Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 10:11

 

 

 

People Time. The Complete Recordings. 7 CD.

Emarcy
. Universal Music France. 2009.

Stan Getz: saxophone ténor
Kenny Barron: piano

Enregistré en concert au Café Montmartre, Copenhague, Danemark, les 3, 4, 5 et 6 mars 1991.

" En fait, nous aimerions tous sonner comme cela. La vérité est que nous ne le pouvons pas " (John Coltrane parlant de Stan Getz au nom de la confrérie des saxophonistes ténors).

Amateurs de bruit et de fureur, fuyez cette musique. Elle n'est pas pour vous. Plus que d'une musique, d'un concert, il s'agit ici d'une leçon de vie. Trois mois avant de mourir du cancer, Stan Getz nous livre son chant du cygne en compagnie de son dernier accompagnateur, le dernier pianiste selon lui, Kenny Barron. La souffrance est là. Stan Getz a du mal sur les tempos rapides. Son son n'est plus si pur, si aérien. En échange, jamais il ne s'est autant livré, mis à nu.

Quel courage pour commencer ces concerts par " I am all right, I am okay " alors que le crabe le ronge! Quelle élégance pour cette dernière version des "Feuilles mortes " ('" Autumn leaves " pour les Américains). Ils jouent aussi une autre chanson française " Que reste t-il de nos amours?" de Charles Trénet ( " I wish You love " pour les Américains). Pour cette version de " First song (for Ruth) ", Charlie Haden écrit un mot de remerciement dans la pochette de l'album. C'est bien le moins. Enfin, il y a " People Time " de Benny Carter, le temps des gens, de s'aimer, de se retrouver, de dire adieu comme Clément Marot.
" Adieu la cour, adieu les dames
Adieu les filles et les femmes
Adieu la vie, adieu la danse
Adieu mesure, adieu cadence
"

L'accompagnement de Kenny Barron est au delà des superlatifs. Il soutient, il supplée, il emmène Stan Getz au delà de la souffrance, jusqu'au bout du voyage.

Merci au producteur français Jean Philippe Allard pour avoir produit cette musique.

Elle peut se déguster de deux manières: soit avec le double CD People Time qui contient les meilleurs moments des concerts sélectionnés par Stan Getz lui même avant son décès, soit l'intégrale en 7 CD à déguster à petites gorgées comme les heureux spectateurs de ces concerts au café Montmartre à Copenhague.

" Stan Getz, quel cadeau pour le monde! " ( Joe Henderson)

Par Guillaume Lagrée
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 08:50

 

PEDRON OMRY

Album produit par le label rennais Plus Loin Music. 2009. Avec le soutien du Conseil général des Côtes d'Armor.


pierrick-p-dron.jpg

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Savant JUAN CARLOS HERNANDEZ.


Pierrick Pédron
: saxophone alto
Laurent Coq: piano, Fender Rhodes et Wurlitzer
Chris de Pauw: guitares
Vincent Artaud: basse électrique et programmation
Franck Agulhon: batterie
Fabrice Moreau: batterie
Eric Legnini: claviers additionnels



Ce groupe est une TUERIE! Aussi bien en concert où je l'ai apprécié plusieurs fois qu'en studio car cet album fait mes délices renouvelées à chaque écoute.

Pierrick Pédron semblait un saxophoniste alto, digne épigone de Charlie Parker, vissé sur le be bop, genre musical qui révolutionna le Jazz dans les années 1940. Pierrick n'était pas né à l'époque. Certains Jazzmen s'en tiennent au principe de Leconte de Lisle: " Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques ". Pierrick Pédron, en bon Breton, est curieux et voyageur. Son horizon culturel ne se limite pas au New York des années 40, si rugissantes furent elles. Il est aussi fasciné par Charlie Parker, Jimi Hendrix qu'Oum Kalsoum. Comment concilier les trois et créer du neuf à partir de cela? Avec OMRY, pardi!

Cette musique nous emporte dans un tourbillon qui ne nous lâche qu'au morceau final. Tout le long de l'album, l'auditeur passe du maelstrom au jacuzzi, secoué par les deux batteurs, remué par la basse, enveloppé par les claviers, cinglé par les guitares et emporté par les volutes ventées du saxophone alto de notre " Petit Géant " , le citoyen Pierrick Pédron.

