Rick Margitza Quartet en vol au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Rick Margitza Quartet

Paris. Le Sunside.

Vendredi 24 juillet 2015. 21h.

Rick Margitza : saxophone ténor, compositions

Manuel Rocheman : piano

Peter Giron : contrebasse

Jeff Boudreaux : batterie

Concert enregistré par Richard Romaniello, ingénieur du son new yorkais de passage à Paris pour ses 60 ans. Pour faire appel aux compétences de Richard, contactez Penguin Random House section Audio, à New York, USA.

Il n’y a pas foule. J’espère qu’il y eut plus de monde pour le deuxième concert le samedi 25 juillet. Rick Margitza vit, joue et enseigne à Paris. Les Parisiens méconnaissent leur chance. Il s'agit tout de même du dernier saxophoniste recruté par Miles Davis, sapristi!

Swing chaloupé de la rythmique. Et ce son vénéneux de sax ténor. Ca chante. « La plupart des saxophonistes bavardent. Sidney Bechet, lui, vous parle » (Jean Cocteau). Rick Margitza est de cette classe là. Manuel Rocheman est un disciple de Martial Solal. C’est dire si c’est du solide. A sa reprise du thème, j’espère ce que Rick Margitza va jouer et il me l’offre.

Ils enchaînent sur le thème signature de Rick Margitza qu’il joue depuis au moins 20 ans. Funkissimo. Grosse pulsation de la basse et de la batterie. Le piano ondule dans les graves. Ce thème obsédant pourrait se jouer en électro. Au dessus de cette lourde pulsation, le sax ténor chante comme la mémoire des fêtes tziganes d’Europe centrale (Rick Margitza, citoyen américain, descend de Tziganes de Hongrie). Joli solo de piano qui s’efface pour faire place au sax ténor poussé par la basse et la batterie. C’est rond et ça groove puissamment. Le son du sax s’étire comme un chat abyssal. Changement d’ambiance pour un solo de contrebasse. Ca pulse rondement. Le quartet repart. Ca respire la liberté et les grands espaces mais plutôt la Puszta hongroise que les Grandes Plaines du Midwest. Le son du sax s’effiloche pour céder la place à la pulsation. And the beat goes on comme dit la chanson. Le batteur diminue le volume sans perdre la vitesse jusqu’à extinction du feu.

C’était « Hands of time » puis « For the Gypsies ».

The place to be”, nouveau morceau du prochain album. Clin d’œil aux spectateurs qui ont fait le bon choix ce soir. Rick Margitza met ses lunettes pour lire la partition. Un petit air sautillant avec des hachures. La salle s’est un peu remplie. Encore un effort, Parisiens ! Un sacré solo de piano avec un décalage main droite main gauche impressionnant. Manuel Rocheman, c’est un tout bon. Un solo de sax, en retenue. Ca swingue, nom de Zeus ! La pulsation, le chant, l’émotion, tout est en place.

« Secret heart », morceau dédié à son neveu mort il y a 5 ans. Batteur aux balais pour une ballade. Ca swingue tout de même et ça ne triche pas. Ce morceau me rappelle mon frère parti trop tôt. J’en ai les larmes aux yeux. Le batteur est repassé aux baguettes. La beauté guérit.

Une nouvelle composition « Muse ». Ca pulse joyeusement. L’ostinato du piano rappelle la musique sérielle mais c’est du Jazz puisque ça swingue. Euterpe, muse de la Musique, peut être fière de ce quartet. Un petit silence avant de reprendre la pulsation. Un bon musicien doit être un bon amant avec son public, savoir varier les plaisirs, entre pauses et accélérations, temps forts et temps faibles. Les Jazzmen sont les meilleurs amants. En effet, ils sont imprévisibles puisqu’ils improvisent.

PAUSE

Le trio repart sur un tempo entraînant. Le sax ajoute sa voix. Ca chante, nom de Zeus ! Son cristallin du piano en solo non accompagné. Manuel Rocheman joue un standard qui se mêle au thème. Que du bon, vous dis-je. Le bar tourne. La terrasse est pleine. Cela s’entend pendant le solo de piano. La beauté vaincra !

Le quartet enchaîne sur un autre thème, avec un enchaînement digne d’un service volée par Stefan Edberg. Aérien. C’est splendidement méditatif.

C’ était « Truth can be told » puis un thème dont le titre m’a échappé.

S’ensuit « 1.2/1.2.3 » à cause de la figure rythmique qui fonde le thème. Le batteur démarre aux cymbales. Piano au son aérien. La contrebasse propulse l’ensemble. Solo de piano à la fois ancré aérien. Manuel, c’est vraiment un tout bon mais pas comme Jacques.

Un standard. « Cry me a river ». En version française, « Pleurer des rivières ». Batteur aux balais. Comme Sonny Rollins, Rick Margitza chante les paroles au saxophone. La rythmique se tait. Rick joue seul. Respect.

Quel plaisir d’écouter cette musique ! « La musique est le langage des passions » (Kant). Eux nous en insufflent. Ca monte en puissance vers le final. Rick Margitza sait aussi faire crier son saxophone mais harmonieusement.

PAUSE

Cette fois, je fais partie des irréductibles qui restent pour le troisième set, jusqu’à la fin de la partie.

Le quartet repart sur un tempo vif. Ca balance mais ne donne pas le mal de mer. C’était « August in Paris » qui n’a rien à voir avec la chanson de Charles Aznavour « A Paris, au mois d’août ».

Un morceau en première mondiale dont je n’ai pas capté le titre. Décidément, ça chante. Même quand il met ses lunettes pour lire la partition, Rick Margitza sonne fluide et chantant. Il sort de scène pour laisser la rythmique s’exprimer, menée de main de maître par le pianiste. Comme son nom et son prénom l’indiquent, Jeff Boudreaux est né à La Nouvelle Orléans. C’est dire s’il sait ce que signifie le Swing.

Mon carnet de notes s’achève ici. La chronique aussi.

La photographie de Peter Giron est l'oeuvre du Merveilleux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation expresse de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Peter Giron par Juan Carlos HERNANDEZ

Peter Giron par Juan Carlos HERNANDEZ

Commenter cet article