Alain Jean Marie Biguine Reflections Trio Pianissimo au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Pianissimo

Sunside. Paris, Ile de France, France.

Mardi 23 août 2016.21h.

Alain Jean-Marie « Biguine reflections trio »

Alain Jean-Marie : piano

Eric Vinceno : guitare basse électrique

Jean-Claude Montredon : batterie

Lectrices métisses, lecteurs créoles, je vous prie de bien vouloir excuser mes fautes en créole des Antilles françaises. Je ne parle pas cette langue.

Alain Jean-Marie explique la musique qui va nous être jouée : « Reflets de biguine sur la musique de Jazz et reflets de Jazz sur la biguine. Des réflexions du Jazz sur la biguine, de la biguine sur le Jazz, De toute façon, ce sera de la musique ». Comme disait Jean Cocteau, premier président de l’Académie du Jazz : « Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image ».

Petit solo de piano Jazz pour introduire le débat. La musique est ancrée par la basse, propulsée par la batterie et aérée par le piano. Même sur un air dansant plane cette douce nostalgie propre à Alain Jean-Marie. C’était « Sérénade » (Alain Jean-Marie). Sérénade créole ce soir.

« Jean-Claude » composition d’Alain Jean-Marie en hommage à son batteur Jean-Claude Montredon. Ca tourne, nom de Zeus ! La batterie jouée aux baguettes sonne comme un tambour joué à mains nues. Il joue des boucles rythmiques propres aux musiques noires et en même temps, avec la liberté, la variété du Jazz, musique métisse.

« Notre musique est tirée du patrimoine populaire antillais mais à notre façon de jazzmen » (Alain Jean-Marie).

« Déception »(André Valbert). C’est l’histoire d’un jeune Antillais qui ne trouve pas l’âme sœur au pays, va la chercher dans l’Hexagone mais ne la trouve pas non plus. De retour au pays, il chante sa déception. Cette déception se danse de façon lente mais bien rythmée. Avec cette belle biguine, j’espère que ce jeune homme a pu trouver sa bien aimée.

« Koi fé » (Robert Mavounzy). Cela signifie « Que t’a-t-elle fait pour te mettre dans cet état ? ». Ca balance sérieusement, de quoi évacuer le chagrin d’amour. Ces trois vieux messieurs aux blancs cheveux envoient terrible. Le dialogue se fait entre piano et batterie, la basse assurant le lien. C’est son travail et elle le fait bien. Pas de solo. Le pianiste est le leader mais chacun a sa part du gâteau.

En Martinique, la mazurka, originaire de Pologne, est très populaire . C’est une musique à 3 temps comme la valse et le Jazz alors que la biguine est à 2 temps comme les marches militaires et le rock’n roll. Une mazurka d’Eric Vinceno « Drive » (à prononcer à la française) qui exprime la dérive des gens qui ne font rien. Intro en piano solo. Toujours le toucher. Gros son de basse. Ca nous emmène.

Arrangement de Jean-Claude Montredon sur « Retour au pays » (Eugène Delouche), une biguine des années 40. Là, c’est du deux temps. Solo de batterie tranquille mais percussif. Au fond de la salle, des mains battent la mesure. Ce son là vient d’Afrique via les Antilles. Jean-Claude Montredon sait jouer vite et doucement ce qui est le plus difficile pour un batteur.

Nous sortons des Antilles françaises pour aller aux Antilles anglaises voisines, plus précisément à Sainte Lucie pour une calypso « I need a man but I don’t want no good looking man ». En effet, le rythme est différent, c’est celui de la calypso. Le balancement est plus pesant mais ça marche aussi.

« Papa moin cou » (Ne me bats pas). Une biguine en hommage aux femmes battues. La biguine est un journal musical de la vie économique et sociale. Comme le rap. De l’art de chanter joyeusement des choses tristes, comme le Jazz. Ca sonne funky avec la basse qui slappe.

PAUSE

Le bassiste, seul sur scène, commence à jouer doucement pour faire revenir ses collègues.

Ca reprend tranquillement, avec une conclusion toujours aussi bien amenée « Mi bel jouné » (Alain Jean-Marie)

« Vallée heureuse » (Alain Jean-Marie), un joli coin nommé « Vallée heureuse » près de Fort-de-France (Martinique) devenu aujourd’hui un fast food. Il fallait y être au bon moment. Ce morceau dégage une sensation de bien être avec une touche de nostalgie propre à Alain Jean-Marie.

« Haïti » dédié par Alain Jean-Marie à « un peuple vaillant, qui a subi beaucoup de malchance de la part de malveillants ». Je reconnais immédiatement ce morceau qui m’envoûte dès les premières notes. C’est saisissant de beauté. Une boucle rythmique superbe et du grand piano pour emballer le tout.

« 22 mai zouk », morceau écrit par Alain Jean-Marie pour fêter le 22 mai 1848, date de l’abolition de l’esclavage aux Antilles (en Martinique plus précisément. Le décret de Victor Schoelcher date du 27 avril). L’air est vif comme celui de la liberté.

Batterie et piano s’effacent pour laisser place à la basse. Solo subtil aux cordes frottées. Silence dans la salle. Par la porte ouverte nous parvient la rumeur de la terrasse. Exercice de concentration pour un public attentif. Nous sommes un mardi soir fin août à Paris et la salle est quasiment pleine. C’est rassurant.

Le trio repart groupé sur la précédente boucle. La musique couvre la rumeur. Ma voisine de gauche danse sur sa chaise. Ma voisine de droite est plus sage mais enthousiasmée par le batteur. Le trio progresse vers la transe avec les tambours qui roulent sous les baguettes comme sous des mains nues. Le public bat la mesure pour les encourager. Le jeu se calme. Alain Jean-Marie sort des tours de magie sonores. Ca bat bien la mesure au fond de la salle.

Ca balance plus fort qu’au 1er set. Le trio est chaud et le public aussi. C’est l’ « AJM Blues » composé par qui vous savez lectrices métisses, lecteurs créoles.

Le trio a maintenu cette tension et cette chaleur jusqu’à la 2e pause mais j’étais trop fatigué pour suivre le 3e set. De plus, il y avait école le lendemain.

Splendide concert qui s’est renouvelé non moins splendidement le lendemain, mercredi 24 août, au Sunside, à Paris.

A ce propos, deux témoignages fiables, précis et concordants me permettent d'affirmer que les spectateurs du concert du mercredi 24 août 2016 bénéficièrent d'un supplément de chantilly offert par la maison avec la présence de Luther François, natif de Sainte Lucie, domicilié en Martinique, au saxophone ténor. Un seul regret exprimé par un de ces témoins, pianiste amateur: le batteur ne joue pas de balais. Parfois, avec ses baguettes, il a tendance à couvrir le pianiste. C'est écrit.

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Group jazz 25/08/2016 11:33

Artiste de talent j'ai adoré la video !

Groupe jazz 02/09/2016 13:01

Merci Guillaume

Guillaume Lagrée 26/08/2016 00:11

Content que cela vous plaise, honorables lecteurs.