Short Songs de Patrice Caratini à l'Instinct Théâtre de Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Short Songs

L’Instinct Théâtre

Paris. Jeudi 18 juin 2015. 19h.

Patrice Caratini : contrebasse

Rémi Sciuto : saxophones alto et baryton

Hildegarde Wanzlawe : chant

Après l’album, me voici au spectacle « Short Songs » du trio de Patrice Caratini, pour l’avant- dernière d’une série de 2 mois de représentations à l’Instinct Théâtre, à Paris. Salle minuscule vouée au one (wo)man show. Le concert de ce soir fait exception, entre Jazz et Java, Pop et Folk, vagabondant à travers chants. C’est une vraie salle de théâtre puisqu’il y a des gradins. Une musique électronique, répétitive et commerciale passe en fond sonore. Rien à voir avec ce qui va suivre. Comme il n’y a qu’une vingtaine de places, c’est vite plein. Le cadre correspond à la musique, intimiste.

Vu la taille de la salle, le micro ne s’imposait pas dans les mains de la chanteuse. Heureusement, les musiciens n’en ont pas. Une chanson française à la mode réaliste des années 30 « A l’enseigne de la fille sans cœur ». Ca parle d’un café sur un port, d’une fille insensible jusqu’au jour où un mystérieux étranger arrive, ouvre son cœur, l’enlève. Sans elle, le café se meurt et est remplacé par le percepteur. Une chanson d’Edith Piaf que je ne connaissais pas.

« Le sujet, c’est la chanson sous toutes ses formes, toutes les latitudes et toutes les longitudes » (Patrice Caratini). Une chanson de Sting qui figure sur l’album, élégiaque et hivernale. Sax baryton.

Sax alto. Un inventaire non pas, à la Prévert, mais de Jacques Prévert. Un petit bijou de sonorités et d’allitération qui figure sur l’album. La contrebasse impulse. Le saxophone est sarcastique. Hildegarde connaît toutes les chansons par cœur. Elle a du mérite pour ces paroles là. Sa gestuelle souligne l’humour de la chanson dont le raton laveur est le fil conducteur.

Sax baryton. Une autre chanson de marins. Elle aussi sur l’album. Poignante dès le départ du duo chant/contrebasse. Le sax les rejoint en douceur. Ca change des chansonnettes- savonnettes que nous vend l’industrie du spectacle. Le micro sert à Hildegarde à faire des variations, pas à se faire entendre. Ca parle de morts en mer réincarnés en « Goélands ». Une chanson de Damia qui se trouve sur l’album.

Sax alto. Départ instrumental. Une chanson sardonique de Mireille et Jean Nohain sur les amours légères et passagères : « La plus ceci, la plus cela ». Tout a changé. Le ton, séducteur, la musique, enjouée. Sur l’album.

La chanson de marin revue et corrigée par Jacques Prévert, cela donne « La pêche à la baleine », une chanson surréaliste et humoristique. Musique de corrida lorsque la baleine empoigne un couteau pour tuer le baleinier devant sa femme et son fils !

« L’herbe tendre » (Serge Gainsbourg) chantée dans le film éponyme par Monsieur Serge en duo avec Michel Simon, acteur genevois. Une chanson qui est une philosophie de la vie. Sur l’album.

Sax alto. Duo romantique avec la contrebasse. Pas romantique mais baroque puisqu’il s’agit de l’Agnus Dei de Jean Sébastien Bach. Une nouvelle preuve de la vérité de l’assertion de Nietzsche : « Dieu doit beaucoup à Bach ». Normalement, cela se chante, corps droit et tête haute mais Hildegarde Wanzlawe est une pécheresse qui ne peut s’empêcher de prendre des postures lubriques en chantant une œuvre pieuse. Si grands que soient mes péchés, la miséricorde divine est plus grande encore, comme disait un poète persan amoureux du bon vin et des beaux garçons.

Retour à Prévert avec « Barbara ». Promenade en ville sous la pluie, à Brest, rue de Siam. Quelle connerie la guerre. De Brest, il ne reste rien dit la chanson. C’est ce que me disait ma grand-mère paternelle, native de Brest, qui ne revenait plus dans sa ville car elle ne la reconnaissait plus.

Sax baryton. Une très belle chanson de Joni Mitchell, celle qui la fit connaître, « A case of You ». Sur l’album. Hildegarde prend la voix haute et pure qui convient.

Sax baryton. Une chanson de Tino Rossi, le premier Latin Lover français, le premier pour lequel des femmes jetèrent leur soutien gorge sur scène, se jetèrent sous les roues de sa voiture. L’air est de Frédéric Chopin. Serge Gainsbourg en fit une autre chanson, « Lemon Incest ». Très belle mélodie évidemment. Paroles sentimentales à souhait, forcément.

« Aguas de março » (Antonio Carlos Jobim). « Les eaux de mars » dans la version française de Georges Moustaki. Chantées ici en VO non sous titrée. Une chanson aussi jolie qu’une pluie de printemps. Pour être à son aise, Hildegard Wanzlawe, Bretonne de Morlaix comme son nom l’indique, chante bras et pieds nus.

Sax alto. « La chanson des haricots », composée par Francis Lopez et immortalisée par Bourvil. Ma chanson préférée de l’album, celle qui le clôt, puisque c’est la fin des haricots !

Le seul standard de Jazz de l’album . « You’d be so nice to come home to » (Cole Porter). Classieux.

A chaque concert, le trio crée une nouvelle chanson ce qui lui permet d’étoffer ans cesse son répertoire, de 3 chansons au départ, à 300 à l’arrivée selon Patrice Caratini. Une bossa nova que je ne connais pas. Charmante.

Une petite dernière pour la route, annonce le leader. « Les loups » (Serge Reggiani). Chanson métaphorique sur l’occupation allemande. Sur l’album. Belle version. La contrebasse marque le pas des loups.

C’est le seul théâtre de Paris où on peut boire un verre avec tout le public dit Patrice Caratini. J’avoue ne pas être resté boire un verre avec eux.

Cela se passe à l’Instinct Théâtre, 18 rue de Beaujolais, 75001 Paris, France, derrière le Palais Royal chaque jeudi. Dernier concert, le jeudi 25 juin 2015 à 19h. Ne le manquez pas, lectrices chantantes, lecteurs chanteurs. Après, il vous faudra organiser le concert vous-même. Ils ne sont que 3. Chacun amène son instrument de travail (contrebasse, saxophones, microphone). C’est jouable.

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