Tom Harrell Trip de passage au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Tom Harrell Trip

Paris. Le Duc des Lombards.

Samedi 18 juillet 2015. 21h30.

Tom Harrell : trompette, bugle

Mark Turner: saxophone tenor

Ugonna Okegwo: contrebasse

Adam Cruz: batterie

Cet article est dédié à Philippe Lançon, journaliste et écrivain, survivant de la tuerie du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo à Paris.

C’est avec Philippe Lançon que j’avais été écouter en 2013 le Tom Harrell Quintet à Paris au Duc des Lombards et c’est lui aussi qui écrivit, pour ce blog, la chronique d’un concert du Tom Harrell Trip à New York, au Village Vanguard.

Tom Harrell est toujours visiblement malade (schizophrénie paranoïde) mais il joue. Ils commencent avec un standard, « Caravan » (Juan Tizol). Sans piano mais avec le swing orientaliste propre à ce morceau. Trompette. Solo de Mark Turner. Techniquement, c’est impeccable mais, comme dit le président Jacques Chirac, « Ca m’en touche une sans me bouger l’autre ». Tom Harrell, en solo, joue moins de note mais chacune pèse son poids d’émotion. Derrière, la rythmique le porte sans faillir. Tom Harrell joue face au public, la trompette vers le bas, bref, à moitié comme Miles Davis. Beau solo de batterie sur les tambours. Roulez, jeunesse !

Un long silence puis le quartet démarre groupé. Suit aussitôt un solo de batterie là encore centré sur des roulements de tambour. Un peu long et démonstratif à mon goût. Le quartet repart sur un thème plutôt funky. Solo de bugle. Tout en douceur, en velouté mais avec un son déformé par cette invention diabolique, le microphone. Solo de contrebasse. Ca chante gravement, souplement. Je hoche la tête de satisfaction. Après un retour du quartet, nouveau solo de contrebasse, sans accompagnement du batteur cette fois. Silence dans la salle. Nous écoutons.

En fait, ils enchaînent les morceaux sans pause. Les spectateurs n’applaudissent que les soli ne sachant quand cela commence et où cela finit. En tout cas, cela reste subtilement funky. Le son d’ensemble est impeccable. Le solo de Mark Turner me fait toujours autant d’effet, i.e très peu. Heureusement, dès que Tom Harrell joue, l’émotion est de retour.

Ca repart sur un tempo funky. Je ne reconnais aucun morceau mais ça caresse bien les tympans. Dialogue trompette/sax entre émotion et démonstration. La musique serpente, vive et mordante. Après le standard d’ouverture, une sorte de suite orchestrale jusqu’ici.

Le quartet repart sur un tempo très funky. Le beat est bien présent. Vol méditatif des cuivres au dessus de cette pulsation. Mark Turner aimerait groover mais il suffit d’imaginer Sonny Rollins à sa place, même à 85 ans, pour savoir que ce n’est pas le cas. Solo de batterie, toujours basé sur les roulements de tambour. C’est le truc d’Adam Cruz. Il maîtrise. Il y ajoute un peu de cymbales tout de même. La contrebasse relance, simple et funky.

Bugle. Duo avec la contrebasse pour un standard dont le titre m’échappe. Je suis Ugonna Ogekwo pas à pas, dans la progression de sa pensée. Tom Harrell s’est tu après avoir lancé le thème. Deux gars viennent d’entrer et repartent aussitôt. La musique doit être trop subtile pour eux. Retour du duo bugle/contrebasse. Ils pourraient faire un album entier à eux deux. Ugonna Okegwo vérifie les préjugés: il est funky comme un NIgérian (son père) et précis comme une Allemande (sa mère). Je reconnais enfin « Laura » la chanson titre du chef d’œuvre d’Otto Preminger (1944). Cette chanson et ce film sont immortels.

Retour du quartet pour un morceau funky. Un solo de Tom Harrell, c’est abstrait mais c’est touchant. Du hard bop, style Jazz Messengers mais blanchi et adouci.

A ma droite, se trouvait une jeune fille très sage et très concentrée. Elle prenait des notes sur la « Sociologie de la prison » (Oeuvre de Philippe Combessie, professeur à l’université de Paris X. Paris, La Découverte, collection Repères, 2009). La musique ne l’a pas perturbé. A ma gauche, deux jeunes batteurs incapables d’écouter la musique sans s’agiter et renverser leurs verres de bière. Sur eux, heureusement pour moi.

La photographie de Tom Harrell est l'oeuvre du Subtil Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utiisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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