Olga Amelchenko prend son envol au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Olga Amelchenko par Jenny SVENBERG BUNNEL

Olga Amelchenko par Jenny SVENBERG BUNNEL

Olga Amelchenko

Le Sunside

Paris, Ile de France, France

Mardi 25 février 2020, 19h30

 

Olga Amelchenko: saxophone alto, flûte traversière, compositions, direction musicale

Tony Tixier: piano

Viktor Nyberg: contrebasse

Nicolas Charlier: batterie

Invitée

Charlotte Wassy: chant

 

Olga Amelchenko est née en Russie en 1988. Après avoir étudié le Jazz en Russie puis en Allemagne, elle s'est lancée sur scène à Berlin et se partage désormais, pacifiquement, entre Berlin et Paris. Quelques secondes d'écoute sur Internet avaient suffi à me convaincre d'annoncer ce concert et de m'y rendre. Cette femme vaut le voyage. 

Son un peu planant avec des décalages subtils du batteur. Beau son de saxophone. Mine de rien, le quartet attaque, bien groupé, saxophone en tête. 

C'est le premier concert de ce quartet à Paris. Démarrage groupé tout en douceur. Gros son de la contrebasse, légère vibration de la batterie. Le piano ponctue légèrement. Batteur aux baguettes. Son liquide de la rythmique. Le quartet poursuit l'air mais de façon plus heurtée. Le son du sax devient plus âpre. Bref, c'est aigre doux. Délicieux mélange. La rythmique devient plus souple alors que le sax garde sa fraîcheur et son acidité. Cette petite a tout d'une Grande!

Un poème de Guillaume Apollinaire (1880- 1918) traduit en anglais et mis en musique. Olga s'excuse devant le public français d'avoir osé traduire en anglais un de nos plus grands poètes. " Automne malade " tiré d'Alcools (1913) transformé en " Autumn ill ". Charlotte Wassy monte sur scène. Belle voix, belle présence. LA voix s'envole au sens de la rythmique. Sur un air léger et nostalgique qui ondule en rythme. Solo de sax bien soutenu par la rythmique. Dans le public, une femme artiste dessine des femmes artistes. La Citoyenne Jenny Svenberg Bunnel, grand prix suédois du journalisme 2018, travaille pour Orkester Journalen, journal suédois de Jazz fondé en 1933, le plus ancien journal de Jazz encore en activité. Respect pour son travail à la plume, en direct. Voici son Instagram, pic et pic et colégram...

Charlotte Wassy quitte la scène. Solo de contrebasse pour introduire. C'est beau mais nous sommes dans un café concert. Du fond de la salle nous parvient la rumeur des buveurs. C'est la vie du Jazz. La contrebasse vit, vibre chaudement sous les doigts de Viktor Nyberg. Un son de sax, un roulement de tambour et le quartet redémarre. Dialogue musclé contrebasse-batterie qui propulse le sax alto. Le pianiste ponctue par quelques traits énergiques. La rythmique attaque vite et sec. Le tempo est haché menu.

Une ballade. Batteur aux balais. Son suave du saxophone. S'il existe un homme à qui ce morceau est dédié, no one can deny he is a lucky guy comme dit un vieux standard de Jazz. 

Un morceau dédié à un personnage de Charles Bukowski (1920-1994), " Cass ", dans la nouvelle " The most beautiful woman in town ". La rythmique commence énergique, heurtée. Les sons s'entrechoquent harmonieusement. Attaques acides et précises du sax. Manifestement, cette femme, Cass, avait un caractère fort et de l'énergie à revendre. Grosse tension qui s'apaise d'un coup pour quelques notes finales de la contrebasse. 

Retour de Charlotte Wassy sur scène. Scat et saxo se répondent parfaitement. La rythmique ponctue élégamment et énergiquement. Elle s'assouplit, s'adoucit. Passage à la flûte traversière. Toujours un bel échange entre les deux femmes. Les voir côte à côte ressemble à une publicité pour une marque vénitienne de vêtements en bien plus élégant, sachant que la Russe Olga Amelchenko, arrive à l'épaule de la Franco-Camerounaise Charlotte Wassy. Retour au sax alto. Le quartet décolle ponctué par de charmantes vocalises. 

" Before the dawn " . Un poème de Federico Garcia Lorca (1898-1936) mis en musique par Olga Amelchenko. Cf vidéo ci-dessous pour une version en studio avec son groupe berlinois. Charlotte Wassy reste sur scène. Forte pulsation de la contrebasse. Piano et batterie ponctuent. Quelques notes de flûte puis chant aigre doux du sax alto. Retour à la flûte. Solo de contrebasse au milieu de la rythmique puis Charlotte reprend. Rythmique souple et chaude à laquelle vient s'ajouter le son piquant du sax alto. Beau chant conjoint du même souffle entre sax et voix. La rythmique porte ces Dames vers les sommets.

Madame M-H et moi avons assisté émerveillés à l'envol d'un talent. Ne vous fiez pas aux apparences. Olga Amelchenko a une apparence angélique mais c'est une tueuse. Elle dirige ses hommes au mm, elle compose de beaux thèmes, elle interprète avec maîtrise et émotion. Son groupe dégage la flamme de la jeunesse et la décontraction de vieux briscards. Avec une musicienne de ce calibre, l'avenir du Jazz est assuré. Pour les Français, profitons du fait qu'elle délaisse quelque peu Berlin pour Paris.

Son programme de concerts est vide de mai à octobre 2020. Qu'attendent les programmateurs de festivals de l'été pour donner la place à cette nouvelle voix du Jazz? Plutôt que de programmer des Américains de second ordre, qu'ils fassent jouer cette Russe de premier ordre.

A l'âge où Maria Sharapova termine sa carrière, Olga Amelchenko crée la sienne. C'est l"avantage de la musique sur le sport. J'espère écouter Olga Amelchenko tant que mes oreilles et mon cerveau me le permettront. 

Le portrait d'Olga Amelchenko a été dessiné durant ce concert par la Citoyenne Jenny Svenberg BunnelToute utilisation de cette oeuvre sans autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.  Voici l'Instagram, pic et pic et colégram de la dessinatrice.

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