Airelle Besson & Nelson Veras, grands chefs du réfectoire des Cordeliers

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz à Saint Germain des Prés

Paris . Réfectoire des Cordeliers

Mercredi 27 mai 2015. 21h.

Airelle Besson : trompette

Nelson Veras : guitare acoustique

L’endroit est magique. Un réfectoire gothique d’une abbaye de moines cordeliers, reconverti en salle de concert pour la 15e édition du Festival Jazz à Saint Germain des Prés. Cela rappelle celui de l’abbaye de l’Epau où se joue chaque année l’Europa Jazz festival du Mans. En moins beau évidemment mais, pour Paris, c’est convenable.

La salle est comble ce qui est réjouissant étant donné la qualité et l’exigence de ce duo « Prélude ».

Une trompette au son hispanique. Elle me rappelle « Sketches of Spain » de Miles Davis et Gil Evans. Evidemment, nous sommes très loin du « Be Bop » (Dizzy Gillespie) mais c’est un autre genre de beauté et ce style de jeu appartient à Dizzy Gillespie. Nelson la rejoint. La musique prend forme et le charme opère. Belle acoustique, pleine d’air et d’espace.

Une ballade s’ensuit. La trompette sonne comme une sirène de pompiers mais en douceur. Le morceau n’a pas encore de titre. Airelle Besson a demandé au public de lui en trouver un. Je propose « Au feu ». L’eau est assurée par la guitare.

Pendant qu’Airelle Besson se bat avec son chevalet et finit par le plier à sa volonté, Nelson Veras joue. Cet homme est l’aisance personnifiée à la guitare. De la trompette sort un son plus viril, plus affirmé. Airelle se balance joliment, allant chercher le son au plus profond d’elle même. Dizzy Gillespie disait qu’il fallait serrer le trou du Q pour bien jouer de la trompette. Il l’avait même dit en direct à la télévision américaine au grand effroi de son épouse, Lorraine. C’était « Full moon in K », l’hommage d’Airelle Besson au trompettiste britannique Kenny Wheeler qui a manifestement exercé une grande influence sur son jeu plus mat que brillant pour parler en termes photographiques.

« Neige ». Superbe attaque de Nelson, bien relayé par Airelle. Plutôt que l’avalanche, c’est le skieur qui enchaîne les courbes avec grâce. Enfin, la musique sonne pleine et énergique.

Nelson enchaîne tout en douceur sur une ballade. La musique vole comme un châle au vent.

Un morceau plus rapide lancé à deux. Solo de guitare. Quel pincement de cordes et quelle articulations dans le propos ! Ses doigts sont des pattes d’araignée qui tissent leur toile sur les cordes de la guitare. L'expression " guitare sèche " est inappropriée à la façon dont joue Nelson Veras. Le souffle de la trompette vient soulever cette toile sans la rompre.

C’ était « Grand Central » (John Coltrane) suivi d’un morceau en première mondiale, sans titre pour l’instant.

« Pouki Pouki ». Un petit air dansant, presque de carnaval antillais. Ils peuvent aussi swinguer quand ils veulent. Ca, c’est beau. Airelle nous remercie pour notre écoute attentive. Le lieu et la musique l’imposent.

Pour finir, en toute logique, « Time to say goodbye ». Nelson égrène ses notes comme les perles d’un collier. Son nostalgique, style musique de film après la bataille quand il s’agit de compter les morts et les blessés. Très beau son de trompette. Le micro ne me paraît pas indispensable au vu de l’acoustique de la salle et de l’écoute attentive du public mais, du moins, il ne gêne pas.

RAPPEL

Airelle Besson nous remercie de nouveau pour la qualité de notre écoute. C’est notre remerciement pour la qualité de cette musique.

Nelson Veras annonce dans un portugais impeccable (le portugais des Brésiliens est plus intelligible que celui des Portugais car mieux articulé) un morceau de Toninho Horta. Le titre m’échappe tout de même. Peu importe, « music speaks for itself » disait Miles Davis. Au rythme de la guitare, cela sonne tout de suite brésilien. C’est la mignardise finale.

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