Alain Jean-Marie ravit le Duc des Lombards en trio

Publié le par Guillaume Lagrée

Alain Jean-Marie Trio

Paris. Le Duc des Lombards.

Mardi 26 janvier 2016. 21h30.

Alain Jean-Marie: piano

Gilles Naturel: contrebasse

Philippe Soirat: batterie

Alain Jean-Marie nous annonce " Love in vain ". Batteur aux balais. Le trio avance groupé. Ca swingue élégamment. Alain Jean-Marie, c'est le genre de pianiste qui vous rend le piano mieux accordé qu'il ne l'a trouvé comme dit Stéphane Portet, le patron du Sunset-Sunside. Ca ne sonne pas du tout comme le blues de Robert Johnson.Le batteur passe aux baguettes. Ca swingue, saperlipopette! Le rythme est distribué à pleines mains. Le pianiste mène la danse mais l'interaction est permanente entre les trois hommes. Solo de contrebasse. Breaks de batterie pour relancer la machine. Alain Jean-Marie conclut par un solo cristallin.

" Forest flower " (Charles Loyd). Superbe thème que le saxophoniste Charles Loyd jouait il y a 50 ans avec un rythmique de feu (Keith Jarrett, Cecil Mac Bee,Jack de Johnette). Du jazz flower power. Rythmé, coloré. Alain Jean-Marie le joue avec un feeling caribéen et une teinte de mélancolie, bref ses lettres de marque. Petite citation de " Don't stop the carnival " air traditionnel antillais qu'aime jouer Sonny Rollins.

Ca swingue toujours. Un standard dont le titre m'échappe. Mon pied gauche bat toujours la mesure. Devant moi, un spectateur, Antillais, je suppose, vibre de tout son corps, en fusion avec le trio. Le pianiste met les gaz. Bassiste et batteur chauffent à leur aise. Cet air vous trotte en tête, à plusieurs allures différentes. Le pianiste le décompose pour le solo de contrebasse.

Ca se calme avec un Blues lent. Le batteur est aux balais. Les notes sont retenues puis délivrées. Le batteur passe aux baguettes. Nom de Zeus, ça joue! Quand un grand soliste américain de Jazz passe en concert à Paris, il veut être accompagné par Alain Jean-Marie comme le furent Barney Wilen, Dizzy Gillespie, Max Roach. Chaque fois que j'entends cet homme en concert, je me rappelle pourquoi.

Un air qui swingue. Un standard dont je reconnais l'air mais pas le titre. Beau dialogue de percussions entre pianiste et batteur aux baguettes. Ca swingue terrible. Un solo de batterie dansant, construit. Pas d'étalage.

" Round about midnight " (Thelonious Sphere Monk). Le batteurs est passé aux balais. Ca ronronne et grogne, tout à fait dans l'esprit de Monk. Mon voisin de devant est tellement happé par la musique qu'il en oublie de faire la cour à sa voisine, une Américaine, obligée de se rappeler à son bon souvenir. Ah ce solo d'archet qui glisse sur la contrebasse vers la coda. " Whouaouh " fait la belle Américaine.

Un standard plus rapide. Batteur aux baguettes. L'Américaine a pris l'affaire en mains et courtise son voisin. Ca interagit autant entre mes voisins de devant que sur la scène. Le spectacle est total. C'est bien plus sympathique que les mégères italiennes du concert d'Elina Duni la veille dans le même club. Que se passe t-il sur la scène d'ailleurs? Alain Jean-Marie swingue comme un démon, sans cesse relancé par la rondeur de la contrebasse et la nervosité de la batterie. Ca gratte joyeusement.

Le trio enchaîne directement sur un autre standard du bebop. Tout en grâce entre medium et aigu. Tendu et chaud. Le pianiste repart dans le grave pour lancer les breaks de batterie.

RAPPEL

Un Blues avec les graves qui roulent sous les doigts du pianiste. Un boogie même. Bassiste et batteur marquent impeccablement le tempo. Retour au temps de la locomotive à vapeur par la magie de la musique. " Locomotive d'or "chantait Claude Nougaro.

Un air traditionnel antillais arrangé par Sonny Rollins, " Saint Thomas ". Mon voisin se déchaîne sur sa chaise. Décidément, il doit être Antillais. Le batteur est bien sec aux baguettes, le contrebassiste est rond et souple. Leur physique même reflète leur jeu: Philippe Soirat, mince et Gilles Naturel, rond. Alain Jean-Marie est parfaitement à son aise. Dans cette musique, il est chez lui. Même le barman tape sur son comptoir pour en demander encore.

RAPPEL

" On ne connaît plus de morceau mais on va trouver " (Alain Jean-Marie). Un thème immortel de Duke Ellington, " In a sentimental mood ". Le tempo est original même si le thème est bien reconnaissable. C'est chaud et léger comme un châle de soie. Beau solo de contrebasse en pizzicato. Ponctué par le piano et la batterie sous les baguettes. L'archet pour le final. Splendide.

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