Le trio Dupont/Veras/Mangeard aux commandes de la péniche Marcounet

Publié le par Guillaume Lagrée

Trio Dupont/Veras/Mangeard

Péniche Marcounet.

Paris. Ile de France. France.

Mardi 12 avril 2016. 21h.

Hubert Dupont : contrebasse

Nelson Veras : guitare

Pierre Mangeard : batterie

Le concert est annoncé pour 20h mais 20h c’est l’heure de manger un en-cas en attendant le concert. Ce n’est pas désagréable sur une péniche située quai de l’hôtel de ville, au cœur de Paris.

« Possib ». Solo de contrebasse avec un gros son mat. Batteur aux balais. Son de guitare toujours classe et assez funky. Le batteur passe aux baguettes. La rythmique est plus présente alors que la guitare plane au dessus. Nelson Veras est un leader né mais il sait se mettre au service de la musique d’autrui que ce soit avec Eric Le Lann ou ici. La musique s’anime, s’agite tout en gardant le thème lisible.

Contrebasse à l’archet et batteur aux baguettes. La guitare point le bout de son nez pour « Never rain ». Quand un bateau mouche rempli de touristes passe sur la Seine, la péniche tangue mais les musiciens gardent le tempo sans mal de mer. La classe. Le bassiste a lâché l’archet. Dialogue funky, haché menu avec la batterie.

« Rouge sur blanc » (Nelson Veras). Cf la chronique de l’album éponyme sur ce blog. C’est à la fois savant et simple, sophistiqué et fluide, bref, c’est du Nelson Veras. Le concert est filmé. Mon esprit de jars tente de faire abstraction de quatre oies qui cancanent à bec déployé. Certes, c’est un club de Jazz sur une péniche, pas la salle Pleyel mais un peu d’écoute ne leur ferait pas de mal.

Contrebasse à l’archet, batteur aux maillets, quelques notes de guitare. Mystère. Hubert Dupont a ajouté des sortes de pinces à ses cordes pour transformer le son de sa contrebasse. Les maillets jonglent sur la batterie. Son tranquille de la guitare. Les quatre oies cancanent, heureuses d’être ensemble. Lectrices féminines, lecteurs féministes, s’il s’agissait de quatre jars, j’écrirais la même chose. Belle vibration de la contrebasse en solo. Les notes s’étirent. Le batteur repart aux baguettes sur un air animé. Ils ont enchaîné sans que personne n’applaudisse, certains par écoute, d’autres par inattention. Ca tricote joyeusement. La musique est en train de gagner la partie. Les oies se taisent et écoutent.

PAUSE

Les oies jacassent de nouveau. Hubert Dupont commence seul, majestueusement. Les baguettes viennent ajouter un tapotis à la batterie. La guitare sonne haut et clair. Le trio a monté le son couvrant les conversations. Par les hublots, je vois les taches de lumière des lampadaires sur l’eau de la Seine. La musique balance, la péniche Marcounet aussi. En jouant moins fort, le cancanement se fait entendre de nouveau. La musique monte en puissance avec le trio aussi. C’était « Pass pass ».

Gros son de la contrebasse triturée. Batteur aux maillets. La ligne claire de Nelson Veras est digne de l’école belge de BD et de guitare. Bonne pulsation funky de la rythmique à partir de laquelle Nelson Veras décolle. Energique et subtil.

Un nouveau petit air funky et subtil, joué soudé.

« Pendulaire ». Après une petite intro tranquille, le batteur attaque ferme et sec aux baguettes. Petite pause en glissando. Ca redémarre, de plus en plus énergique.

Saied Shanbehzadeh, Iranien, joue du neyanban, la cornemuse iranienne, instrument dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce concert. Il vient s’ajouter au trio. Après un round d’observation, le trio trouve son équilibre. Cela me rappelle Stanley Cowell, Noir américain, qui jouait de la cornemuse en kilt avec Sonny Rollins en 1974 (cf le Live enregistré au Montreux Jazz Festival 1974) mais avec le feeling oriental. Ca c’est de l’improvisation. Totalement imprévu au programme. Deux Français, un Brésilien et un Iranien. Trois cultures pour quatre musiciens et l’improvisation en partage. Plus qu’une musique, un programme politique. J’ai l’illusion d’entendre un piano alors qu’il s’agit d’une guitare. C’est dire si j’en perds le sens commun. Contrebasse et batterie entretiennent la pulsation alors que guitare et cornemuse dialoguent. Superbe.

Pour vous faire votre propre idée, lectrices analytiques, lecteurs expérimentateurs, une vidéo d'extraits de ce concert se trouve ci-dessous. A vous.

Commenter cet article