Daniel Humair Special Show au Cinéma le Balzac (1961 & 2016)

Publié le par Guillaume Lagrée

Daniel Humair Special Show au Balzac

1961 & 2016

Paris. Cinéma Le Balzac.

Festival Jazz et Images

Vendredi 12 février 2016. 12h30.

Le cinéma Le Balzac, 1 rue Balzac, Paris 8e, comporte un bar à l’entrée. Ce soir, pour nous mettre en bouche avant la soirée, nous est offert un sandwich de Pierre Gagnaire. Le vrai chic parisien. Délicate attention pour les spectateurs qui n’ont pu dîner avant le concert. Le restaurant principal de Pierre Gagnaire se trouve au 6 rue Balzac (*** au Michelin), le cinéma au 1. Le sandwich est bon. Daniel Humair est un fin gastronome et cuisinier, ami de 35 ans de Pierre Gagnaire. Pierre Gagnaire est présent ce soir. « La musique, la cuisine, le cinéma, c’est le lien, l’amitié, la tendresse. C’est important dans une société parfois un peu déprimée et un peu tendue » (Pierre Gagnaire). Daniel Humair le dit autrement « Cuisiniers, peintres mais aussi gens du cinéma, tout ça fait un bloc positif ». Le pain est aussi l’œuvre de Pierre Gagnaire, héros de Daniel Humair.

Passons à la musique. « Jackie Mac Lean, c’est un point de repère » dit Daniel Humair avant que ne soit projeté ce film de 1961 où il joue notamment avec Jackie Mac Lean (1931-2006) à l’ORTF. Film de Jean-Christophe Averty (30’) déjà chroniqué sur ce blog et vivement recommandé aux Jazz fans. Quelle intensité dans le jeu de Jackie! A la fois absolument concentré et totalement défoncé (Mac Lean était héroïnomane à l’époque et cela se voit). Un spectateur applaudit un solo de Daniel Humair daté de 1961. Bon courage à Vincent Le Quang pour jouer du saxophone après Jackie Mac Lean. Applaudissements après la séance avec Jackie Mac Lean et après le film.

Commentaire de Daniel Humair après le film. « A l’époque, le Jazz était enregistré à la télévision grâce à Jean-Christophe Averty, Bernard Lyon. A la place, il y a des chanteurs et des chanteuses qui font du jogging ».

Daniel Humair est toujours un membre viril et actif de la confrérie des Jazzmen en 2016.

Après les archives, un concert en direct.

Vincent Le Quang : saxophone ténor, soprano.

Stéphane Kerecki : contrebasse

Daniel Humair : batterie

Daniel Humair est aussi peintre et pas un peintre du dimanche , un peintre exposé dans des galeries renommées. Les compositions du trio sont dédiées aux peintres : Yves Klein, Jim Dine, Paul Rebeyrolle (musée à Eymoutiers, Haute-Vienne, Limousin, France), Jackson Pollock.

Daniel Humair sait toujours faire ses passes magiques sans s’emmêler les baguettes. Chant méditatif du sax ténor. Pulsation douce et lente de la contrebasse. Des phrases courtes se succèdent. Belle démonstration que le Jazz est un art de la conversation. Sur un coup, ça démarre bille en tête, vite et fort. Curieusement, le batteur est au centre de la scène, trônant comme Héphaïstos derrière sa forge. Soulignons que contrairement au dieu grec, Daniel Humair ne boite pas. Passage au sax soprano pour relancer la machine. Solo de Daniel Humair. Il griffe toujours autant. Est-ce le même morceau ou un enchaînement ? Peu importe car c’est une masse sonore en mouvement. Son velouté du ténor maintenant mais la rythmique relance progressivement. Ca chauffe.

Ils nous laissent le temps de nous remettre et s’y remettent. Des petites phrases se succèdent en introduction. Nous ne savons pas où nous allons mais nous y allons. Humair est aux balais, jouant une sorte de ballade mais agitée. C’est mélodieux. Ca chante. Bref, j’aime. Très beau dialogue de pulsation entre contrebasse et batterie. Le sax ténor vient ajouter son souffle. Retour aux baguettes pour agiter l’ensemble. « Le batteur est un barman de sons » (Jean Cocteau, premier président de l’Académie du Jazz).

Sax soprano en discussion avec la contrebasse. Humair ponctue délicatement aux maillets. Kerecki lance le rythme, Humair enchaîne aux baguettes. Implacable. Le son du saxophone soprano s’élève au dessus de ce trampoline sonore. Certes cela vient de John Coltrane mais ce n’est pas de la copie. C’est la continuité d’un mouvement. Stéphane Kerecki tapote ses cordes à l’archet. Instants magiques.

Thème de François Jeanneau en hommage à un peintre français dont l’identité m’a échappé. La mélodie se perd dans des foucades. Pas glop. Beau solo de batterie avec une sorte de marche. Tiens, ils ont trouvé une mélodie avec le ténor qui chante, la contrebasse qui pulse, la batterie qui ponctue. Pas longtemps.

« Ballade pour Rebeyrolle » (Daniel Humair). Aux maillets, Daniel Humair fait vibrer les cylbales. Le sax ténor chante paisiblement. La contrebasse soupire sous l’archet. Son majestueux des tambours sous les maillets. Ca, c’est beau. Je ferme les yeux et je revois les photographies de la Camargue par Lucien Clergue.

Sax soprano. « Mutinerie » (Michel Portal). Ne pas confondre avec « Mutiny » (Prince) mais seuls les mal entendants peuvent confondre quoique si l’esprit soit proche. « C’est la première fois qu’on la joue alors soyez indulgents » nous demande Daniel Humair. Il a remarqué des gens avec des papiers qui prennent des notes. L’auteur de ce blog par exemple. Ca va, ils assurent. Très belle pulsation de la contrebasse. Les tambours roulent sous les baguettes. Le saxophone soprano jaillit, vif et clair. Le tempo est ralenti, décomposé alors que le soprano chante toujours. La mutinerie repart de plus belle, groupée. C’est la révolte de la Beauté, celle qui sauvera le monde selon Dostoïevski. Le monde roule sous les baguettes de Daniel Humair. Le petit air chantonnant qui revient sans cesse est un délice.

Délicieuse soirée entre cuisine, cinéma, Jazz et amitié.

Le festival Jazz et Images se poursuit au cinéma Le Balzac, 1 rue Balzac, 75008 Paris, France, sous la direction artistique de Vincent Le Quang. Prochaine séance dédiée à Stan Getz le vendredi 18 mars à 20h30. Au programme, Stan Getz en concert à la Grande Parade du Jazz de Nice en 1978 (film de Jean-Christophe Averty, 28’) puis le quartet de Vincent Le Quang.

La photographie de Daniel Humair est l'oeuvre du Genevois Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Daniel Humair par Juan Carlos HERNANDEZ

Daniel Humair par Juan Carlos HERNANDEZ

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