels, une femme spécialiste de la reconstruction de leurs victimes. Elle ne rencontrera pas de victime car elle n'en a pas besoin.

Il s'agit d'un roman au féminin et féministe mais qui n'est ni mièvre ni aigri envers le camp opposé comme disait Frank Zappa. La preuve avec des portraits d'hommes dignes d'intérêt: un amant d'un soir qui se révèle aussi intéressant d'esprit que de corps, un vieux professeur de journalisme qui lui redonne confiance en ses moyens, un rédacteur en chef qui la met au défi.

L'auteur sème des indices au fil des pages mais j'avoue ne pas les avoir saisis au passage et n'avoir compris le fin mot de l'histoire qu'à la fin. Un manque de finesse indigne de vous, lectrices subtiles, lecteurs perspicaces.

En tout cas, il n'y a pas de happy end même si notre héroïne se sort de cette aventure sans une égratignure. Au physique car, au mental, c'est autre chose.

" Un grand écrivain ne suppose pas la connaissance de l'univers qu'il décrit. Il la procure " (Umberto Eco). En ce sens, Joy Castro est un grand écrivain car, 50 ans après "La conjuration des imbéciles " de John Kennedy Toole, elle nous offre un portrait de la Nouvelle Orléans, criant, suintant de vérité.

En ouvrant le Times Picayune de ce jour, j'apprends que le maire de La Nouvelle Orléans, Mitchell J. Landrieu (descendant de Français) a décidé de réformer l'unité du NOPD (New Orleans Police Department) en charge des crimes sexuels. Aurait-il lu " Après le déluge " de Joy Castro? Dès son entrée en fonctions, M le maire avait demandé l'aide du gouvernement fédéral à Washington pour réformer une police " raciste, incompétente et corrompue " selon ses propres termes. Il a le mérite de poursuivre son action.

Les enquêtes de Nola Cespedes se poursuivent avec " Nearer Home " (pas encore traduit en français) qui se déroule durant le New Orleans Jazz and Heritage Festival.

Si le Jazz ne figure pas expressément dans ce livre, il en transpire à chaque page tant la naissance du Jazz est liée au sexe et à la Nouvelle Orléans. Histoire qui se poursuit avec le trompettiste Christian Scott, alias Christian Atunde Adjuah, qui surnomme le NOPD, le KKPD (Klux Klux Police Department).

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