Mauro Gargano nous emmène dans les Nuages au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Nuages par Juan Carlos HERNANDEZ

Nuages par Juan Carlos HERNANDEZ

Mauro Gargano Quartet

Le Sunside

Paris, Ile de France, France

Jeudi 7 octobre 2021. 21h

Concert de sortie de l'album " Nuages " célébré sur ce blog

Mauro Gargano: contrebasse, composition, direction

Patrick Goraguer: batterie

Giovanni Ceccarrelli: piano

Matteo Pastorino: clarinettes

L'album comme le concert de sortie furent maintes fois reportés à cause d'un truc mondial qui a bloqué les artistes et les spectateurs pendant un certain temps. Enfin, ce soir, à Paris, au Sunside, ils jouent l'album " Nuages " acclamé sur ce blog. L'album est inspiré par le poète, écrivain, cinéaste, scénariste, documentariste, journaliste et militant italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975). Plus précisément par " Che cosa sono le nuvole ? ", film de Pasolini au sein du film collectif " Capriccio all'italiana " (1968). Pasolini a écrit la chanson antonyme de son film.

 

Pour commencer, la chanson qui a donné l'idée de l'album . " Che cosa sono le nuvole? " chanté dans le film par Domenico Modugno (1928-1994), l'immortel auteur de " Nel blu dipinto di blu " ( chanson mondialement connue sous le titre de " Volare "). Une ballade mystérieuse, aérienne à souhait. Batteur aux balais. La clarinette reprend le chant alors que la rythmique nous masse les tympans. Nostalgie, tendresse, grâce. La classe à l'italienne. C'est beau comme une après-midi d'automne devant la Mer Méditerranée avec les pins qui se balancent au gré du vent. Macche bella la musica!

Le piano installe une autre ambiance mystérieuse prolongée par les grattements de la contrebasse et le doux massage des balais sur les tambours. La clarinette sinue avec gravité. Mauro Gargano passe à l'archet pour prolonger le son. Je vois les nuages glisser doucement dans l'air au rythme de la musique. Patrick Goraguer tapote ses tambours à mains nues. Retour tout en douceur avec le piano qui nous hypnotise. Le batteur a repris les baguettes faisant tinter doucement les cymbales. Le quartet monte doucement en puissance puis redescend tout doucement avec la contrebasse sous l'archet et le batteur aux balais. C'est moelleux. Con morbidezza.

Clarinette basse. Un morceau au tempo plus rapide. Batteur aux baguettes. Les nuages passent plus vite, plus joyeusement, pas menaçants du tout. Des gentils nuages blancs qui courent comme des moutons dans le ciel. La rythmique tourne joyeusement, plus jazz tout à coup. La clarinette basse virevolte joyeusement. Premier solo de contrebasse. En pizzicato. Subtilement ponctué par le piano et chauffé par le batteur aux balais. Un bébé pleure au fond de la salle. Trop jeune pour ce concert. Je pense que son père est sur scène. Il s'arrête vite. La musique marche sur lui aussi. Que ça fait du bien un tel concentré de beauté! Fin énergique. Ca remue, sapristi!

Nouvelle ballade hantée. Le piano installe l'ambiance. Contrebassiste à l'archet. Batteur aux maillets. Jolis effets de cliquet de la clarinette basse. Le son se coupe, se relâche, s'étire. Maillet main droite, balai main gauche puis balais. La musique me fait décoller. Un vrai tapis volant par delà les nuages. Dialogue fragmenté entre le pianiste et le batteur aux balais puis aux baguettes. Retour aux balais pour le solo de contrebasse doucement chantant. La clarinette basse reprend son chant méditatif. Silence. Personne n'applaudit le solo de contrebasse. Le public reste concentré.

