Harold Mabern Trio bleuit le Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Harold Mabern Trio

Paris. Le Duc des Lombards

Vendredi 23 septembre 2016. 19h30.

Harold Mabern : piano

?: contrebasse

Joe Farnsworth : batterie

Harold Mabern est un pianiste de Blues qui comprend le Jazz. C’est ainsi qu’il se définit. Cela s’entend dès son solo introductif gorgé de Swing et de Blues comme un fruit mûr et juteux. Le trio enchaîne. Ca swingue, saperlipopette ! Il y des chinoiseries, une sorte d’évocation de l’Extrême Orient dans son jeu de piano. Quand le trio démarre, ça tourne comme une belle Américaine. Ils arrivent à un standard. Ca swingue tellement que je ne reconnais plus le thème. Quelle énergie dans ce jeu de piano ! 80 ans. Respect Monsieur Harold Mabern. Chaque musicien prend son tour de solo, classiquement. Nihil novi sub sole sed semper bonum est. Tiens, ça devient latin maintenant. Caclaque. Roulement de tambours bien sec du batteur en solo. Ca chante et ça danse avec un travail aux baguettes en finesse sur les bords de caisses. Retour au standard dont le titre m’échappe. C’était une bossa nova d’Antonio Carlos Jobim « Insensatez » (« Insensitive » in english) transformée en Blues.

« Bobby Benny Jimmy Lee Bu Food ». Un hommage à 4 musiciens de Philadelphie, ville dont est originaire Harold Mabern. Swing débordant de joie et d’amitié. L’esprit de la danse est là. C’est de la musique à écouter paraît-il mais qu’est ce que ça danse. Un vrai feu d’artifice sonore jaillit des doigts puissants d’Harold Mabern. La musique éclaire et stimule nos âmes fatiguées. Solo de contrebasse bien pulsé stimulé par des trilles de contrebasse et des cliquetis de baguettes. Le trio repart pour relancer des breaks de batterie. Joe Farnsworth est très fort pour jouer doucement une pulsation puissante aux baguettes. Pas besoin de monter le son pour se faire entendre. Beau final groupé decrescendo. C’était un Blues. « Le Blue est le choix le plus facile mais c’est aussi le plus difficile car c’est une question de feeling » (Harold Mabern). C’était un hommage aux Jazz Messengers, édition 1958 : Bobby Timmons, Benny Golson, Jimmy Merritt, Lee Morgan, Abdulah Ibn Buhaina (Art Blakey).

Le trio repart sur un tempo rapide. Solo de contrebasse vif et chantant. Au tour du batteur de faire scintiller ses cymbales aux baguettes. Puis des roulements de tambour qui chantent et qui dansent. C’était un standard « Cherokee ».

Harold remercie le public d’être venu car ils ne sont pas des superstars mais d’honnêtes musiciens qui voyagent dans le monde. Ils ne tiennent pas le public pour acquis. Harold Mabern est communicatif et chaleureux avec le public. Longue intro au piano bien charpentée. Ca ressemble à Fantasy d’Earth Wind and Fire. C’est bien cela. Superbe version en trio Jazz. Quelle patate! Une belle chanson est toujours adaptable au Jazz surtout si elle est noire américaine. Le leader, Maurice White, était batteur de jazz, du Ramsey Lewis Trio. Ici, le trio reste fidèle au thème et à son crescendo permanent. Quelle énergie vitale ils nous communiquent !

Un morceau dédié à John Coltrane qui aurait eu 90 ans le 23 septembre 2016. « My favorite things » standard dont Trane fit sa chose pour l’éternité. Belle cascade de notes. C’est rafraîchissant. Harold Mabern n’est pas Mac Coy Tyner mais il ne prétend pas l’être. Que de bonnes vibrations il nous envoie ! Il s’arrête pour un solo de contrebasse sur le thème. Solo de batterie maintenant. Comme Jean-Claude Montredon, Joe Farnsworth ne joue qu’aux baguettes. Deux batteurs de jazz qui n’usent pas des balais, c’est inquiétant. Pourvu que je ne trouve pas le 3e. Force est d’admettre que Joe Farnsworth sait faire parler et chanter ses tambours sans violence ni menace.

Un petit interlude funky et c’est fini.

Harold Mabern, le pianiste favori de Wes Montgomery, a encore plein de belles histoires à nous raconter. Profitons en de son vivant.

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