Jazz à la Villette. " Under the radar " au Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz à la Villette

" Under the radar "

Programme organisé par le label Abalone

Studio de l’Ermitage. Paris

Dimanche 4 septembre 2016. 17h

Trois concerts pour le prix d’un !

I Correspondances

François Raulin : piano, composition

Stéphane Oliva : piano, composition

Vus depuis le public, François Raulin était à gauche et Stéphane Oliva à droite de la scène, les deux pianos ¼ de queue étant accolés.

A l’évidence, ils commencent par jouer du Martial Solal, plus précisément l’album « Sans tambour ni trompette » (1970, en trio avec Jean-François Jenny Clarke et Gilbert Rovère, contrebasses), un album que Martial Solal (1927) considère aujourd'hui encore comme un sommet de sa carrière discographique. Avis que je partage sans réserve. C’est grave et ludique à la fois, bref c’est du Solal. La salle est pleine, mezzanine incluse. Pour une musique d’avant-garde, un dimanche après-midi à Paris, c’est bien. Comme Solal, les pianistes pratiquent l’art du virage en épingle et des impasses dont ils sortent avec maestria. Les thèmes sont bien reconnaissables même s’ils improvisent aussi. C’était donc « Cher Martial », des variations de François Raulin sur cet album de Martial Solal.

Chaque morceau est une lettre à des gens qu’aiment les deux pianistes. D’où le titre de « Correspondances » qui sert de programme à ce duo. Après Martial Solal, spéciale dédicace à Emma Bovary. Romantique et ethéré.

S’ensuit un duo joyeux et enlevé. « Ligety pursuit » en hommage à Giorgi Ligety.

« Jimmy », hommage à Jimmy Giuffre et Paul Bley par Stéphane Oliva. Jeu à l’économie pour rendre hommage à ces Maîtres du « less is more » (« moins c’est plus » en français). Un peu hanté ma non troppo.

Le duo crée ensuite une danse des voiles envoûtante. Pas mal du tout. Grande maîtrise de la tension et du relâchement. « Blues for Randy Weston », hommage à un géant du piano (2m sous la toise).

« Lettre à Jean-Jacques Avenel ». Cette fois, ce n’est pas d’un pianiste mais d’un contrebassiste dont il s’agit. Bel hommage à un ami. Les pédales scandent le chant des pianos. Ils ont joué, ri, parlé, mangé et bu ensemble. Cela s’entend.

Composition de Stéphane Oliva. Dialogue imaginaire entre ? et ?. Les noms m’ont échappé, je l’avoue.

« Lettre à Henri Dutilleux », basée sur une sonate pour piano d’Henri Dutilleux. L’ennui pèse sur la plaine.

Une sorte de ballade. Manifestement, c’est « Summertime » de Georges Gershwin. C’est encore d’actualité le 4 septembre. Version lente, décomposée. C’est beau. C’était « Lettre à Linda Sharrock » (Stéphane Oliva).

« Noncaro furioso », hommage à un compositeur mexicain qui travaillait sur des rouleaux de piano mécaniques, créant des polyrythmies diaboliquement complexes. En effet, c’est aussi virtuose que démonstratif et ennuyeux.

RAPPEL

« Lennie Bird », hommage simultané à Lennie Tristano et à Charlie Parker pour qui Lennie Tristano écrivit un Requiem. Ca scintille et virevolte joyeusement.

Ce duo a 25 ans d’âge. Il se boit encore très bien.

II. Boreal Bee

Benat Achiary : chant

Sylvain Thevenard: électronique

Christophe Rocher : clarinettes

N’étant pas masochiste, je me suis échappé au bout de 3mn pour aller dîner à l’Echappée. Cuisine thaïe convenable et absence de musique de fond dans la salle. Un repos salutaire après cette agression sonore caractérisée.

III Equal Crossing

Régis Huby : violon ténor, électronique

Bruno Angelini : piano, Fender Rhodes

Marc Ducret : guitare électrique

Michele Rabbia : percussions, électronique

Début tout en douceur avec des frottis de cordes et de percussions ponctués de quelques notes de piano. La musique se détache, éthérée et électrique. C’est bien groupé, cohérent avec 4 individualités fortes. C’est libre et structuré, bref c’est du jazz. Duel percussif entre piano et percussions. Ca devient plus funky avec un dialogue clavier-guitare. Ils ont retrouvé une mélodie grâce au violon. C’est nerveux, tendu. Jeu énergique du batteur aux balais. Il reprend les baguettes. Ca vibre comme de la Soul Music des 70’s avec une folie supplémentaire (Marc Ducret à la guitare, Mesdames et Messieurs). Le clavier pallie à l’absence de basse avec grâce. Le violon électrifié s’y remet aussi alors que le batteur est repassé aux balais. Ca nous emporte. Marc Ducret déchaîné devant sa partition. La lit-il ? Belle apothéose pour conclure le morceau.

Ajout d’une bande son électro. Violon, guitare et clavier attaquent ensemble. Batteur toujours aux balais, puissant, avec quelques percussions en plus. Ca groove, saperlipopette ! Ils arrêtent tout pour faire des bruitages de film fantastique. A la recherche de la mélodie, guitare et violon l’inventent. Le chaos s’organise. Joli tic tac de la batterie. Cet usage des balais sur des morceaux rapides et puissants est vraiment intéressant. Le chaos revient avec des gémissements de la guitare et des grognements du clavier électrique. Le batteur ponctue avec des frottements de baguettes, le violoniste avec du pizzicato. Ambiance île mystérieuse. Le violon vibre maintenant sous l’archet alors que guitare et batterie ponctuent son chant. C’est beau et mystérieux à plaisir. Ca monte en puissance et en volume avec le Fender qui s’ajoute au maelstrom. Le clavier fait des bruitages tout seul maintenant. Retour au piano pour un joli dialogue avec les percussions. Guitare et violon en pizzicato remettent la gomme pour quelques secondes. Ca repart à 4 en puissance. Le piano martelé tient le choc de la guitare électrique. Bel embrasement.

Mon cahier de notes finit ici, ma chronique aussi.

Le morceau final était d’une telle autorité que nous applaudîmes chaleureusement mais ne réclamâmes point de bis.

Tout était dit.

La photographie de Bruno Angelini est l'oeuvre de l'Abominable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Bruno Angelini par Juan Carlos HERNANDEZ

Bruno Angelini par Juan Carlos HERNANDEZ

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