" Le Vieux et le Président " au cinéma Le Balzac

Publié le par Guillaume Lagrée

" Le Vieux et le Président "

Hommage à Sidney Bechet et Lester Young

Festival " Jazz et images "

Paris. Cinéma Balzac.

Vendredi 12 mai 2017. 21h.

Soirée préparée et animée par Vincent Le Quang.

Au menu un orchestre d'élèves du saxophoniste Vincent Le Quang au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris joue des morceaux de Sidney Bechet et Lester Young.

Puis, à l'écran, le film " Le vieux et le président " (INA, 1959) rend hommage à ces deux immenses saxophonistes tous deux morts en 1959. Sidney Bechet était pour Duke Ellington le plus grand soliste du Jazz, devant Louis Armstrong. Lester Young inventa une façon nouvelle de jouer du saxophone ténor, qui est à l'origine du courant Cool Jazz. Navré mais je n'ai pas trouvé le film sur Internet, pas même sur le site de l'INA. A part cet extrait de 30s où le critique français Maurice Cullaz parle de Lester Young. Si vous trouvez ce film, lectrices enquêtrices, lecteurs fureteurs, je suis preneur.

L'orchestre est composé d'une section rythmique piano, contrebasse, batterie et de neuf instruments à vent dont une trompette, un trombone et 7 saxophones de l'alto au baryton.

" Tickle Toe ", orchestre de Count Basie. Ce sont des bons musiciens, à la technique sans faille mais ils ne jouent pas leur vie à chaque note comme le faisaient les orchestres de la Swing Era. Ils n'ont ni la souplesse ni la sensualité de leurs Maîtres.

" I didn't know what time it was " une ballade que Lester Young habitait. La rythmique commence tranquille et swingue. Ca chuinte avec du grain dans le son du ténor. C'est bien mené de bout en bout.

" Lady be good " (Georges Gershwin). Renommé " Lady Bigoudi " en France de 1940 à 1944. 3 sax sur scène: alto, ténor, soprano. Batteur aux balais. Version relax. Ils ne se pressent pas. Le batteur passe aux baguettes et le sax alto attaque. Le pianiste a écouté Thelonious Monk qui lui même avait écouté Count Basie. Le sens de l'économie et de la dissonance juste.

" One o'clock jump " (Count Basie). Le sax ténor reprend le solo de Lester Young. Les autre soli sont improvisés. Après un instant de flottement, les partitions sont retrouvées. Le vrai titre du morceau est " Blue balls " mais comme cela ne pouvait pas passer à la radio Count Basie l'appela officiellement " One o'clock jump " après l'avoir joué pour la première fois en direct à la radio à 1h de l'après-midi. Ces jeunes gens sont bien sages mais ça swingue tout de même car je bats la mesure du pied droit.

" Yesterdays ".  Pour cette ballade, le trompettiste Jules Jaset (?) se met à chanter. Dans le genre Chet Baker. Crooner si innocent que les filles en tombent par terre. Pourquoi les trompettistes chantent et pas les saxophonistes? Si vous avez une explication lectrices enquêtrices, lecteurs fureteurs, je suis preneur. Batteur aux balais. Rythmique souple. Ce trompettiste chanteur est vraiment charmant. Beau blond de plus mais il doit encore apprendre à s'habiller. Je vous laisse prendre soin de ce talentueux jeune homme, lectrices enquêtrices. Quintet de sax bien soudé par ailleurs.

" Lester leaps in " (Lester Young). Sax ténor, trompette, trombone. Le sax ténor manque de souffle vital pour ce morceau qui doit tout emporter sur son passage. Il est vrai que nous parlons ici d'un sommet de la musique enregistrée. Extrait audio sous cet article. Rythmique superbe. Elle sait alterner notes justes et erreurs judicieuses.

L'orchestre passe à Sidney Bechet avec " High society ". Le solo de Sindey Bechet était insoiré de celui d'Alphonse Floristan Picou, fameux clarinettiste de La Nouvelle Orléans. Tout l'orchestre sur scène. 10 souffleurs. Une relecture impressionniste du New Orléans. Jeu très subtil de la rythmique avec des décalages savants entre pianiste et batteur. C'est du Free mélodique. Au moins ils ne copient pas Sidney Bechet ce qui est difficile sur ce genre de musique.

" Stompy Jones ". Vincent Le Quang au sax soprano en duo avec Jules Jaset (trompette). Dans le style traditionnel, rapide et saccadé. Ca swingue.

Solo de batterie style New Orléans. Sax baryton et soprano, trompette et trombone. C'est bien du New Orléans mais sans la rage de vivre de celui des origines. C'était " Jungle drums " arrangé par le pianiste Thibaut Gomez.

" Georgia Cabin " arrangé par Vincent Le Quang .  Une ballade tranquille. Balais d'abord, baguettes ensuite mais toujours relax. Tout l'orchestre sauf un sax.

" American Rhythm " & " Muskrat ramble " , deux grands classiques de Sidney Bechet. Sax alto et ténor, trompette et trombone. Entre New Orléans et Free Jazz ce qui es parfaitement logique tant le Free Jazz s'est inspiré de la liberté des Anciens. Court intermède (break in English) de batterie aux tambours, car la batterie New Orléans vient en droite ligne des rythmes du Congo. Puis l'orchestre enchaîne sur la danse du rat musqué (Muskrat ramble). Jolis breaks de la rythmique. L'orchestre repart derechef. Ca donne envie de danser. Pari réussi.

Ensuite le film " Le Vieux et le Président " tourné en 1959 par l'ORTF pour rendre hommage à Sidney Bechet et Lester Young tous deux décédés cette année là, avec leur amie Billie Holiday. Sindey Bechet a fini sa vie en France, pays où il était reconnu, admiré, célébré. Il a même sa statue à Antibes-Juan-les-Pins où il se maria et où un festival de Jazz fut créé en sa mémoire en 1960. C'est dire si les images et les sons sont nombreux en France pour célébrer sa mémoire. Ce film m'a fait découvrir une musique de ballet composée par Sidney Bechet. Un duo de danseurs (un Noir, un Blanc), d'une stupéfiante modernité pour l'époque jouant sur les rapports de sexe et de pouvoir. Pour Lester Young, vous ne le voyez ni ne l'entendez mais Maurice Cullaz parle de lui avec son humour et sa passion habituelles accompagné de son épouse. Joli fim (32') mais plus pour les fans de Sidney Bechet que ceux de Lester Young.

 

Dernière séance de la 2e édition du festival " Jazz et images " au cinéma Balzac, à Paris 8e, le vendredi 9 juin 2017 à 21h. Soirée spéciale trompette avec sur scène Airelle Besson et à l'écran Dizzy Gillespie (en concert à Paris, à la Maison de la Radio, en 1970 avec Red Mitchell à contrebasse).

La 3e édition commencera en septembre 2017 avec Daniel Humair sur scène et à l'écran.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article