Radio France rend hommage à Martial Solal de son vivant

Publié le par Guillaume Lagrée

Martial Solal par Juan Carlos HERNANDEZ

Martial Solal par Juan Carlos HERNANDEZ

Concert d'ouverture de la saison 2020-2021 de Radio France

3 concertos de Martial Solal par l'Orchestre National de France et divers solistes

Auditorium de la Maison de la Radio.

Paris. Ile de France, France.

Vendredi 11 septembre 2020 . 20h.

Concert diffusé en différé sur France Musique

 

Bienvenue à la 56e abonnée de ce blog. Que les Dieux et les Muses la protègent!

 

Orchestre National de France dirigé par Jesko Sirvend. Divers solistes pour les 3 concertos de Martial Solal.

Toutes les oeuvres sont composées par Martial Solal (1927) qui ne jouait pas sur scène mais assistait au concert. 

1. Concerto pour trombone, piano, contrebasse et orchestre (1989)

Hervé Sellin: piano

Jean-Paul Céléa: contrebasse

Denis Leloup: trombone

 

Orchestre symphonique au complet avec cordes, cuivres et percussions. Ca sonne très musique de film noir. Martial Solal a gagné au Loto, comme il le dit lui même, en composant la musique d'A bout de souffle de Jean-Luc Godard, un polar expérimental. Cf extrait audio au dessus de cet article.

Couleur sombre de l'orchestre. Eclairs de lumière du piano. Notre héros se bat au bord de la Seine la nuit. C'est du Solal mais ce n'est pas Martial au piano. Hervé Sellin est un excellent pianiste, Martial Solal un pianiste unique. La différence s'entend.

Le héros s'en est sorti, errant obscur dans la nuit solitaire. Trouvera t-il Suzie, sa chérie? Solo de trombone grognon. Il a trouvé Suzie mais elle est de mauvaise humeur. Les cordes font passer la tendresse des propos du héros. Ca marche. Suzie s'amadoue. Roulement de tambour. La voiture a démarré et emmène notre héros et sa bien aimée vers de nouvelles aventures.

Promenade au calme en campagne. Le pianiste fait courir le ruisseau. Tout va bien pour nos tourtereaux. Joli solo de contrebasse élégamment ponctué par des gémissements, des glissements d'archet sur d'autres bêtes à cordes. Solo de contrebasse à l'archet. Le mystère plane de nouveau. La route deviendrait-elle dangereuse pour nos amoureux? Jazz et classique s'additionnent mais ne se multiplient pas. 1+1 = 2 et non pas 1 * 1 = 1. 

2. Concerto pour saxophone et orchestre (2014)

Jean-Charles Richard: saxophones baryton et soprano

Avec François Merville: batterie

Jean-Paul Céléa sort de scène en emmenant sa contrebasse. Les cuivres ont quitté l'orchestre. Seul survivant: un tromboniste. Jean-Charles Richard, saxophoniste, époux de Claudia Solal, chanteuse, gendre de Martial Solal (pianiste, chef d'orchestre et compositeur) arrive sur scène avec ses engins dans les mains. Pas de pianiste. Jean-Charles Richard est un saxophoniste classique de formation. Son très droit, très propre qui se mêle parfaitement à celui de l'orchestre. Une esthétique opposée à celle d'Albert Ayler en résumé.

François Merville apporte une pulsation subtile et interrompue à la batterie. Vibraphone et marimbas y ajoutent des couleurs. Scène champêtre. Un fleuve bordé d'arbres qui se ploient et se déploient sous le vent. La Seine à Samois sur Seine où est mort et enterré Django Reinhardt par exemple. La musique fusionne bien plus que dans le concerto précédent, à mon goût. La qualité du soliste y est pour beaucoup et Jean-Charles Richard est une pointure. Quant à François Merville, ajoutez un e à son nom et vous saurez ce que j'en pense.

Passage du baryton au soprano. Echanges percutants entre batterie et vibraphone. Les cordes jouent le vent dans les arbres. Le soprano le chant d'oiseau. Pas de présence humaine. C'est juste, beau, paisible, naturel et entièrement créé par la main de l'homme. Tout colle et forme un ensemble cohérent et varié en même temps. Retour au baryton. Changement de chant. Plus grave, plus terrien. L'éléphant après l'oiseau. La musique plane en nuages majestueux. Le tromboniste relance. La batterie se fait entendre derrière les coups d'archet. Une pulsation discontinue, juste assez pour chauffer la machine. Retour du soprano. Petits traits aigus. Quelques notes du soprano en solo pour finir. Splendide. 

 

3. Concerto " Coexistence " pour piano et orchestre (version inédite 2019 du concerto créé en 1996 avec l'ONF et le Dodecaband)

Eric Ferrand N'Kaoua: piano

Avec François Merville: batterie

Le piano est remis en avant de la scène. Un technicien masqué passe sur le clavier un chiffon enduit de gel hydroalcoolique. Covid 19 oblige. Cela fait de la musique. Applaudissements. L'orchestre est au complet. Les cuivres sont de retour. Eric Ferrand N'Kaoua, pianiste concertiste de classe internationale, joue Martial Solal avec la même fidélité et la même passion que Liszt ou Rachmaninov. Il est célébré sur ce blog tant en studio qu'en concert.

Batterie et percussions se répondent derrière l'orchestre symphonique qui déploie ses ailes. Tout s'arrête pour laisser place au pianiste. Eric Ferrand N'Kaoua distille l'ambiance. Des roulements, des changements brusque et incessants d'ambiance du piano au forte, du triste au gai, du vif au lent. Dérouter l'auditeur, ne jamais le laisser s'endormir dans le confort d'une jolie mélodie mais en suggérer plusieurs qui se succèdent ou se mélangent, tel est l'art du solo selon Martial Solal.

Une ligne directrice se dégage du piano. L'orchestre la reprend. Nouveau solo de piano. Ligne puissante reprise par l'orchestre. Après les grandes masses orchestrales, un solo de piano mélancolique . L'orchestre reprend crescendo puis s'arrête pour laisser la parole au piano. Comme dit Martial Solal de ses oeuvres concertantes, les styles ne fusionnent pas mais se succèdent. Batterie et percussions entretiennent la pulsation que soulignent les cordes. Le piano entre dans la danse. 

Longs applaudissements. Les musiciens tous réunis remercient le public et saluent en le montrant à la clameur populaire Martial Solal, compositeur de l'instant. Pas de rappel. Tout a été joué. Rien à ajouter.

Les salauds salissent Solal. Cela me lasse. Sur ce, salut.😎

 

La photographie de Martial Solal est l'oeuvre de l'Essentiel Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

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