" Le Jazz et les gangsters " . Ronald L. Morris

Publié le par Guillaume Lagrée

" Le Jazz et les gangsters "

(1880-1940)

Ronald L. Morris

Traduction française de Jacques B. Hess.

Paris, Editions Le Passage, 2016, 320 p.

Edition originale. " Wait until dark: Jazz and the Underworld. 1880-1940 ", Bowling Green University Popular Press, Bowling Green, Ohio, 1980.

Exquises lectrices, subtils lecteurs, alors que 1917 est le centenaire officiel du Jazz, pour mesurer le chemin parcouru, il est bon de se replonger au temps de son explosion, la Swing Era pour les Américains, les Années folles pour les Français, les années 20 du XX° siècle.

Le Jazz est d'abord né dans les maisons closes de la Nouvelle Orléans puis a migré vers le Nord s'installant à New York, Chicago, Kansas City, se déployant dans des clubs toujours plus luxueux grâce aux gangsters juifs et italiens. Il y avait aussi quelques Français dans l'affaire dont Madame Saint Clair, reine de Harlem. La fin de la prohibition et la Grande Dépression  de 1929 mirent fin à cet âge d'or. L'alliance des gangsters et des jazzmen fut aussi fructueuse pour l'histoire de l'art que le mécénat des banquiers toscans de la Renaissance pour les peintres, sculpteurs et architectes.

Telle est la thèse de Ronald L Morris qu'il déploie avec force arguments convaincants tout au long de ce livre réjouissant.

Comment Juifs et Italiens, Blancs mais pas WASP (White Anglo Saxon Protestant), dépourvus de préjugés raciaux, lancèrent des musiciens Noirs , Juifs et Italiens. Comment ces gangsters civilisèrent les clubs américains transformant des saloons, véritables assommoirs dignes de Zola, en lieux chics. Comment ils ringardisèrent les Irlandais et les Allemands qui tenaient alors le commerce de l'alcool et du spectacle aux Etats Unis d'Amérique. Comment ils  firent entrer les femmes, facteur clef de civilisation, dans les clubs. Comment ils payèrent hommes politiques, policiers et magistrats pour garder leurs affaires en paix. Comment ils traitèrent en égaux des hommes et des femmes d'une couleur et d'une culture différentes de la leur. Comment la fin de la Prohibition et la Grande Dépression mirent fin à l'afflux d'argent alors que policiers, magistrats et élus restaient toujours aussi cupides.

Tout cela et bien plus encore est raconté dans ce livre qui vous donnera envie de plonger, tête la première, dans le Jazz des années 20, exquises lectrices, subtils lecteurs.

Dans les années 1960, un journaliste blanc demanda à Duke Ellington:

" Duke, comment un homme aussi élégant et raffiné que vous a pu travailler pour ces gangsters du Cotton Club ? "

" Des gangsters? Comment osez vous qualifier ainsi ces gentlemen ? " répondit en souriant Duke Ellington.

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