Itamar Borochov de l'Occident à l'Orient au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Itamar Borochov Quartet

Le Duc des Lombards

Paris, Ile de France, France

Vendredi 7 février 2020. 21h45.

 

Itamar Borochov: trompette, chant, composition

Rob Clearfield: piano, clavier électrique

Luca Fatttorini: contrebasse

Jay Sawyer: batterie

 

Lectrices occidentales, lecteurs orientaux, je vous ai déjà chanté les louanges du trompettiste et chanteur Itamar Borochov, natif de Jaffa (Israël), domicilié à New York (USA), pour son album " Boomerang " (2016) et un concert à Paris, au Studio de l'Ermitage (2016). 4 ans après, il est temps pour moi de découvrir ce que devient ce créateur qui mêle intelligemment Orient et Occident. 

Le batteur commence tout en douceur, seul, aux balais. Des chuintements de cymbales. Piano et contrebasse s'immiscent doucement, légèrement. Le batteur ajoute des sons avec des percussions. Son voilé de la trompette mais sans sourdine Harmon. La brume se déchire doucement. Roulements de tambours aux maillets. Montée progressive en puissance. Après cette longue et calme introduction, le batteur passe aux baguettes et la musique s'agit tranquillement. Ils sont passés du pas à la cavalcade.

Solo de piano qui donne une sensation de liberté, de chevauchée dans la montagne. Le batteur, barman de sons, comme disait joliment Jean Cocteau, mêle sa batterie à diverses percussions. La contrebasse se fait sentir par sa pulsation. La trompette brode élégamment autour du thème. C'est de la soierie. Même quand ça démarre, c'est voluptueux. Batteur aux baguettes. C'est plus énergique mais jamais brutal. Clavier électrique. La rythmique monte le son. Itamar chante une mélopée africaine. Comme le dit Manu Dibango, saxophoniste camerounais: " Ce n'est pas parce que vous êtes Blanc que vous n'avez pas le droit de jouer le Makossa. Pas parce que vous êtes Noir que vous n'avez pas le droit de jouer Mozart. " Retour au Jazz avec la trompette. Ca groove. Beau solo du clavier joyeux festif, bien poussé par la contrebasse et la batterie. 

Intro en piano solo méditatif. Influence orientale dans la mélodie. Batteur aux balais. Une ballade. De nouveau, le son de trompette, d'influence orientale. Mais pas une soupe fade comme un trompettiste libanais dont je tairai le nom. La rythmique s'envole portée par le piano, poussée par la contrebasse et le batteur aux balais. Par vagues, avec ressac. La trompette s'insère dedans à merveille. Passage à un rythme de marche. Hispanisant donc arabisant. Avec roulements de tambours aux baguettes et pas marqué de la contrebasse. Le piano s'est tu. La trompette sinue au dessus de la rythmique. Le clavier électrique s'ajoute par en dessous. La trompette se lance avec la rythmique, clavier en tête, avec le batteur qui multiplie les rythmes aux baguettes. Le contrebassiste garde la ligne directrice, imperturbable. La trompette remet une couche de beauté. Final en ballade avec le batteur aux balais. Itamar Borochov nous joue le charmeur de serpent à la trompette.

" Wanderer Song " (Itamar Borochov). La chanson du vagabond, de l'errant. Est-ce une allusion au mythe du Juif errant ? A Schubert, à Wagner, Dionne Warwick, U2? Wanderer recèle tant de significations et de références tant en anglais qu'en allemand que je ne puis rien déduire de ce titre. Intro en piano solo qui découpe lentement le tempo. Ca marche. Un couple d'amoureux s'enlace tendrement devant moi. Dialogue piano trompette tout en suavité mais sans mièvrerie. La contrebasse ajoute sa ronde pulsation. Le batteur amène ses baguettes. La musique monte doucement en volutes successives. Duo rêveur entre piano et contrebasse. Disons plutôt un solo de contrebasse accompagné par le piano. Le jeune homme amoureux masse la nuque de sa belle au rythme de la contrebasse. Le public est digne d'un concert classique. Il est concentré. Personne n'applaudit à la fin d'un solo. Le quartet reprend son cours. Solo de trompette voyageur et rêveur à la fois. Logique vu le titre du morceau. La rythmique repart et se déploie. Le batteur pousse fort. Itamar se remet à chanter une sorte de mélopée orientale. Le Jazz, musique métisse dès son origine à La Nouvelle-Orléans, continue de l'être ce soir à Paris. La trompette reprend et déploie la mélodie. Bonnes vibrations de la rythmique qui nous emporte par vagues successives. 

Morceau dédié au batteur, Jay Sawyer, qui commence en solo aux baguettes, vite et fin sur les cymbales qui tintent. Jouer vite et fort ou lent et doux, c'est facile à faire. Vite et doux, c'est le Grand Art. Jay Sawyer commence à pétarader sur les tambours mais de manière maîtrisée. Il ajoute une vibration de cymbales à la pulsation des tambours et la rythmique repart avec le piano qui gronde. La trompette sonne au vent. al rythmique décolle à nouveau.

 

Lectrices orientales, lecteurs occidentaux, retrouvez vous, embrassez vous, étreignez vous au son de la trompette et du chant d'Itamar Borochov. Il n'a pas besoin d'un compère saxophoniste pour contraster avec lui comme le faisait génialement Miles Davis. De plus, il est superbement accompagné par une rythmique souple, puissante, inventive et jamais envahissante. 

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