Le triumivirat Sabbagh/Humair/Dumoulin nous embarque sur la péniche Marcounet

Publié le par Guillaume Lagrée

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh par Juan Carlos HERNANDEZ

Jérôme Sabbagh Trio

Péniche Marcounet

Paris, France.

Vendredi 27 décembre 2019. 20h.

 

Jérôme Sabbagh: saxophone ténor, compositions

Jozef Dumoulin: piano, clavier électrique

Daniel Humair: batterie

Une improvisation pour commencer. Le piano est droit. Daniel Humair est aux manettes, pardon, aux baguettes. Une sorte de mélopée sort du saxophone. Le piano crée une vague. La batterie impulse un courant alternatif et continu en même temps comme seul sait le faire Daniel Humair. Ca respire. Pas de microphone. Pas besoin et ça sonne plus naturel. Jozef Dumoulin joue main droite sur le piano et main gauche sur le clavier pour faire la basse. Pianiste et batteur nous malaxent le cerveau en duo. Le trio repart avec Humair (1938) qui roule toujours aussi énergiquement. Respect. En pensant à son aîné Roy Haynes (1925), il lui reste encore quelques belles années. Morceau bref et intense.

Une ballade où le saxophone chuinte doucement. Humair tapote du bout des baguettes. Duo au ralenti entre piano et batterie. Attention, beauté! Le tempo s'accélère. Ca redescend et Jérôme Sabbagh reprend avec un gros son étiré au ténor. Les 3 instruments fusionnent. Tension commune du structuré au déstructuré mais toujours maîtrisée. Jozef Dumoulin reproduit le son de basse avec la main gauche sur le clavier.

Une composition de Jérôme Sabbagh que je reconnais mais dont le titre m'échappe. De mémoire, il se pourrait que ce soit sa " Comptine ". Voir vidéo sous cet article pour un version en duo avec Jozef Dumoulin. Ca commence de façon heurtée entre les 3 hommes. Ca remue franchement en Dieu Vulcain derrière sa forge. Le clavier électrique produit un son de basse qui nous creuse le ventre. Le sax ténor fume. Claques sèches des baguettes sur les tambours. Le tempo est si ralenti qu'il se décompose. Humair, en fin gourmet, le hache menu aux cymbales sur les baguettes. 

Solo de sax en intro. Une sorte de ballade. Son velouté, chuintant. Jérôme enchaîne sur un thème vif, léger que Daniel reprend aux balais. Jozef enchaîne au piano tout en créant un son sourd, puissant, très bas dans les basses au clavier. Le batteur malaxe aux balais. Le piano, joué de la main droite, vient alléger l'ensemble. Le trio repart de plus belle et nous prend au vif. Humair est passé aux baguettes faisant sonner tambours et résonner cymbales. Pendant ce temps, la péniche Marcounet se balance au rythme de la Seine mordorée par les lampadaires sur ses berges. 

Intro en piano solo pour une ballade. Un standard reconnaissable dès les premières notes du sax ténor. ' I fall in love too easily " que Chet Baker chantait de sa voix d'ange déchu. Le batteur reste aux baguettes et ponctue légèrement sur les cymbales. Jérôme Sabbagh, dans la lignée des Maîtres du saxophone ténor, Sonny Rollins & Stan Getz, articule si bien les notes qu'il semble chanter les paroles de la chanson. Puis il s'écarte de la scène pour ponctuer de loin, en douceur, le solo de piano que Daniel Humair fait briller de ses cymbales flamboyantes. 

Solo du batteur aux balais pour commencer. Energique. Sax et piano entrent dans la danse en coup de vent. Ils vont et viennent rapidement. Daniel Humair est repassé aux baguettes et le trio démarre à fond de train. Ca secoue plus que la Seine sous la péniche Marcounet. Le trio enchaîne sur un autre thème, sans applaudissement. Les cymbales grincent sous les pointes des baguettes. Le piano joue une sorte de marche funèbre ponctuée par la basse du clavier. Son velouté à souhait du ténor. Piano et batterie sonnent le glas 

PAUSE

 

Il n'est que 21h15 et je n'ai pas école le lendemain. Toutefois, j'ai un gros coup de fatigue et une musique de ce niveau d'exigence nécessite un esprit éveillé. La chronique cesse donc hic et nunc.

Ce trio est rare car Jérôme Sabbagh, Français, vit à New York depuis 1994 alors que le Suisse Daniel Humair et le Belge Jozef Dumoulin vivent en France. J'étais à un de leurs précédents concerts, à Paris, au Duc des Lombards, le 26 avril 2013. Avec 3 leaders, ce n'est plus un trio mais un triumvirat. Contrairement à la politique ( Pompée, Crassus, César; Bonaparte, Cambacérès, Lebrun) aucun des 3 ne cherche à éliminer les 2 autres, pas même à les éclipser. Le Jazz, processus démocratique, permet l'échange équilibré entre ces 3 créateurs. Un seul regret sur la formule: si Jozef Dumoulin est excellent au piano et au clavier électrique, c'est au Fender Rhodes qu'il est unique. Je vous renvoie, lectrices Fender, lecteurs Rhodes, à ma chronique enthousiaste de son album " A Fender Rhodes solo " (2014). 

 

 

Les photographies de Jérôme Sabbagh & Daniel Humair sont l'oeuvre de l'Inébranlable Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de ces oeuvres sans l'autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

Daniel Humair par Juan Carlos HERNANDEZ

Daniel Humair par Juan Carlos HERNANDEZ

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