Daniel Humair " En résonance " au cinéma Balzac à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Daniel Humair

" En résonance "

Festival Jazz et Images

 Cinéma Balzac

Paris. Vendredi 13 octobre 2017. 21h

Première partie: projection du film " En résonance " (2014) de Thierry Le Nouvel, consacré à Daniel Humair, batteur et peintre. 

Deuxième partie: concert du trio Daniel Humair - Stéphane Kerecki - Vincent Le Quang pour la sortie de l'album " Modern Art " chez Incises.

Daniel Humair: batterie

Stéphane Kerecki: contrebasse

Vincent Le Quang: saxophones ténor et soprano

Bienvenue à la 37ème abonnée de ce blog. Que les Dieux et les Muses la protègent!

Toujours piloté par Vincent Le Quang, le festival Jazz et Images entame sa 3e saison au Cinéma Balzac à Paris. Daniel Humair y avait déjà organisé un Spécial Show en janvier 2016. Il revient avec le même trio mais un autre film. Il ne s'agit plus du Daniel Humair de 1961&1972 mais de celui de 2014. Daniel Humair, né à Genève en 1938, est toujours sur la brèche, jouant avec des musiciens dont il pourrait être le père ou le grand-père et multipliant avec eux sa créativité.

C'est ce que montre le film " En résonance " de Thierry Le Nouvel présenté en première partie de soirée. Je savais que Daniel Humair est aussi reconnu comme peintre que comme batteur mais j'ignorais qu'il aimât la boxe. " Le Jazz, c'est comme la boxe. Meilleur c'est, moins le public apprécie " (Georges Foreman, champion du monde des lourds). Freddy Saïd Skouma, né à Casablanca en 1958, ancien champion d'Europe des super welters, est un de ses grands amis. Il est d'ailleurs présent au cinéma Balzac ce soir. Avec Freddy, Daniel Humair enseigne à un jeune boxeur des mouvements de batteur, va admirer des gravures d'Albert Dürer et des élèves de Léonard de Vinci au département des Arts graphiques du Louvre, joue avec deux groupes fort différents: Sweet & Sour à Banlieues Bleues (plus contemporain) et le quartet de Nicolas Folmer au Duc des Lombards (plus classique). Il peint aussi, il vit avec sa Lucile qui n'est pas sa guitare comme BB King mais son épouse. Qu'll joue, qu'il peigne, qu'il boxe, Daniel Humair parle avec les mains. Il gratte, griffe, cogne, brosse, cingle, triture, frappe. C'est l'articulation cerveau main qui fait de l'homme l'animal le plus évolué de la Terre. Voir vivre et créer Daniel Humair est une leçon en ce domaine.Comme regarder jouer un autre Suisse, Roger Federer.

Après le film, le concert.

Chaque morceau est inspiré d'un peintre. Il ne s'agit pas d'un hommage, d'une dédicace mais bien d'une inspiration, d'un art à l'autre. Daniel Humair, fin gastronome, ajoute qu'ils feront peut-être un jour un album dédié à des cuisiniers. Il a déjà improvisé pendant que Pierre Gagnaire, qui possède un restaurant *** rue Balzac, Paris 8e, à deux pas du cinéma Balzac, cuisinait. 

Jim Dine " (Daniel Humair), peintre qui fréquenta Bill Evans (le pianiste je suppose). Le batteur n'a pas de microphone. Il n'en a pas besoin. Humair est toujours puissant, précis et inventif. Gros son de ténor. Morceau agité avec des phases calmes, comme la Mer.

" Bram Van de Velde " (François Jeanneau). Ca s'accélère, s'arrête, repart, bien groupé. Tout s'arrête pour un beau solo de contrebasse. Majestueux. Ca décolle avec le retour du sax bien chauffé par le bassiste et le batteur. Break de batterie pour relancer la machine. Avant le decrescendo final.

" Bleu Klein. Pour Yves Klein " (Stéphane Kerecki). Le Bleu de Klein étant une marque déposée à l'INPI, ne pas l'indiquer m'exposerait à un procès. Yves Klein était judoka, pas boxeur. Stéphane Kerecki commence en grattant sa contrebasse comme une guitare. Retour du trio. Daniel Humair aux baguettes. C'est le Blues de Klein. Ca joue, sapristi! Dialogue contrebasse batterie avec un jeu de baguettes ultra précis sur les cymbales. A 79 ans, Daniel Humair n'a toujours pas de rhumatismes, apparemment. Quelle dextérité! Le ténor entre dans la danse.

" Jackson Pollock "(Jane Ira Bloom). C'est une oeuvre de Jackson Pollock qui orne la pochette de l'album " Free Jazz " d'Ornette Coleman. Sax soprano. Un petit air dansant, heurté, tachiste. Humair aux balais. La musique virevolte. Humair prend les baguettes pour un solo. Les tambours roulent, les cymbales sont hachées menu. Puis, au chant de la contrebasse, vient s'ajouter le son mystérieux produit par les maillets. Retour au ténor avec un son langoureux à souhait. Contrebasse en douceur, batterie qui cliquète, ténor toujours langoureux mais la tension monte progressivement. Ca y monte tranquille mais ça y monte bien. Un léger tintement de cymbale pour conclure.

" Cy Twombly " (Stéphane Kerecki). Au début des années 1960, Daniel Humair découvrir Ct Twombly dans une galerie de Bâle en Suisse. Les gens crachaient sur la vitrine. Aujourd'hui; ses oeuvres se vendent 50 000 000$. C'est toute l'histoire de la peinture conclut Daniel Humair.

" Pierre Alechinsky " (Tony Malaby). Pierre Alechinsky allait au Half Note à New York écouter le quartet de John Coltrane au début des années 60. Humair y était aussi à 1m50 du saxophone, emballé par sa puissance. Humair aux baguettes, Kerecki à l'archet. Kerecki revient au pizzicato et Humair malaxe fermement la pâte sonore. Ca reprend sur une tension régulière.

Une composition pour Pierre Molinier. Sax soprano. Humair aux balais. Une belle ballade. La musique se prélasse avec délice, marche à petit pas comme un danseur de java. Ca s'accélère tout en gardant ce feeling tranquille. Humair est revenu aux baguettes.

" Alan Davie " (Stéphane Kerecki). Un Ecossais (1920-2014), peintre, musicien de Jazz et pilote de planeur. Le soprano chante doucement, la batterie ponctue. Kerecki garde une pulsation tranquille alors que batterie et saxophone s'agitent. Tout le respect des musiciens pour le peintre s'entend dans ce morceau.

" Mutinerie " (Michel Portal). Dédié à Arman. Rien à voir avec le " Mutiny " de Prince même si Michel Portal joua avec la rythmique Sonny T (basse) et Michael B (batterie) pour un résultat pas du tout à mon goût. Sax soprano. Morceau vif, agité comme son titre l'indique, avec de belles prises d'appui.

Madame M.H m'accompagnait ce soir. N'ayant jamais entendu parler de Daniel Humair, elle fut enchantée de cette découverte. Daniel Humair est un volcan toujours en activité. Profitons de ses éruptions sans modération.

La photographie de Daniel Humair est l'œuvre du Pétrifiant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette œuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

Daniel Humair par Juan Carlos HERNANDEZ

Daniel Humair par Juan Carlos HERNANDEZ

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