Dizzy Gillespie Big Band " Complete 1956 South American Tour Recordings "

Publié le par Guillaume Lagrée

Dizzy Gillespie Big Band

" Complete South American Tour Recordings "

Solar Records. 2015

CD1: Dizzy Gillespie Big Band. Concerts en Amérique du Sud. Juillet-août 1956 (1-14)

CD2: Idem (1-8). Puis Dizzy Gillespie avec un orchestre de samba. Rio de Janeiro, Brésil, août 1956 (9-10) et Dizzy Gillespie avec l'orchestre tango d'Osvaldo Fresedo. Live au Rendez-Vous Club, Buenos Aires, Argentine (29 ou 30 juillet 1956) (11-14).

Les Etats Unis d'Amérique sont la première puissance mondiale grâce à leur hard power (Le dollar? Notre monnaie, votre problème comme disait un Secrétaire d'Etat au Trésor, la première armée au monde) et leur soft et leur smart power comme dit le politologue américain Joseph Nye, ancien conseiller des présidents Jimmy Carter et Bill Clinton (le smart power c'est la Silicon Valley par exemple. Le soft power c'est Hollywood, les blue jeans, le fast food et la musique du Jazz au Rap).

Le programme gouvernemental d'exportation de la musique américaine se poursuit aujourd'hui, sous les auspices du Département d'Etat avec " Rhythm Road ".

Tout a commencé dans les années 1950 avec la lutte d'influence contre le communisme et l'URSS. Sur l'idée du fameux député de Harlem (NYC, USA), modèle du politicien véreux décrit par Chester Himes dans les aventures de Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, les deux flics noirs les plus durs de Harlem, le Département d'Etat décida d'envoyer des Jazzmen à travers le monde pour montrer que les Noirs n'étaient pas tous des opprimés aux Etats Unis d'Amérique et que le Jazz donnait plus envie de danser que les ballets du Bolchoï.

Parmi les musiciens qui acceptèrent de jouer pour le Département d'Etat se trouvaient Louis Armstrong et Dizzy Gillespie.

Pour Dizzy, l'affaire était en or. Un grand orchestre et une tournée mondiale payés par le contribuable américain. Cela ne se refuse pas. Rappelons qu'en 1941 Dizzy Gillespie avait été classé comme fou et exempté du service militaire par les psychiatres de l'US Army. Il s'était présenté nu, tenant sa trompette emballée dans du papier journal entre ses jambes, face aux médecins et leur avait dit: " Vous voulez que j'aille me battre contre les Allemands? Ils ne m'ont rien fait. Qui m'a toujours fait chier dans ce pays? Les Blancs. Si vous me donnez un fusil et que je vois un officier blanc américain, je le tue ". 25 ans plus tard, le boxeur Mohamed Ali était déchu de tous ses titres pour avoir refusé d'aller se battre au Vietnam pour les mêmes raisons.

Pour Dizzy, en 1956, il ne s'agissait pas de faire la propagande de la politique étrangère américaine mais de jouer sa musique et de la mélanger avec toutes celles qu'il rencontrerait en chemin.

Il constitua un orchestre brûlant comme de l'acier en fusion. Parmi les musiciens, Phil Woods au saxophone alto, Benny Golson au saxophone ténor, Quincy Jones à la trompette, Walter Davis Jr au piano, Nelson Boyd à la contrebasse, Charlie Persip à la batterie. Les arrangements étaient confiés à Melba Liston, une femme, Noire et tromboniste. Elle dut se battre contre le machisme des musiciens de l'orchestre mais avec son talent et l'appui de l'autorité du Boss, Dizzy Gillespie, l'orchestre tournait comme une Cadillac Eldorado. Il y avait même un crooner pour les dames.

Le répertoire est composé de standards du Jazz, de compositions du Boss, de Be Bop, de Jazz, d'afro cubain (versions explosives de Manteca et Tin Tin Deo (CD1, n°10 et CD 2, n°5). A noter une imitation de Louis Armstrong par Dizzy Gillespie dans " I am confessin " (CD n°2, 3) qui faisait rouler par terre de rire Louis Armstrong. A partir d'une chanson aussi stupide que " Hey Pete, let's eat more meat! " (CD2, n°1) ils produisent presque 15mn d'une musique de folie. Tout leur est bon.

L'orchestre avait fait un triomphe en Grèce ( la presse grecque d'alors prétendait que le passage de l'orchestre avait conduit à la défaite des communistes dans les urnes. Quel orchestre l'UE et le FMI pourraient-ils envoyer en Grèce en 2015?) puis au Pakistan (imaginez un big band de Jazz américain en 2015 jouer au Pakistan avec des musiciens de Qawali. Difficile n'est-ce pas? En 1956, c'était possible).

En Amérique du Sud, le succès fut immense et l'ambiance de folie. La tension ne se relâche jamais même pendant les ballades (" I can't get started " CD1, n°3).

Sont réunis ici tous les enregistrements disponibles de cette tournée sud américaine. Presque 60 ans après, cette musique est toujours un antidépresseur radical, sans effet secondaire et non remboursé par la Sécurité Sociale.

Curieux de toutes les musiques, Dizzy Gillespie s'éclipsait de son orchestre pour jouer et enregistrer avec des musiciens locaux, s'adaptant à eux sans rien perdre de sa personnalité. La marque des Grands.

Vous trouverez sur le 2e CD, deux morceaux enregistrés à Rio de Janeiro avec un orchestre de samba inconnu. La trompette se fait percussion. Il n'y a plus qu'à faire de la place et se remuer en tout sens.

Vous trouverez aussi quatre morceaux enregistrés à Buenos Aires avec l'orchestre d'Osvaldo Fresedo, un tango bourgeois, raffiné, élégant où la trompette se fond avec les violons et le bandonéon. Cirez le parquet et les chaussures, sortez le smoking ou la robe de soirée. Glissez en fusion sur la piste. C'est parti avec Dizzy Gillespie.

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