Le Hornitos Trio d'Oscar Noriega passe le Sud des Alpes

Publié le par Guillaume Lagrée

Hornitos Trio

Le Sud des Alpes

Genève, Suisse

Samedi 13 décembre 2014. 21h30.

L'Hornitos Trio est composé de

Oscar Noriega: saxophone alto, clarinette basse

Brandon Seabrook: guitare électrique

Tom Rainey: batterie

Oscar Noriega n'est pas le fils d'un dictateur panaméen déchu. Il n'est pas non plus un Wet Back (dos mouillé par la traversée du Rio Grande) puisqu'il est né en Arizona de parents mexicains, du bon côté de la frontière. Il est saxophoniste, clarinettiste et vit à New York.

Le concert commence à 21h45. L'AMR est une des rares institutions genevoises à ne pas être parrainée par une marque de montres.

Ils attaquent à bloc tout de suite. Tom Rainey est un batteur prestidigitateur. L'homme qui avance en marche avant , en marche arrière et en crabe en même temps. Je connais un batteur professionnel qui a renoncé à suivre les cours de Tom Rainey au bout du 2e exercice. Trop difficile. Le trio entier joue en indépendance coordonnée. Il y a bien des mélodies, des rythmes mais ll faut être un mathématicien indien pour les compter. Tom Rainey nous emmène de la forêt à l'usine ou au barrage hydro électrique d'un instant à l'autre. Ces gars là viennent de New York. Ca sent la Mer. Des craquements de cargo culte, des murmures de vagues sur la jetée, la corne de brume. Oscar Noriega a un son splendide à l'alto qu'il fait chanter comme une flûte. Le morceau devient une suite où les mélodies, les climats s'enchaînent. Le guitariste utilise avec goût les effets sans en mettre plein les oreilles pour impressionner. Après une phase calme, un rock endiablé. La tempête après le calme. Hornitos porte bien son nom. Ca fume.

Brandon Seabrook travaille seul ses cordes et ses effets, générant un rythme en boucle. Il cherche et trouve. Il coupe ce rythme, en trouve un autre tout aussi envoûtant, le coupe, repart. Bref, c'est un récit à suspens. Ca se calme pour une ballade avec Tom Rainey aux balais. La guitare sonne à la fois comme une guitare et comme une basse. Oscar Noriega a repris un chant aigre doux, propre au sax alto. Musique hypnotique qui monte en spirale. S'il y avait des enfants dans la salle, ils danseraient. Il y a la place mais les adultes n'ont pas cette audace. C'est à la fois cérébral et organique. Grand, quoi! Après un climax, retour au calme pour le même thème joué tout en puissance contenue. Comme un sportif qui gère son effort, ils ont de la réserve.

Oscar seul à l'alto pour commencer avec des effets de souffle, de langue. Le guitariste le rejoint par vagues contenues. Tom Rainey lance la machine. Un standard sacrément revisité. Du Monk? Un couple arrivé en retard s'en va au bout de 5mn. La liberté fait toujours peur. Mieux vaut s'éclipser discrètement que de manifester bruyamment son mécontentement. C'est plus poli. Un solo de batterie de Tom Rainey avec une technique à la hauteur de son imagination, toujours au service de la musique. Juste de quoi relancer la machine.

Clarinette basse. Beau son grave digne de ma Mère l'Oye marchant lentement. Dialogue de subtilités entre la clarinette basse et la batterie. Maintenant, c'est le pas de l'ours en forêt. La guitare vient y ajouter une nuée d'orage, le chant d'un ruisseau. Bref, c'est la forêt, la nuit. Une promenade mystérieuse voire dangereuse. Une ballade hypnotique. Ils nous emmènent loin. Cela se termine dans un souffle conjoint. Splendide.

Il y avait bien une composition de Thelonious Sphere Monk au programme. Oscar Noriega l'a confirmé.

Retour à l'alto pour " Sounds of the fault ". Une sorte de be bop ultra moderne. Agité, urbain, précis, électrique. Bel exemple pour les enfants: il est possible de gagner sa vie en faisant les fous sur scène mais de façon pensée et après avoir beaucoup travaillé. L'improvisation ne supporte pas l'approximation.

Ils ont des partitions devant eux. Les lisent-ils? Oscar commence seul avec un beau son velouté à souhait. Guitariste et batteur, aux balais, le rejoignent pour une ballade somptueuse. Aucune guimauve. Juste de l'émotion polie. Contrairement à la tequila du même nom, l'Hornitos trio est à consommer sans modération.Le guitariste sort des effets de violon tant il étire ses notes. Je suis touché en plein coeur.

