Sylvain Rifflet roule des " Mechanics " au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Sylvain Rifflet

" Mechanics "

Mercredi 3 février 2016. 19h30.

Paris. Le Duc des Lombards.

Sylvain Rifflet: saxophone ténor

Joce Miennel: flûtes, kalimba

Phil Giordani: guitare électrique

Nicolas Larmignat: batterie, percussions

Superbe caban rouge du leader. Cela le distingue tout de suite. Sans dire bonsoir, ils commencent. Quelques notes lentes de la guitare électrique. La flûte traversière est plus légère, gracieuse. La batterie et le sax ténor s'ajoutent au ralenti. La musique devient un rituel sacré. Très belle mélodie jouée par la flûte que ponctue le reste du groupe. C'est planant, sans effet électronique. Très beau son de groupe. C'est travaillé et raffiné. La guitare sonne l'attaque mais en retenue pour l'instant. Frappes sèches des maillets sur les tambours. Ce groupe a un souci rare du son d'ensemble. Comme dans les quatuors de la musique dite classique. Solo de sax ténor mais toujours ce son d'ensemble harmonieux et puissant. Très grande maîtrise technique au service de l'émotion. Bref, de l'Art. Cela est juste et bon.

Solo de flûte avec de superbes effets de souffle. Héritage de Rahsaan Roland Kirk. Le leader a enlevé son caban et fait claquer le bec du sax ténor avec sa langue. Duo de souffles et de prises de bec. C'est frais et original. Guitare et batterie entrent dans la danse. Ca devient une sorte de rock sophistiqué. Energie et grâce en même temps. La classe, en fait. C'était une composition de Moondog, le Viking de la 6e avenue, " 2 West 46th street ". D'après Sylvain Riffelt, il n'y a rien à voir à cette adresse à New York.

" From C ", un hommage à Terry Riley compositeur de " In C " (" En do " en français).

Tiens, le sax ténor joue une sorte de ballade classique mais la ponctuation métallique de la guitare électrique change la donne. Duo flûte traversière/marimba. Le batteur a changé d’instrument. Au dessus de ce chant, s’élève celui du ténor. Il y a des effets diaboliques que je laisse le soin aux musiciens et aux mathématiciens d’analyser. Je profite de la ballade au soleil. Ca marche. Je ne suis pas le seul à onduler sur mon siège comme une girafe. Dialogue entre la fluidité de la flûte et l’acidité de la guitare ponctué par des vibrations de ponctuation.

Le groupe joue soudé, toujours avec ce beau son d’ensemble. Le flux et le reflux des ondes sonores nous emporte au loin. Duo guitare/batterie où le guitariste slappe comme un bassiste. C’est nerveux, vif, percutant. Retour au calme avec la flûte traversière. « To Z » dédié à Costa-Gavras. Sylvain Rifflet a de l’esprit. Il sait expliquer ses titres et ses ambitions musicales.

« Origami ». Le flûtiste est passé au kalimba, instrument traditionnel africain. Le batteur au marimba. Ca sonne boite à musique à laquelle s’ajoutent les ponctuations de la guitare électrique. Le sax ténor se lance, chaud et grave. Le batteur est revenu à la batterie. Le kalimba ponctue étrangement cette musique énergique.

Retour à la flûte traversière. Le sax ténor commence seul à parcourir l’échelle des gammes avec un son enrobé d’un voile lesterien. La guitare attaque, le batteur contre attaque. Rythmique hypnotique. Une musique pour dance floor de qualité. Tout se calme pour des passes magiques entre batterie et sax puis ça repart à bloc. Quoique. Ils jouent la même mélodie aussi vite mais moins fort pour repartir de plus belle jusqu’à la fin.

Sylvain Rifflet nous annonce un morceau de 30mn pour finir le set. Nous sommes prêts. C’est parti.

Le flûtiste se lance avec des effets électroniques pour prolonger le souffle. Des plages en quartet interrompues par des silences. 1er solo de batterie aux baguettes, entrecoupé de silences et de souffles. Le quartet repart groupé. Ca claque. Puis une soudaine respiration apaisée d’où s’envole le chant de la flûte traversière. Batterie et guitare entretiennent la tension. Ce morceau final a duré un quart d’heure vite passé d’ailleurs.

Je n’avais entendu que quelques secondes des « Mechanics » de Sylvain Rifflet avant de venir à ce concert. Mon intuition fut bonne. Un vrai univers, un vrai leader, un vrai son de groupe ; de l’humour, de la créativité, de l’émotion, de la surprise, un vrai partage avec le public, bref tout ce que j’espère d’un concert de Jazz était présent ce soir.

Sylvain Rifflet peut continuer à rouler des « Mechanics ». Tant que ce sera dans cet esprit là, je le suivrai.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article