Le troublant boléro d'Irving Acao au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Irving Acao

Paris. Le Duc des Lombards.

Mardi 4 août 2015. 19h30.

Irving Acao : saxophone ténor

Yonathan Avishai: piano

Felipe Cabrera: contrebasse

Lukmil Perez: batterie

Carlos Miguel Hernandez: chant

Lectrices hispaniques, lecteurs hispanisants, je vous prie de bien vouloir excuser mes erreurs de transcription dans les titres des morceaux. Je ne parle pas un mot d’espagnol. Merci pour votre indulgence et vos corrections.

Le premier morceau m’a laissé froid. Je n’en dirai mot.

Le second morceau était un hommage à Marco Polo. Une jolie ballade. Je retrouve ce son de saxophone qui me plaît tant sur l’album « Azabache » d’Irving Acao. C’est plus velouté, plus chaleureux. Le groupe a franchement monté de niveau par rapport au premier morceau. Quel joli thème ! Ca chante.

Arrivée du chanteur. « La gloria es tu ». Solo de contrebasse pour préparer le terrain. Un peu long comme préliminaires. Au fait. Justement le chanteur chantonne avec le saxophone. C’est du boléro, le style des crooners cubains. On se croirait dans un hôtel à La Havane, avant 1959, au bord de la piscine, avec Ernest Hemingway, Frank Sinatra, Ava Gardner et Sam Giancana. La voix est chaude et grave à souhait. Il s’adresse clairement aux dames et aux demoiselles. Le sax aussi. Smoothy, comme disait Louis Armstrong. La rythmique réveille le tout. Juste une brise légère sur le front de mer pour nous rafraîchir. Le sax ténor reprend la main. Ca glisse sur du velours. Beau duo sax/contrebasse. Un instant, j’ai cru à une sonnerie de portable mais c’est le piano qui revient et relance la rythmique. Le quartet redémarre en bloc. Beau décollage. Là, ça sonne hard bop.

« Que hora ? ». Le chanteur porte un petit chapeau, des lunettes noires, une chemise blanche. Le total look du crooner cubain. Duo piano/chant. Liquide. Une ballade. C’est l’esprit boléro fort différent de celui de Ravel même si ces rythmes viennent bien d’Espagne donc des Arabes (suivez les Leçons de Jazz d’Antoine Hervé pour les explications techniques sur ces voyages des rythmes d’Arabie à Cuba via l’Espagne et la France). La rythmique arrive avec le batteur aux balais . Quelques notes chaudes de sax ténor. Ca emballe. Comme disait Guy Bedos dansant avec Sophie Daumier : « Vas y Jeannot ! Attaque ! » (sketch « La drague ».1973).

« Siete », nouvelle composition d’Irving Acao. La salle est pleine et se remplit encore. Un morceau plus énergique avec un bon tempo latino. Ca balance et donne envie de danser. Ca se voit dans la salle qui hoche la tête et bat des pieds. Le chanteur est parti. Ca sonne plus viril. Le jeu reste tout de même sous contrôle. Ce n’est pas Gato Barbieri. Trop de préliminaires, pas assez de jouissance, à mon goût. Joli jeu de lumières rouges qui clignotent sur le manche de la contrebasse. Rythme entêtant du piano qui accompagne le solo de batterie alors que la contrebasse impulse. Ca sonne latin, enfin ! Le saxophone s’ajoute à la fiesta. Ca retombe aussitôt en douceur comme une feuille qui tombe jusqu’au final.

Retour du chanteur. Au public de chanter maintenant. « Laï, laï, laï, laï ». Attention, ce n’est pas du Enrico Macias. Cela ne se prononce pas pareil. Ca balance doucement et le public prend de l’assurance. Un standard cubain. Même moi je reconnais. C’est dire. Paroles tristes sur un air joyeux. A chacun son solo : au chanteur, au public, au saxophoniste. « Es la storia de un amor ». Le dernier mot reste au public pour le refrain.

« Reflexion » (Irving Acao). Un air qui balance comme un voilier sur la mer des Caraïbes. Ca s’énerve sur la fin : du coltrano-cubain. Ostinato du piano, contrebasse au milieu et le batteur aux tambours avec un son latino. Ca, c’est bon.

L’Internationale Communiste est reconstituée. Un couple de jeunes Chinois, à côté de moi, écoute passionnément des Cubains.

Le film ci-dessous fut réalisé durant la répétition de ce concert. Rien à ajouter.

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