The Claudia Quintet en vogue au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

The Claudia Quintet

Le Sunside

Paris, Ile de France, France

Jeudi 3 mars 2016, 20h30.

The Claudia Quintet est composé de

John Hollenbeck: batterie, percussions, composition, direction musicale

Matt Moran: vibraphone

Drew Gress: contrebasse

Red Wierenga: accordéon

Jeremy Winer: saxophone ténor, clarinette, remplaçant de Chris Speed, titulaire habituel du 5 majeur du Claudia Quintet.

John Hollenbeck a constitué The Claudia Quintet en 1997. Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, je découvre ce groupe ce soir.

Démarrage subtil du batteur qui tourne en boucle avec le vibraphoniste. L’accordéon ajoute sa nappe de son, la contrebasse sa pulsation. C’est subtil et dansant. Bref, c’est bon. Ca marche. L’honorable quinquagénaire assis devant moi oscille sur son siège comme un culbuto. Ils attaquent sur autre chose, à la fois répétitif et varié. Bref, la grande classe. Je vois jouer le clarinettiste mais je ne l’entends pas dans la masse sonore. Ca viendra. C’est mieux que bien. C’est somptueux. C’était « A decade to my favourite day » (John Hollenbeck). Son jour préféré, c’est le jeudi. Souvenir du jeudi saint lorsqu’il allait enfant à la messe en famille.

« A list ». La liste A de ceux qu’il faut avoir en soirée pour qu’elle soit réussie même si vous ne les aimez pas. Marcel Proust écrivit des pages sur le sujet, John Hollenbeck en fit un morceau de musique. Duo contrebasse/batterie avec balais pour chauffer la party. Sax ténor au lieu de la clarinette. Là, j’entends Jeremy Winer. Ca chauffe tranquille. Ca sonne plus profane que le morceau précédent en effet. Batteur aux baguettes. C’est un air de dance floor sublimé. La sublimation au sens physique du terme. Ca donne envie de danser, sapristi !

Contrairement aux DJ, le groupe n’enchaîne pas. « Couch » hommage au canapé de son colocataire qu’il regretta lors de son départ, le canapé, pas le colocataire. D’où ce titre hommage. Solo tranquille du batteur dont les baguettes roulent sur les tambours. Le sax ronronne. Ca donne envie de s’affaler sur le canapé. Vibration commune de la contrebasse sous l’archet, de l’accordéon et du saxophone ténor. Un decrescendo très lent nous tient en haleine jusqu’au final.

« Philly » dédié au batteur Philly Joe Jones (cf le Miles Davis Quintet de 1956), originaire de Philadelphie, ville cruciale pour le Jazz, à ne pas confondre avec un autre géant de la batterie, Papa Jo Jones (batteur du grand orchestre de Count Basie). Morceau composé à partir des « Philly licks », ses trucs que reprirent nombre de batteurs. Jeu subtil de la rythmique. Joli chatoiement des cymbales sous les baguettes. Joli solo de batterie chantant, roulant. Comme mon voisin de devant, j’oscille tel un culbuto sur mon siège.

John Hollenbeck a le souci pédagogique de présenter et d’expliquer chacun de ses morceaux au public. Qu’il en soit remercié. « Peterborough » morceau dédié à Peterborough, New Hampshire, USA, ville célèbre pour sa colonie d’artistes, la Mac Dowell Colony. Aaron Copland y composa au calme, John Hollenbeck aussi. Retour à la clarinette qui nous sort un joli solo très doux rejoint par l’accordéon et le vibraphone. Air léger, émouvant. Ca s’agite tout à coup comme la fée Clochette autour de Peter Pan.

Le dernier album du groupe est dédié au mois de septembre. « September 9th for Wayne’s faces » morceau écrit un 9 septembre en hommage à Wayne Shorter. Son méditatif du saxophone. Grosse pulsation de la rythmique. Bel hommage. L’accordéon chauffe la machine. Le batteur martèle sèchement. Ca se ralentit avec le glissendo de l’accordéon et de la contrebasse à l’archet.

PAUSE

Démarrage batterie/percussions/vibraphone. Ca swingue, sapristi ! La contrebasse ajoute sa pulsation et l’accordéon emballe le tout. Bonne pulsation pendant que le vibraphone scintille. Enfin, j’entends la clarinette par-dessus l’accordéon. Ils enchaînent sur un autre air. Nous écoutons sans applaudir, concentrés. La plainte conjointe de l’accordéon et de la clarinette nous prend l’âme au cœur. En un instant, ils m’ont fait chavirer. La beauté est une chose rare disait Ornette Coleman. C’est pourquoi il faut la saluer lorsque nous avons la chance de la rencontrer. Bruitages accordéon /percussions. Solo de batterie inventif. Le jeu de John Hollenbeck n’est pas conventionnel. Ca repart avec l’accordéon et le sax ténor puis tout le monde s’y met. C’est parti dans le free. Le remplçant, Jeremy Winer, est à la hauteur du titulaire, Chris Speed. Bon coaching de John Hollenbeck.

Sur 3 morceaux enchaînés, le 1er et le 3e étaient dédiés aux chiens, le 2e aux blettes. John Hollenbeck cherche à apprendre le français et le public l’aide en traduisant ses titres.

Morceau dédié au Maître des tambours sénégalais, Doudou Ndiaye Rose, le premier à faire jouer des femmes, ses filles, aux percussions. J’eus la chance de voir et écouter Doudou et sa troupe en concert à Rennes, au TNB, il y a plus de 20 ans. Cela ne s’oublie pas. Je me souviens avoir récupéré une baguette cassée qu’il avait jeté dans la salle et l’avoir offerte à un ami Sénégalais qui l’a conservé comme une relique. Sax ténor et contrebasse grognent. L’accordéon s’y met. Tout le monde percute.

« Night Bird » basé sur les accords de Bird (Charlie Parker) sur « Night in Tunisia » de Dizzy Gillespie. Une sorte de berceuse en fait. La clarinette se noie dans l’accordéon. C’est bien le seul reproche que je puisse faire à ce groupe.

« Be happy » (Soyez heureux, pour les francophones). C’est ce qu’ils nous souhaitent et nous procurent en effet. Ca vibre entre batterie aux maillets et vibraphone. Le quintette démarre avec le thème. Retour à la clarinette. L’accordéon produit un son répétitif digne de l’électronique. C’est pas guillain mais c’est bien barré comme musique. Le groupe repart soudé avec le sax ténor devant et une rythmique de feu. Be happy now !

« September 25th ». Une ballade pour finir. Tout est tranquille. Accordéon et contrebasse pour commencer. Fin en douceur.

C’est fini. Tout est dit.

Je forme le voeu d'entendre un jour Claudia Solal chanter avec The Claudia Quintet et pas seulement par goût de l'homonymie.

La photographie de John Hollenbeck est l'oeuvre du Prestigieux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

John Hollenbeck par Juan Carlos HERNANDEZ

John Hollenbeck par Juan Carlos HERNANDEZ

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