Kenny Werner Trio de retour au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Kenny Werner Trio

Le Duc des Lombards

Paris, Ile de France, France

Mardi 3 mai 2016. 19h30.

Kenny Werner : piano

Johannes Weidenmuller : contrebasse

Ari Hoenig : batterie

Le trio attaque sans préliminaire. Rythmiquement, ils nous mettent tout de suite la tête à l’envers. Le jeu se calme en un instant, accélère de nouveau. Bref, ces vieux trucs du Jazz qui marchent toujours. Kenny Werner a dû écouter les trios de Martial Solal. Solo de batterie calme et savamment déstructuré. Dexter Goldberg, jeune pianiste français, est venu écouter le Maître en concert après sa Master Class du jour. Un petit solo de piano stride revisité.

Une ballade pour calmer le jeu. Le batteur cliquète aux baguettes. Kenny Werner aime lancer des fausses pistes mais reste plus sur la voie principale que Martial Solal. Le trio navigue à l’oreille, évitant les écueils. Cela fait des années que ces trois là jouent ensemble mais ils sont toujours aussi frais. La ballade s’anime d’éclairs puis revient au calme. Dans l’aigu, Kenny Werner réussit à faire siffler son piano.

« My primary voice, this trio » dit Kenny Werner. Bel hommage. Kenny Werner raconte son histoire d’amour avec ce trio, Paris et le Duc des Lombards où il jouait déjà en l’an 2000 (pour ceux qui connaissent le lieu, ce club a change de direction et de configuration depuis).

C’était d’abord « Amonkst », subtil jeu de mots en hommage à Thelonious Monk (pour les anglophobes, ce jeu de mots n’est pas traduisible en français) puis un titre du dernier album.

« Who » tiré du dernier album. Tension subtile entre la contrebasse et la batterie aux baguettes. Des ondes positives nous baignent dans la salle. Ca marche. Je hoche la tête en tous sens, chaviré par cette musique. Je ne suis pas le seul. Le jeune couple devant moi fait de même régulièrement. Bref, ça marche. Le piano s’efface pour laisser la contrebasse retenir la tension alors que la batterie ne lâche rien. Le pianiste vient emporter le morceau. Comme disait Fats Waller, " It’s so good it must be illegal ».

Un morceau qui sera enregistré prochainement, « Charlie Parker’s Anthropology ». Il s’agit en effet d’une variation sur ce standard du Be Bop, composé par Bird. John Lewis, pianiste majeur du Be Bop, avait fait des études d’anthropologie et de musicologie à l’université d’Albuquerque. Etait-ce un clin d’œil de Bird à son pianiste ? Joli exercice de style en tout cas.

Solo de piano, mélodieux à souhait, sans être mièvre. La contrebasse vient s’ajouter délciatement au chant. Batteur aux balais. Ca ronronne délicatement. C’est doux comme une aurore sur des collines. Ca s’anime subitement avec le batteur aux baguettes, faisant scintiller les cymbales. Petite citation du « Saint Thomas » de Sonny Rollins pour la fin. C’était un standard « Try to remember ». En France, la version d’Harry Belafonte a même servi pour la publicité d’un café.

Une nouvelle composition. Solo de piano romantique en intro. Le trio démarre dans une vague commune. Une petite cure de beauté, ça fait toujours du bien au moral. Ca monte en puissance et nous emporte au loin, très haut, sans nous faire peur. Tout en gardant la tension, la musique s’efface doucement jusqu’à la fin.

« In your own sweet way » du pianiste Dave Brubeck, tiré d’un des best sellers du Jazz, l’album « Take five ». Duo piano-contrebasse étrangement décalé. Ca se coordonne petit à petit jusqu’à l’arrivée du batteur aux baguettes. Ce n’est pas Dave Brubeck mais bien Kenny Werne aux commandes.

RAPPEL

« As we say in America, You are a great audience. We leave You with a french song» nous dit aimablement Knny Werner. Ce sont “ Les feuilles mortes ”, la chanson de Prévert et Kosma, reconnaissable dès les premières notes (« Autumn leaves » pour les anglophones). Contrebasse et batterie s’ajoutent peu à peu au piano, ans une version épurée, fidèle au thème. Ca balance délicieusement avec le batteur aux baguettes. Retour au piano solo, romantique à souhait. Un final qui claque.

Grâce à la radio TSF Jazz, voici le podcast du concert du trio de Kenny Werner le lundi 2 mai 2016 au Duc des Lombards.

La photographie d'Ari Hoenig est l'oeuvre de l'Audacieux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Ari Hoenig par Juan Carlos HERNANDEZ

Ari Hoenig par Juan Carlos HERNANDEZ

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