En fait, ils ont joué 2 morceaux:

- Danza della sera. Cf vidéo sous cet article. Hommage à Ketra & Cie (?. Pas sûr du nom. Les experts du rock psychédélique italien ont droit de me corriger) , premier groupe italien de rock psychédélique dans les années 70. Morceau dédié à son fils, le bébé mentionné plus haut dans cette chronique. Comme je le supposais, son père joue sur la scène du Sunside en ce moment.

- Venere allo specchio ( Venus au miroir, thème classique de la peinture européenne. La plus célèbre est celle de l'Espagnol Diego Velazquez)

" Il papunno ". Cf extrait audio au  dessus de cet article. En Italie du Sud (Mauro Gargano vient de Bari, Pouilles, Italie), c'est une sorte de fantôme qui fait peur aux enfants. Clarinette basse. Solo de contrebasse. Batteur aux maillets. Un rythme de marche lente comme celle des Pénitents à Pâques dans les Pouilles. La clarinette basse ondule doucement comme les grands chapeaux pointus des pénitents. Maillet main droite, balai main gauche. La tension monte avec le passage de la main droite à la baguette. Maillet main gauche. Retour de la rythmique au calme avec le batteur aux balais. Un petit garçon s'est endormi. Il est parti dans les nuages. La rythmique part en ballade tranquille avec le batteur aux balais. Le quartet repart plus énergique avec le batteur aux baguettes.

PAUSE

Solo de contrebasse. Les enfants sont partis dormir, la tête dans les nuages. Des fans adultes prennent des photographies des musiciens. Solo de piano souple et bondissant. Clarinette basse rêveuse à souhait. Batteur aux balais puis aux baguettes per un tempo più agitato. C'était " L'isola di Arturo " inspiré du roman d'Elsa Morante. L'île c'est Procida au large de Naples. 

" Pasolini (Nubi di periferia)". Contrebasse à  l'archet. Longue vibration. Morceau sombre. Les nuages sont noirs et de banlieue (periferia in italiano).  Batteur aux baguettes. La clarinette grogne.

Solo de contrebasse sur un tempo rapide. Le batteur tapote doucement aux baguettes. Clarinette sautillante, " Squëdishë ". A Bari, porte de l'Orient, le dialecte mélange l'albanais, le grec, l'arabe, l'espagnol, le français et même l'italien. 

Ce morceau n'est pas présenté tant il fait partie de la culture française. " Nuages " (Django Reinhardt). Django l'a enregistré avec clarinette dès la création de son morceau en 1940: Hubert Rostaing & Alix Combelle. Très gentiment, Mauro Gargano présente ses émissions et leurs oeuvres personnelles. Un hommage à Ennio Morricone par Giovanni Ceccarelli, le pianiste. La " Suite for Modigliani " de Matteo Pastorino, clarinettiste. La participation de Patrick Goraguer, au piano, à l'album de Chris Jennings, contrebassiste canadien.

De jolis nuages blancs se promènent au dessus de la Seine à Samois/Seine où Django aimait pêcher à la mouche et jouer au billard, là où il est mort et enterré. Très joli village où je suis passé à pied par le  sentier de la Seine GR2 qui relie Dijon au Havre en passant par Paris. Batteur aux balais. Ca tourne. Solo de contrebasse délicieusement chauffé par le batteur aux balais. Le pianiste ponctue subtilement. Le quartet repart en finesse avec le batteur aux baguettes.

Patrick Goraguer est le fils d'Alain Goraguer (1931), pianiste, compositeur et arrangeur pour Boris Vian, Serge Gainsbourg, Jean Ferrat et bien d'autres. Go, go, Goraguer! Une jeune spectatrice aimerait rencontrer le contrebassiste. Un spectateur lui explique qu'elle arrive trop tard. Non seulement, il est en couple mais, en plus, il est jeune père de famille. Voir le bébé cité plus haut dans cette chronique. C'est la seule déception de la soirée pour cette auditrice. Pour ma part, il n'y en eut point. 

La photographie des Nuages est l'oeuvre du Météorologique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

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