La Covid 19 éteint le Jazz

Publié le par Guillaume Lagrée

Vaillantes lectrices, vigoureux lecteurs, j'espère que vous échappez à la Covid 19 qui a déjà tué plusieurs Jazzmen de renom dont Manu Dibango, Lee Konitz & Mike Longo célébrés sur ce blog sans compter Ellis Marsalis, Wallace Roney, Henry Grimes et Bucky Pizzarelli dont je n'ai pas parlé. 

Outre la mort d'êtres qui nous sont chers, la Covid 19 tue le spectacle vivant puisqu'il est interdit de se réunir. Pour la France, la possibilité d'organiser des rassemblements culturels sera étudiée à partir de septembre 2020.

Un été sans festival de Jazz, c'est une catastrophe à la fois culturelle et économique. Pour les artistes, les producteurs, les organisateurs, les techniciens du son et de l'image et tous les corps de métier associés (hôtellerie, restauration, transport...), les spectateurs, l'Etat et les collectivités locales (perte de recettes fiscales) ...

Pour vous donner une idée de tout ce que vous allez manquer cet été, vaillantes lectrices, vigoureux lecteurs, je vous rappelle ma sélection de festivals de Jazz pour l'été 2019.

En France, le ministère de la Culture lance une enquête économique sur la situation des secteurs culturels. Je connais déjà des salles qui risquent de fermer ou de ne pas ouvrir faute d'argent. Voici le questionnaire.

Dans les mesures annoncées par le Gouvernement français pour accompagner la reprise des activités culturelles, 50 000 000€  (54 772 500 $ ou 52 967 500 CHF ou 44 719 000 £)  sont confiés au Centre National de la Musique pour soutenir l'ensemble de la filière musicale. J'ignore quelle part de cette somme parviendra aux musiciens, chanteurs, producteurs, directeurs de salles de Jazz. 

En outre, une enquête privée intitulée Culture: le monde d'après a été lancée par le Mensuel, journal français consacré aux usages numériques du secteur culturel. Vous pouvez y répondre librement, vaillantes lectrices, vigoureux lecteurs. 

Toujours en France, la SACEM a lancé le 27 mars un fonds de secours pour ses membres qu'ils soient auteurs, compositeurs ou éditeurs de musique.

Les emplois du spectacle vivant (théâtre, musique, danse) ne sont pas délocalisables, induisent de nombreux emplois derrière eux (qui irait à Marciac sans son festival de Jazz?). La relance de l'économie passe donc aussi par le soutien public et privé à ce secteur. 

De plus, un concert virtuel, même si c'est mieux que rien, c'est comme du sexe virtuel ou du sport virtuel. Un ersatz. Autant nager sans eau. " Ain't nothing like the real thing baby " (Marvin Gaye). Surtout pour le Jazz, musique d'improvisation qui se crée en même temps qu'il se joue et où l'interaction avec le public est essentielle. " Le Jazz, c'est comme les bananes. Ca se consomme sur place " (Jean-Paul Sartre).

Un concert virtuel auquel vous arrivez, conduit par des algorithmes (souriez, vous êtes pistés!) va vous conduire à confirmer votre point de vue, à ne pas vous remettre en question. C'est le même risque que les messages politiques ciblés sur Internet: vous enfermer dans un monde clos.

En musique, c'est le triomphe du courant principal (main stream in english). Lisez à ce sujet (pendant le confinement, vous avez le temps) l'excellent essai de Frédéric Martel: " Main Stream. Essai sur cette culture qui plaît à tout le monde ". Lisez aussi l'article de Mediapart (payant):  " Cinéma, musique: le Covid 19 accélère la numérisation de la culture ".

Le risque est de succomber à une culture uniforme même s'il existe des îlots de résistance comme ce blog et Couleurs Jazz Radio sur laquelle je sévis le lundi à 22h et le vendredi à 12h (heure de Paris) avec l'émission Le Jars jase Jazz, bien entendu.

" L'ennui naquit un jour de l'uniformité " (Chateaubriand). C'est pourquoi l'économie du spectacle doit se réinventer, après la fin de la pandémie, pour ne pas ennuyer et donc vous attirer toujours, vaillantes lectrices, vigoureux lecteurs. Comptons sur la créativité des acteurs de ce système car " There is no business like show business ". Cf vidéo sous cet article. 

 

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