Martial Solal " Solo Piano " . Unreleased 1966 Los Angeles Sessions

Publié le par Guillaume Lagrée

" Solo Piano "

Unreleased 1966 Los Angeles Sessions

Volume 1

Martial Solal

Enregistré aux Studios Whitney, à Glendale, Californie, USA, les 18 , 19 et 21 juin 1966.

Fresh Sounds Records. 2018.

Martial Solal: piano

En 1946, Ross Russell avait créé le label Dial Records pour enregistrer Charlie Parker. En 3 ans d'existence, ce label a marqué l'histoire de la musique. 

20 ans après, en 1966 donc, Ross Russelld décide de créer un nouveau label. Il invite Martial Solal à enregistrer à Los Angeles, dans les studios Whitney, sur un beau Steinway. Martial ne se fait pas prier, vient, joue seul au piano les standards du Be Bop, des compositions de Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk et quelques vieux standards de Broadway. Il rentre à Paris et l'album n'est jamais sorti.

Heureusement pour nous, lectrices rythmées, lecteurs endiablés, le label Fresh Sounds Records existe. Ces vaillants Catalans ont l'art de dénicher des raretés d'hier et d'aujourd'hui, de les produire, de les vendre, de les distribuer, bref, de nous permettre d'en profiter.

Martial Solal ( 1927) avait oublié cette séance. Stimulé par les questions de Jordi Pujol, le patron de Fresh Sounds Records, il ravive ses souvenirs dans le livret de présentation de l'album.

Ensuite, il n'y a plus qu'à écouter la musique. Là, c'est le château de Vaux-le-Vicomte la nuit du 17 août 1661. Un éblouissement constant des sens et de l'esprit.

Martial Solal mêle la virtuosité d'Art Tatum à l'intégrité de Thelonious Sphere Monk. Il en fait du Martial Solal. 

Heureusement, c'est enregistré. A la première écoute, vous êtes juste éberlué. Le temps de vous en remettre, vous écoutez une deuxième fois, vous êtes ébloui. La troisième, ébahi. La quatrième, épaté. La cinquième, émerveillé. La sixième, surlecuté. Et ainsi de suite. Si vous êtes un éminent pianiste musicologiste, vous pouvez toujours écouter et réécouter cette musique, l'arrêter, revenir en arrière, aller en avant, lire les partitions à l'endroit et à l'envers, bref, essayer de comprendre ce qui se passe. Même si vous y arrivez, vous n'arriverez pas à le refaire.

Seul, face au piano, Martial Solal n'a certes pas de partenaire pour le stimuler mais il n'a ni limite ni contrainte. Si, il respecte tout de même le format chanson des morceaux. Au plus court, c'est 3'20 pour le 13e et dernier " Un poco loco " de Bud Powell. Au plus long, il va jusqu'à 8'53 pour une version diabolique du " Night in Tunisia " de Dizzy Gillespie (n°4).

La plupart des musiciens ont bien du mal à nous raconter une histoire intéressante. Martial Solal doit se juguler car il en a plusieurs en même temps qui surgissent de son cerveau fertile et de ses doigts habiles. Avec le niveau d'exigence qu'il se fixe, l'auditeur doit suivre ou laisser tomber.

Le Be Bop représenta, lors de sa création, entre 1941 et 1945, un saut qualitatif dans l'histoire du Jazz de par sa complexité. " Jouer Be Bop, c'est comme jouer au Scrabble mais sans les voyelles " (Duke Ellington). 20 ans après, Martial Solal y ajoute encore plus de complexité sans jamais perdre ni sa fraîcheur ni son humour. Le Free Jazz n'était pas son truc. Il en fit du " Jazz frit " . Il transforme les standards du Be Bop pour en faire sa chose. Ils sont à la fois reconnaissables et méconnaissables, bref, uniques.

Lectrices rythmées, lecteurs endiablés, réjouissons nous car cette édition de 2018 d'un enregistrement resté en cave depuis 1966 n' en est que le premier volume. Qui dit volume 1 suppose un volume 2. Je m'en lèche les babines d'avance.

Pour illustrer cet article, tiré de cet album, le morceau qui l'ouvre,  " Groovin' High "  de Dizzy Gillespie (extrait audio) et une vidéo de 1965 où Martial Solal joue avec Michel Gaudry (contrebasse) et Ronnie Stephenson (batterie) " On Green Dolphin Street ", composition qui ne figure pas sur le volume 1 de cet album californien. Espérons qu'elle figurera dans le volume 2.

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