Laurent Dehors Quintet + Elise Caron = Chanson politique au Triton

Publié le par Guillaume Lagrée

Laurent Dehors Quintet

Invite Elise Caron

« Chanson politique »

Le Triton

Les Lilas, Seine Saint Denis, Ile de France, France

Samedi 5 décembre 2015. 20h.

Laurent Dehors : chant, saxophones, clarinette, MC

Elise Caron : chant, flûte traversière

Jean Marc Quillet : vibraphone,marimba, percussions, chant, voix

Christelle Sery : guitare électrique, banjo

Gérald Chevillon : saxophone baryton, percussions, chant

Bastien Stil : piano, trombone

Le groupe arrive sur scène en jouant, depuis les coulisses, une version anarchique de l’Internationale. Le ton est tout de suite donné. Le souvenir de la Marseillaise d’Albert Ayler plane.

Le calme revient pour un duo piano/voix. « Le temps des cerises » chanson d’amour considérée comme politique parce qu’elle est l’œuvre d’un Communard, Jean-Baptiste Clément, et qu’Yves Montand, compagnon de route du PCF, la chantait magnifiquement. Très belle version ce soir. Le piano habille le silence dans le souffle de la voix.

Une sorte de caricature de débat parlementaire avec des phrases verbales et musicales incohérentes qui s’entrechoquent. Je saisis le concept mais ne mords pas dedans.

S’ensuit une autre chanson chaotique.

Les paroles redeviennent compréhensibles avec « Quand on se promène au bord de l’eau » chantée par Jean Gabin dans « La belle équipe » de Julien Duvivier, un des films cultes du Front Populaire (1936). L’air est drôlement chahuté mais l’esprit et les paroles de la chanson y sont.

« Le bourgeois gentil turc » air composé en hommage à Lulli qui écrivit « Une marche pour la cérémonie des Turcs » pour le « Bourgeois gentilhomme » de Molière . Pauvre Jean Baptiste Lully ! De son vivant, les musiciens français l’attaquaient parce qu’il était né Giovanni Battista Lulli à Florence en Italie. Même mort, ils l’attaquent encore.

S’ensuit un nanar musical : « Ils ont du pétrole mais c’est tout » (Michel Sardou, 1979). Un grand moment de bon goût. Laurent Dehors commence à le chanter en s’accompagnant aux maracas. Puis le groupe enchaîne et se déchaîne joyeusement. Il manque les danseuses et Serge Gainsbourg déguisé en émir mais l’esprit y est.

Tiens voilà La Marseillaise par bribes musicales et verbales. Pas facile à reconnaître mais je ne me suis pas fait avoir.

Pour changer d’ambiance politique, une chanson pétainiste de 1941 : « Ah que la France est belle » réplique à la « Douce France » du zazou Charles Trénet. Laurent Dehors la chante avec une ironie tout à fait convaincante.

Retour à la chanson gay avec « YMCA » des Village People qui commence tout doucement avec Elise Caron disant les paroles comme elle dirait un poème de TS Eliot. Puis cela devient un disco déjanté avec tout le groupe se terminant par une lettre d’amour homosexuel dite en français par Jean Marc Quillet. Un grand moment de rock’n roll.

S’ensuit un quiz avec interro surprise à la fin. Un collage de phrases politiques et philosophiques ponctuées de traits musicaux. Pour ma part, j’ai gagné un album en devinant que « l’homme est un animal politique » est une pensée d’Aristote. Nous étions deux à l’avoir trouvé.

« Toi » chanson d’amour. Solo de clarinette de Laurent Dehors. Il trafique le son avec le pédalier/ Le sax baryton lui répond. C’est funky et planant. Vocalises d’Elise Caron. C’’est toujours planant.

Séance de bruitages sombres pour introduire « Strange fruit » de Billie Holiday. Chanté par cette voix blanche, c’est étrange même si le texte fut écrit par un Juif. The minority factor comme disent les Américains. C’est très beau mais il n’y pas cette sensation de vécu à fleur de peau des interprétations de Billie Holiday et Nina Simone qui elles étaient « young, gifted and black ».

Banjo pour « SS in Uruguay » de Serge Gainsbourg. En 1975, 30 ans après l’Armistice, Serge Gainsbourg décida d’exorciser la Deuxième Guerre Mondiale avec un album « Rock around the bunker » . Portant l’étoile jaune, sa yellow star de sheriff disait -l, Lucien Ginzburg, né en 1928, échappa à la déportation en étant caché chez des Français catholiques. Il était à quelques kilomètres d’ Oradour sur Glane le jour du massacre. SS in Uruguay c’est l’histoire de ces nazis réfugiés en Amérique du Sud pour échapper au jugement des hommes. Une chanson sarcastique et nonchalante joué et chantée comme il convient.

Pour finir, une chanson d’amour et de politique « Bella Ciao » celle des anti fascistes italiens dont la devise était : Non mollare mai ! Le groupe quitte la scène, comme il y est arrivé, en jouant et en chantant . Magnifico !

C’était la première fois de ma vie que j'écoutais Laurent Dehors. J’avoue avoir eu du mal au début mais j’ai fini par me prendre au jeu. Enfants, si vous voulez prouver à vos parents qu’il est possible de faire carrière, de gagner sa vie honnêtement en n’étant jamais sages, emmenez vos parents aux concerts de Laurent Dehors et de sa joyeuse troupe.

Ne disposant pas d'image et de son du spectacle " Chanson politique ", je vous offre lectrices de gauche, lecteurs de droite, un aperçu d'autres oeuvres de Laurent Dehors. A consommer sans modération.

La photographie d'Elise Caron est l'oeuvre du Politique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Elise Caron par Juan Carlos HERNANDEZ

Elise Caron par Juan Carlos HERNANDEZ

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Philippe Leblanc 11/12/2015 17:31

Quelle musique !! Il a très bien joué