" Begin the Biguine " par Fabrice di Falco au Bal Blomet

Publié le par Guillaume Lagrée

" Begin the biguine "

Fabrice di Falco & Co

Bal Blomet

Paris. Jeudi 12 avril 2018. 20h30

Spectacle joué le samedi 5 mai et le jeudi 7 juin 2018

(même heure, même lieu)

 

Fabrice di Falco: chant, conte, danse

Jonathan Goyvaerts: piano

Julien Leleu: contrebasse

Aurélien Pasquet: batterie

Max Cilla: flûte

  ? : violon

A l'écran, des images de la ville de Saint Pierre en Martinique (France), enfin de ce qu'il en reste après l'éruption de la Montagne Pelée en 1902. Dans les ruines du théâtre, Fabrice di Falco avance et chante. Il s'efface à l'écran pour apparaître sur scène et chanter avec sa voix haut perchée (contre ténor). La flûte de Max Cilla ajoute de la créolité au trio de Jazz et à la voix baroque. Ca balance doucement. 

Retour au classique avec un duo voix & contrebasse à l'archet. Le théâtre de Saint Pierre offrait tous les genres de musique depuis les chanteurs lyriques venus de l'Opéra Garnier à Paris jusqu'à la musique de compositeurs martiniquais, pères de la biguine. A l'écran apparaît le théâtre de Saint Pierre reconstitué en images 3D par Martial Bazabas. C'était un beau théâtre. 800 places assises. La musique repart vers le Jazz avec la contrebasse slappée, la flûte, le batteur aux balais, le jeu du pianiste mais le chant reste purement classique. Bach s'encanaille à la biguine. 

Chant en allemand accompagné par la rythmique qui joue Jazz. Retour à l'histoire du théâtre. " Seule une éruption pouvait détrôner le théâtre de Saint-Pierre ". Solo de contrebasse. Pianiste et batteur arrivent en douceur pour un " Ave Maria " sur un rythme de ballade avec le batteur aux balais (cf extrait audio sous l'article). Fabrice di Falco nous parle des premiers compositeurs en créole de l'opéra de Saint-Pierre. Il nous raconte l'histoire du Chevalier de Saint Georges, métis de Guadeloupe, qui donna des cours de musique à Marie Antoinette, Reine de France. 

Une berceuse en français portée par la rythmique " Dors mon enfant ". Un violoniste a succédé au flutiste. Il attend son tour pour jouer. Duo chant & contrebasse en pizzicato. Un chant révolutionnaire français apparemment. La rythmique démarre sur un air qui balance bien. Jolies vocalises. 

Retour à l'histoire du théâtre avec un passage en créole assez osé. Retour au sérieux et au français. Une chanson d'amour en français. Fabrice di Falco chante sur un ton plus grave que d'habitude. " Viens je t'attends ". Après l'érotisme, le romantisme. Cet homme sait varier les plaisirs. Il remonte dans l'aigu. Quelle amplitude vocale! Silence puis applaudissements.

" J'irai revoir mes Antilles " libre variation sur " J'irai revoir Syracuse " rendu célèbre par Henri Salvador né en Guyane de parents Guadeloupéens, sa mère descendant d'Indiens Caraïbes.  

L'ancêtre du Jazz, c'est la biguine affirme Fabrice di Falco. C'est discutable même si le Jazz est une musique caribéenne puisque né à La Nouvelle Orléans

" Maladie d'amour ", toujours d'Henri Salvador mais chanté en français, sans créole. Les tambours roulent bien sous les baguettes, bonne relance piano et contrebasse. 

Retour à l'Histoire. Les esclaves en Martinique travaillaient et jouaient la musique des colons. En se l'appropriant, ils créent la mazurka pas comme les Polonais, la polka pas comme les Tchèques et la biguine comme personne. Le dernier directeur du théâtre de Saint Pierre, M Charvet supprima la distinction raciale dans son théâtre. La place était attribuée en fonction du prix payé et non de la couleur de peau. Par rapport à la situation des théâtres de la Nouvelle Orléans en 1900,la différence est remarquable.

Enfin, le violoniste se met à jouer. Une biguine joué avec un violon créole, ça sonne superbement et ça balance doucement, sous le vent. 

De nouveau, une chanson d'Henri Salvador, " Le loup, la biche et le chevalier ", plus connu sous le titre " Une chanson douce ". Le pianiste est passé à la guitare, le batteur n'a gardé qu'un simple tambour, la contrebasse garde sa place. Tout en douceur et en langueur.

Retour à l'Histoire. La biguine traverse l'Atlantique et arriva à Paris au 33 rue Blomet, dans le 15e arrondissement au Bal Colonial, que Robert Desnos appela " Bal Nègre ", sans aucune connotation péjorative. Stellio (1885-1939) et Ernest Léardée (1896-1988) rendirent ce bal célèbre dans le monde entier. Les Américains y débarquaient avant 1940. Cole Porter (1891-1964), qui aimait tant Paris, notamment parce qu'il pouvait y aimer qui il voulait (il était bisexuel), écrivit " Begin the biguine ", titre de ce spectacle. Le violon attaque. La rythmique enchaîne. De chanteur, Fabrice di Falco devient chef de chœur, faisant chanter le public. 

Enfin, violoniste et flûtiste jouent ensemble. Un air antillais. Fabrice di Falco invite une dame du premier rang à danser. Le groupe assure, le public bat la mesure et Fabrice di Falco guide de main de maître quatre danseuses à tour de rôle. C'est festif et joyeux malgré la fin dramatique du théâtre de Saint Pierre qui disparut comme toute la ville en 1902 sous les laves de la Montagne Pelée (30 000 morts dont le gouverneur de Martinique qui avait interdit d'évacuer la ville). 

RAPPEL

Un " Ave Maria " avec tout le groupe, beau et paisible.

 

Spectacle joué de nouveau à Paris, au Bal Blomet,  le samedi 5 mai et le jeudi 7 juin 2018 à 20h30. Si vous voulez danser avec Fabrice di Falco, placez vous au premier rang et restez jusqu'à la fin du spectacle, honorables lectrices. 

La date du 5 mai sera spéciale puisque le spectacle commémorera les 170 ans de la deuxième abolition de l'esclavage en France (première par la Première République en l'an II, seconde par la Deuxième République en 1848, Napoléon Bonaparte l'ayant rétabli entretemps à la demande notamment de son épouse Martiniquaise, Joséphine de Beauharnais, fille de planteur). 

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