Eric Le Lann " Life on Mars "

Publié le par Guillaume Lagrée

Eric Le Lann

" Life on Mars "

Moods. 2015.

Eric Le Lann: trompette

Paul Lay: piano

Sylvain Romano: contrebasse

Donald Kontomanou: batterie

Lectrices avisées, lecteurs avertis, le nouveau quartet du trompettiste Eric Le Lann n'a pu vous échapper. Ni sur ce blog où figure une chronique d'un concert de ce groupe à Paris, ni ailleurs puisque Libération, Le Monde, Les Dernières Nouvelles du Jazz, Jazz Magazine (CHOC de novembre 2015) encensent ce groupe. Je me joins au choeur des laudateurs, ni en premier, ni en dernier, je l'espère.

La dernière fois qu'Eric Le Lann jouait dans ce formule du quartet piano/contrebasse/batterie, il revenait de New York avec des pointures made in USA: Dave Kikoski (piano), Doug Weiss (contrebasse) et Al Foster (batterie). C'était en 2009. Sur ce blog, vous trouverez la chronique de l'album et d'un concert de ce quartet.

Comme Miles Davis et Chet Baker, ses Maîtres, Eric Le Lann ne change pas puisqu'il a son style ( " La mode passe, le style reste " disait Mademoiselle Chanel). Il change le contexte autour de lui.

Ici, avec les mêmes instruments qu'il y a 6 ans, Eric Le Lann a remplacé des vieux renards de la scène américaine par des jeunes loups de la scène française. Il a aussi changé le matériau. Des compositions nouvelles, un seul standard (mais quelle version à fleur de peau d'Everytime we say goodbye, n°6). Une reprise personnelle tout de même " Twins Valse " qu'il jouait déjà en duo avec le pianiste Michel Graillier sur l'album " Trois heures du matin " (20 ans déjà).

La rythmique est d'une solidité à toute épreuve, aventureuse sans y paraître. Elle pousse le soliste sans jamais le dépasser. Il en résulte des saillances: " Al got the Blues ", composition d'Eric Le Lann qui prouve que le Blues n'est pas réservé aux Noirs Américains (d'ailleurs Dizzy Gillespie né Noir à Cheraw, Caroline du Sud, en 1917 reconnaissait qu'il ne savait pas jouer le Blues mais il ne supportait pas que des blancs blecs anglais prétendent le jouer) et surtout le titre album " Life on Mars " une chanson de David Bowie si bien interprétée que j'entends la voix de Bowie se mêler au son de la trompette de Le Lann. C'est beau oui comme Bowie (Serge Gainsbourg).

Puisqu'Eric Le Lann nous offre le luxe sur cet album de deux versions de sa composition " Rouge " (n°1 et 7, rien à voir avec la composition de John Lewis pour la séance " Birth of the Cool " de Miles Davis), offrez vous le luxe, lectrices avisées, lecteurs avertis, de comparer deux quartettes d'Eric Le Lann, l'américain de 2009, le français de 2015. Par chauvinisme certainement, je ferai primer le français pour l'intensité émotionnelle même si le professionnalisme de l'américain est d'une efficacité redoutable.

En tout cas, en 2015 puis en 2016, c'est avec ce quartet français qu'Eric Le Lann jouera sur scène et " Le Jazz, c'est comme les bananes, ça se consomme sur place " (Jean-Paul Sartre). L'abus de cette musique est conseillé pour la santé. A consommer sans modération.

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