Music Migrations. Paris-Londres. 1962-1989

Publié le par Guillaume Lagrée

Music Migrations

Paris-Londres

(1962-1989)

Paris. Musée  national de l'histoire de l'Immigration.

Exposition visible et audible jusqu'au dimanche 5 janvier 2020

 

A Paris, le Palais de la Porte Dorée fut créé en 1931 pour l'exposition coloniale dirigée par le Maréchal Lyautey. Après avoir été musée des colonies, musée de la France d'outre-mer, musée des Arts d'Afrique et d'Océanie, il accueille aujourd'hui le musée national de l'histoire de l'immigration.

C'est une loi sociologique. Les pays qui ont colonisé importent leur main d'œuvre immigrée essentiellement de leurs anciennes colonies. Cela se vérifie à Paris et à Londres. L'exposition " Music Migrations " décrit justement sur une période récente qui suit les indépendances (1962: indépendance de l'Algérie et de la Jamaïque) jusqu'à la chute du Mur de Berlin (1989), l'influence des musiques des anciennes colonies sur leurs anciennes métropoles.

Je savais qu'elle était immense mais pas à ce point. Dès l'entrée, un air familier retentit, joué par un groupe de ska à Londres au début des années 1960, celui que les amateurs de Jazz connaissent sous le titre de " Saint Thomas " (Sonny Rollins né à New York, de parents originaires des Iles Vierges américaines) et les amateurs de chanson française sous celui d'" A tes seins " (Claude Nougaro).

Il y a beaucoup à voir, écouter, apprendre dans cette exposition. J'y ai passé 3h30 mais rien ne vous oblige à y rester si longtemps, honorables lectrices, respectables lecteurs. J'ignorais totalement le rôle des Nord Africains dans le mouvement Yé Yé en France. Le twist en arabe de Malika, je ne connaissais pas.

J'avais entendu parler de la génération Windrush au Royaume Uni, ces descendants d'Antillais, installés sur l'ile de Grande-Bretagne depuis 1948 et à qui, en 2018, le gouvernement britannique refusait d'accorder la citoyenneté pleine et entière. J'ignorais que dans les 500 passagers du navire Windrush en 1948 figurait un chanteur légendaire de Trinidad et Tobago, le grand Maître de la Calypso, Lord Kitchener (nom de scène emprunté à un général anglais qui écrasa la révolte des Boers en 1905) à qui, lors de son arrivée, un journaliste tendit un micro pour qu'il chante a cappella " London is the place for me " (cf extrait audio au dessus de cet article), chanson écrite durant le voyage.

J'ignorais aussi l'importance des chanteurs et musiciens originaires des colonies dans la défense des droits des travailleurs immigrés. Je m'en doutais mais j'en sous estimais l'importance. Des deux côtés de la Manche, les concerts de soutien, les carnavals antillais (celui de Notting Hill à Londres depuis 1965 est de renommée mondiale), les chansons engagées contre la police et le patronat ont fait avancer les droits. A travail égal, salaire égal et respect égal. Cela vaut entre hommes et femmes, citoyens d'ici et d'ailleurs. 

La musique va du chaabi au rap, de la calypso  au dub, traversant les mers, les époques, les communautés. Pour ma part, je me suis arrêté longuement au poste d'écoute où j'ai découvert " London is the place for me " (cf extrait vidéo au dessus de l'article).

Dans ce parcours musical figurent aussi les Français d'outre-mer, ni métropolitains, ni immigrés. Les Vikings de la Guadeloupe (cf vidéo sous cet article), groupe créé en 1966 et toujours en activité, à l'origine du zouk, musique qui a conquis le monde, en sont un bel exemple.

Bref, pour voyager dans le temps et l'espace, en bougeant votre corps sans effort, ouvrant vos oreilles et stimulant vos neurones, je vous conseille vivement l'exposition  " Music Migrations ", lectrices honorables, lecteurs respectables.

Exposition visible et audible à Paris, en France, jusqu'au dimanche 5 avril 2020. L'exposition est une œuvre franco-britannique. Tous les textes didactiques sont écrits en français and in english. Même si le Royaume Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord quitte l'Union Européenne, il ne prendra pas le large et restera visible des côtes françaises, hors temps de pluie et de brouillard, bien sûr. La musique continuera de circuler entre les deux rives de la Manche, baignée d'influences venues d'Afrique, d'Amérique et d'Asie. Elle le faisait déjà entre 1962 et 1989, époque étudiée dans l'exposition. Elle le fait depuis et elle le fera encore.

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