" Finding Fela " un film d'Alex Gibney

Publié le par Guillaume Lagrée

" Finding Fela "

Alex Gibney

Fela Films. 2014

Edité par Films Distribution. 2015.

Film visible sur grand écran, dans une salle de cinéma, au festival de Jazz à la Villette, à Paris, Ile de France, France, le mardi 6 septembre 2016 à 20h au cinéma MK2 Quai de Seine. Projection précédée d'une rencontre avec Seun Kuti (1983), le plus jeune fils de Fela, lui aussi saxophoniste et chanteur.

Lectrices européennes, lecteurs africains, lorsque j'étais étudiant, il y a 25 ans, un condisciple du Congo Brazzaville, Alphée, m'apprit qu'en Afrique Franco n'était pas un dictateur espagnol mais un guitariste et chanteur du Congo Kinshasa et qu'il existait au Nigéria, un saxophoniste ténor, chanteur, leader musical et politique nommé Fela, qui avait écouté John Coltrane et James Brown et mis cela à la sauce africaine. En échange, je fis découvrir à Alphée " Alfie " la seule musique de film composée et jouée par Sonny Rollins et " Tutu " de Miles Davis, un fan de Fela d'ailleurs.

Mutuellement, nous ouvrîmes nos champs d'investigation musicaux.

Alphée m'apprit aussi que même s'il a la peau noire, des ancêtres Africains et se dit Africain-Américain, un Américain reste un Américain. Culturellement, intellectuellement, il n'a rien d'Africain.

Cela se vérifie dans le documentaire d'Alex Gibney sur Fela Anikulapo Kuti (1938-1997).

Aux images d'archives qui narrent la vie, les combats, les dérives et les chants de Fela, s'ajoute une comédie musicale montée à Broadway qui raconte sa vie. Cette pièce est dirigée et jouée par des Noirs Américains mais l'Art ne se crée pas seulement avec de la bonne volonté et des bons sentiments. Ca sonne faux, chiqué. Tout le monde sait en voyant cette pièce que c'est pour de faux comme disent les enfants. Aucun risque n'est pris.

Alors que Fela jouait pour de vrai. A chaque album, presque à chaque chanson, il risquait de partir en prison, d'être torturé par les sbires des généraux nigérians ivres de pouvoir et de pétro dollars. C'est ce que montre le film avec les images d'archives et les témoignages de sa famille (ses fils Seun et Femi Kuti sont eux aussi saxophonistes et chanteurs mais sans la folie démiurgique de leur père).

Fela faisait ce qu'il voulait, quand il voulait, comme il le voulait. La seule femme qu'il respectait vraiment, c'était sa mère, la première femme à conduire une voiture au Nigéria, une militante politique et syndicale, dont la mort le laissa brisé. Avec les autres femmes, Fela jouait au sultan, épousant ses 27 danseuses en même temps, choisissant chaque soir celle qui coucherait avec lui. Il l'a payé de sa vie puisqu'il est mort du SIDA. Là aussi, il fit évoluer les mentalités puisque son frère médecin révéla immédiatement la cause de sa mort ce qui fit évoluer les consciences en Afrique même s'il reste beaucoup à faire (les préservatifs restent trop chers et l'éducation sexuelle quasi inexistante).

L'Afrobeat c'est Fela, le seul leader musical mondial, avec Bob Marley, qui soit issu de ce que les Occidentaux appellent le Tiers-Monde. Bob Marley eut plus de succès car il était beaucoup plus sage, plus consensuel (quoique, essayez de trouver " Burnin and lootin tonight " à la radio ). De plus, quand des producteurs américains voulant lancer la carrière de Fela dans le show business, lui demandèrent pourquoi il s'obstinait à enregistrer des chansons de 30mn, impossibles à passer à la radio, Fela répondit: " Reprochez vous aux concertos de Beethoven de durer une demi heure? Je suis comme Beethoven , un artiste ".

" Zombie " c'est la danse des morts vivants, ces généraux et leurs sbires dont Fela se moque joyeusement car, même mort, sa musique nous fait toujours danser.

" Nous croyions être le groupe le plus funky au monde. Puis nous sommes allés au Shrine à Lagos écouter en concert Fela & Afrika 70. Là nous comprîmes notre erreur. Le groupe, le plus funky au monde, c'était eux ".

(Fred Wesley, tromboniste des JB's, le groupe de James Brown)

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Caroline 24/08/2016 07:52

Bonjour. Ce film semble être très intéressant à voir ! En tout cas, votre article donne envie de le faire.

Guillaume Lagrée 25/08/2016 07:52

Bonjour citoyenne Caroline
il vous faut écouter un standard du Jazz, le " Carolina Shout " de James P Johnson par son auteur, par Fats Waller et par Marc Benham.
Merci pour vos encouragements.
Bonnes découvertes musicales.

Caroline 24/08/2016 07:52

Bonjour. Ce film semble être très intéressant à voir ! En tout cas, votre article donne envie de le faire.