PAUSE

Comme le dit un spectateur: " Tu sens la pulsation mais tu ne sais pas où est le temps ". Bonne définition de l'art de Tom Rainey. Oscar Noriega aime tellement Monk qu'il joue avec un chapeau sur la tête.

Sax alto. Baguettes sur les cymbales. Guitare qui étire les sons comme un violoncelle. Une sorte de ballade. Brume sur l'Atlantique Nord. Brandon Seabrook passe un archet sur ses cordes de la main droite tout en pinçant le manche de la main gauche. Tom Rainey, magicien sonore, joue t-il aux balais ou avec les mains? Je suis trop loin pour le voir et, à l'oreille, le son qu'il produit est si personnel que je ne peux rien conclure. Au Sud des Alpes, quand les musiciens jouent, le bar est fermé. Résultat: le public est attentif, respectueux. L'intro s'étire jusqu'à finir avec le morceau.

Un morceau agité, comme un air antillais, malaxé par Brooklyn. Un solo de Tom Rainey, c'est de la musique, pas de la batterie. Le guitariste ponctue par éclairs. Le trio repart avec le batteur qui joue des baguettes sur les bords de caisses. Un cliquetis qui s'harmonise avec les grincements de la guitare, les envolées du saxophone. Un dernier cri du sax et c'est fini. C'était " Nice Try " composition d'Oscar Noriega dédiée à Paul Motian avec qui il joua.

Un morceau sur tempo medium, plus classique que le précédent, avec 3 voix distinctes et coordonnées.

Duo batterie/sax alto. Un dialogue de sons, d'ambiances. Un son quasi liquide avec des bulles qui éclatent au sortir du pavillon du saxophone. La guitare apporte des bruitages mordants. Tom Rainey tient le rythme à sa manière. Là encore, cela m'évoque la mer, un port. La guitare sort des sons comme d'une radio qui a des problèmes de diffusion. Le sax hoquète joyeusement. Tom Rainey lance le groove et cela devient funkadelic avec tout le respect dû à George Clinton. Sans quitter Genève, sans prendre l'avion de l'ONU, nous voici à New York. C'est la pulsation même de la ville qui ne dort jamais qui bat sur cette scène à cet instant. Riffs de guitare, pulsation volcanique de la batterie, envolées du sax. Personne ne danse alors qu'il y a la place. Des enfants danseraient, c'est sûr. Après ce morceau, je fais la même réflexion que mon voisin de dos: " Ca envoyait! ".

Ils rejouent le premier morceau du premier set car Oscar Noriega vient de le composer et souhaite le rejouer. Ca attaque mais moins massivement que le précédent morceau, calme et méditatif. Retour de la brume sur l'Atlantique Nord même si le lac Léman n'est pas loin. La sirène d'un cargo fend l'espace. Le mugissement de la Mer l'emporte. Retour au port, en ville, dans l'agitation et l'excitation.

Une ballade. Tout en douceur et tous ensemble.

RAPPEL

Morceau un poco agitato. Tempo furioso. C'est la tempête électrique, rythmique, mélodique. Tout se calme pour un duo guitare/sax où les sons s'allongent et se prolongent. Le temps est suspendu à ce son. Puis c'est fini.

Pourquoi le Hornitos Trio? Parce que c'est un nom de tequila et qu'Oscar Noriega est d'ascendance mexicaine, parce qu'il joue du biniou (horn in english), parce qu'hornitos est un terme de vulcanologie en anglais. Si vous trouvez d'autres explications, lectrices lettrées, lecteurs savants, je suis preneur.

Le Hornitos Trio a mené un stage pour musiciens, à Genève, à l'AMR le dimanche 14 décembre 2014 de 11h à 13h puis de 14h à 17h. L'improvisation, cela s'apprend, sinon c'est du grand n'importe quoi.

A New York, USA, Oscar Noriega a élu domicile musical au Barbès Brooklyn, club tenu par deux Français comme son nom l'indique. L'y voici avec le Hornitos Trio jouant un standard " Darn that dream " cher à Martial Solal & Lee Konitz.

La photographie de Tom Rainey est l'oeuvre du Magique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Tom Rainey par Juan Carlos HERNANDEZ

Tom Rainey par Juan Carlos HERNANDEZ

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