Franco d'Andrea Trio " Traditions today " in concerto al Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Franco d’Andrea Trio

Paris. Le Sunside.

Vendredi 25 mars 2016. 21h.

Franco d’Andrea : piano

Daniele d’Agaro : clarinette.

Mauro Ottolini : trombone

Il Maestro del piano Jazz in Italia si chiama Franco d’Andrea. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Enrico Pieranunzi, pianiste italien de Jazz. Le Maître est rare en concert, encore plus rare à Paris, parce qu’il a 75 ans et parce qu’il préfère enseigner chez lui, au pied des Alpes, à Merano (Meran auf deutsch), province autonome de Bolzano (Bolzen auf deutsch), Trentin Haut Adige, en Italie. La prochaine édition du Merano Jazz (15e Académie et 20e Festival) aura lieu du mercredi 13 au dimanche 17 juillet 2016.

Ce soir, il vient avec son trio Traditions today qui propose une interprétation contemporaine du Jazz des années 20, celui de la Swing Era de Francis Scott Fitzgerald.

Cela s’entend tout de suite avec le trombone qui joue en wah wah. Le piano fait la pompe. La salle est quasiment vide. Franco d’Andrea est un musicien pour musiciens et nous sommes au début du week end de Pâques. Les Parisiens ont fui Paris. Pour ma part, je ne partirai que le samedi matin. Je suis resté pour Franco d’Andrea.

Le trio est passé à du Monk, toujours avec le trombone en wah wah. Le Blues à l’italienne, c’est la grande classe. Dialogue subtilissime entre piano et trombone. La clarinette vient ajouter son chant d’oiseau.

Ils enchaînent sur un air plus vif. Pas d’applaudissement. Le public suit attentivement. Joyeuse cacophonie du trio. La musique bruisse en tous sens, comme un vol d‘étourneaux. Retour à Monk au piano. Les souffleurs reprennent sur une belle mélodie méditative. Ca sonne comme le premier Dke Ellington. Le pianiste glisse quelques fioritures. Un jeune tromboniste qui sonne aussi bien avec la sourdine Harmon, c’est rare mais cela existe, Gian Luca Petrella, autre tromboniste italien, autre complice de Franco d’Andrea. Ca y est, nous pouvons applaudir.

Un scintillement de notes jaillit du piano. Franco d’Andrea a dû écouter Martial Solal. « I got rhythm » (Gershwin) transformé à la Solal en piano solo. Subtil et puissant à la fois. Clarinette et trombone enchaînent le thème.

Le pianiste enchaîne sur une sorte de Blues. Nous avons un Maître et bien peu d’élèves pour l’écouter. Un standard de Duke Ellington. Clarinette et trombone wah wah enchaînent superbement. C’est à la fois respectueux et personnel, la classe à l’italienne. Magnifico !

Ni musique ni morceaux ne sont annoncés. La musica parla da solo. Solo de trombone pour commencer. Ni contrebasse, ni batterie. Cela ancrerait inutilement cette musique. Un nouvel air de la Swing Era qu’ils rafraîchissent splendidement. Ce trio crée bien plus de musique que bien des orchestres. Je ne citerai pas de nom.

Un autre air de la Swing Era, genre Sidney Bechet. Clarinette et trombone sont d’ailleurs des instruments attachés à cette époque. Le piano, lui, est intemporel malgré ses avatars. C’est bien l’air mais rajeuni, modernisé. Ils jouent le répertoire du Jazz mais ils ne le récitent pas en simples exécutants comme tous ces orchestres New Orleans qui n’ont jamais la folie créatrice de leurs modèles : Jelly Roll Morton, Louis Armstrong, Sidney Bechet.

Serait-ce du Mingus ? Le trombone grogne, le piano gronde et la clarinette grince. Ca swingue terrible. Main gauche très puissante pour remplacer la contrebasse et la batterie absentes.

Le pianiste commence. Deux minets s’en vont. La beauté leur fait peur. Encore un Blues, raffiné et viril à la fois. 75 ans, il Maestro vieillit bien. Trombone wah wah et douce plainte de la clarinette. Ca berce. Cette musique va à l’essentiel, l’émotion, tout en l’habillant pudiquement grâce à la technique. Un couple s’en va. La beauté semble vraiment difficile à supporter.

Dialogue scintillant piano/clarinette. Ca bat la campagne comme une cavalcade. Dernières notes de piano qui sonnent comme des clochettes d’argent.

PAUSE

A la pause, le clarinettiste m’explique qu’il n’y a pas de playlist. C’est de la cuisine sur le vif.

Clarinette et trombone attaquent brutalement. Cela redevient aussitôt mélodieux avec l’entrée en scène du piano. Nous sommes une vingtaine de spectateurs. Je fais partie des happy few. Ce trio tourne depuis 10 ans sans album. Il faut donc l’apprécier sur scène exclusivement mais il vaut le déplacement comme disent les guides touristiques.

Solo de piano d’un stride revisité. Un jeune couple s’en va. Le carré VIP se restreint encore. « You are undecided now », un vieux standard.

Duo piano/clarinette pour commencer. Superbement heurté. « Caravan » (Duke Ellington). Trombone bouché. Superbe version, suspendue entre tradition et modernité.

Quelle joyeuse cavalcade à 3 ! Parmi les rares spectateurs, je note Francesco Bearzatti (saxophoniste et clarinettiste italien), Pierre de Chocqueuse et Thierry Quénum, journalistes français de Jazz. « Basin street blues » que Louis Armstrong jouait avec Jack Teagarden (trombone et chant). Très belle version.

« Summertime » (Gershwin). Piano solo. Le trombone enchaîne. En fait, c’est « Saint Louis Blues » (WC Handy).

Trombone wah wah en résonnance avec le piano.

Vaincu par la fatigue, j’ai quitté le concert avant la fin. Quelques esthètes privilégiés en ont profité jusqu’au bout. E tutto. Grazie mille Maestro.

Grâce à Yvan Amar et à son émission Jazz Club sur France Musique, voici le podcast de ce concert.

Dans le film ci-dessous, Franco d'Andrea décortique " Take the A train " de Billy Strayhorn, une leçon de Jazz vivement recommandée aux pianistes italianistes mais qui ne leur est pas exclusivement réservée.

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