Harold Mabern Trio, Maître du Swing, au Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

Harold Mabern Trio

American Jazz Festiv'Halles

Paris. Le Sunside.

Jeudi 2 juillet 2015. 21h.

Harold Mabern: piano

Fabien Marcoz: contrebasse

Joe Farnsworth: batterie

La salle est quasiment vide. J'espère qu'il y eut plus de monde le vendredi 3 et le samedi 4 juillet. Nous parlons ici du pianiste favori de Lee Morgan, de l'accompagnateur de Sonny Rollins, Miles Davis, Grant Green, Hank Mobley, Wes Montgomery, tout de même! Harold Mabern est une page vivante de l'histoire du Jazz.

Gros son. Le piano augmente de volume sous les doigts d'Harold Mabern. Contrebassiste et batteur sont à la hauteur de cette puissance. Nom de Zeus, ça swingue! Ce n'est pas un jeune minet qui se la joue mais un vieux matou qui joue. Cela s'entend tout de suite qu'il a secondé des Géants du Jazz. Quel feeling! Il respire le Blues. " I am a Blues pianist who understands Jazz " (Harold Mabern). Joe Farnsworth ne lâche rien aux baguettes. Le bassiste marque le tempo, tranquille au milieu de ces deux boxeurs poids lourds. Le piano fume comme un taureau de combat. C'est funky en diable! Ca relance sans cesse avec des soli de contrebasse et des breaks de batterie. C'était un standard " Alone together ". Quelle version survitaminée!

Solo de piano en intro. Du Blues, du Blues, du Blues comme le chante Michel Jonasz. " All Blues " (Miles Davis). Batteur aux balais. Le thème est traité, façon blues de dancing. Ca le fait. Ca balance, saperlipopette! Le batteur est repassé aux baguettes, sec, vif, précis. C'est puissant comme la Mer. Solo de contrebasse. Le piano aboie dans l'aigu. Le batteur est repassé aux balais tout en douceur mais le trio repart avec les baguettes.

Piano solo. Une sorte de ballade mais ça reste énergique. Petite citation du " Jésus que ma joie demeure " de Jean Sébastien Bach. Le trio enchaîne sur un standard dont le titre m'échappe. Ca vogue comme un bateau sur le Mississipi: trop solide pour naviguer, trop liquide pour marcher mais ça avance tout de même. Petite citation de La Marseillaise pour finir.

Ca vrombit dès le départ. Baguettes. Encore un standard dont le titre m'échappe. Solo du batteur qui, manifestement, préfère les tambours aux cymbales. " Salt Peanuts " de Dizzy Gillespie pour introduire et conclure le solo de batterie.

Un morceau dédié aux Jazz Messengers d’Art Blakey. Ca swingue funky, soul, bref noir américain. L’art de faire fumer le piano n’est pas perdu. Harold Mabern est né en 1936. Heureusement, il enseigne. Ecouter cette musique, c’est comme manger une pêche mûre à point. C’est le premier concert de Fabien Marcoz au sein de ce trio. Il a tout de suite trouvé sa place à la contrebasse, rebondissant à souhait.

Un petit air swinguant aux balais. Ca, ça vient du trio mythique d’Ahmad Jamal avec Israel Crosby et Vernell Fournier.

PAUSE

Le trio repart fermement. Chaque note jouée par Harold Mabern est gorgée de Blues. Cette composition est dédiée au trompettiste Lee Morgan qu’Harold Mabern accompagna jusqu’à sa mort brutale en 1972 (assassiné par une femme jalouse sous les yeux d'Harold Mabern).

« A child is born » (Thad Jones). Grosse attaque en piano solo. Puissant et émouvant. Batteur aux balais.

Baguettes. Ca envoie, nom de Zeus ! Nous sommes submergés par des vagues de musique. Si jamais j’arrive un jour à l’âge d’Harold Mabern (79 ans), j’espère bénéficier de la même énergie vitale. C’était du Mac Coy Tyner.

Un hommage à Ahmad Jamal, 85 ans le 2 juillet 2015.

Un bon vieux boogie woogie en piano solo. Le batteur nous fait battre la mesure des mains.

« Afro Blue » (Mongo Santamaria), titre éponyme du dernier album d’Harold Mabern. Ca envoie terrible. Il devrait y avoir plein de pianistes dans la salle venus découvrir ce qu’est le piano Jazz, celui qui raconte une histoire, celle du peuple noir américain. Il y eut des séances de rattrapage vendredi 3 et samedi 4 juillet. J’espère qu’ils furent présents.

PAUSE

J’étais fatigué par la journée de travail et la canicule. Je suis donc rentré chez moi après le 2e set. Mesdemoiselles A et W, venues de Pologne pour ce concert, sont restées jusqu’à la fin du 3e set. Jeu, set et match pour ce double dames.

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