Ni les contribuables costarmoricains, ni la chambre régionale des comptes de Bretagne ne sauraient reprocher au conseil général des Côtes d'Armor d'avoir contribué à produire une telle merveille. L'été prochain, lorsque vous bronzerez sur la plage du Val André, c'est le deuxième morceau de cet album que vous aurez dans la tête, les oreilles et le coeur.


Par Guillaume Lagrée
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 14:38

 

Après quelques secondes de réclame, vous pouvez écouter ci-dessus " Monica in London ".

Laurent Robin and the sky riders project

Ode to the Doodooda

Laborie Records. 2010.

Laurent Robin
: batterie
Benjamin Moussay: orgue Hammond, claviers, synthétiseurs
Vincent Laffont: Fender Rhodes, synthétiseur
Xiao Li: voix


J'avais déjà apprécié ce groupe, sans chanteuse, en première partie du concert de Pierrick Pédron à l'Alhambra de Paris.
Le voici enregistré en studio, dans un château du Limousin. Pourtant, pour déguster cette musique, il faut être à Paris, le soir, recevoir des amis chez soi et, pour que jolies filles et beaux garçons se mélangent joyeusement, lancer Ode to the Doodooda en boucle.

Ensuite, laissez le charme agir. Le groove impeccable et implacable de Laurent Robin à la batterie. Les chevaliers des touches, Benjamin Moussay et Vincent Laffont, en pleine fantaisie cosmicomique. Le chant asiatique et érotique de Xiao Li.

Faites passer les coquetèles, n'oubliez pas les glaçons et les amuse gueule. Même les amours tumultueuses de Monica in London(6) passeront comme du velours. Pour les amateurs d'heroic fantasy, Tamac Molock (3) deviendra l'hymne de leurs nuits. Cerise sur le gâteau, pour le final, un hommage à l'Angleterre avec un air composé par un Français, God save the Queen.

Par Guillaume Lagrée
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 14:06

JOZEF DUMOULIN AND LIDBLEBOJ

trees are always right

Bee Jazz Records. 2009.

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Lynn Cassiers
: voix, jouets et effets
Bo Van der Werf: saxophone baryon, ewi et effets
Eric Thielemans: batterie, jouets et effets
Jozef Dumoulin: claviers, guitare, effets et programmation

La photographie de Jozef Dumoulin est l'oeuvre du Funky JUAN CARLOS HERNANDEZ.


Les arbres ont toujours raison. Raison d'exister, de nous offrir gratuitement leur beauté, leur ombre, leur oxygène, leur parfum, leurs fleurs, leurs fruits. Sur cette Terre, il n'y a pas assez d'arbres et il n'y a pas assez de musiciens comme Jozef Dumoulin.

Comment peut-on produire autant de musique, de sons, d'émotion à quatre?

Tout y passe: le jazz, l'électronique, la pop music, le romantisme, l'érotisme, le mystère (n°4), le démon de la danse (n°2), l'allusion à un chevalier teutonique casseur de prix qui nous procure le grand frisson (n°5), le bizarre, le dérangeant.

Cette musique est faite pour hanter vos nuits solitaires, pour danser sur la piste, pour lire au coin du feu. Le morceau final sonne comme un adieu aux larmes, la promesse de matins enchantés après des nuits troublées, la venue du printemps après l'hiver.

Après de si grandes délices, il ne reste plus qu'à s'incliner et à remercier M. Jozef Dumoulin et ses amis. Vive la Belgique!

Pour les Parisiens, ce quartet sera en concert au Sunset le samedi 20 mars 2010 à 22h. J'y serai. Et vous?

Par Guillaume Lagrée
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 16:30

Paris. Le Duc des Lombards. Vendredi 5 mars 2010. 20h

 

Ricky Ford

 

Ricky Ford: saxophone ténor

Kirk Lightsey : piano

Daryl Hall : contrebasse

John Betsch : batterie

 

 

La photographie de Ricky Ford est l'oeuvre du Spectaculaire Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Un extrait filmé de ce concert se trouve ici.

 

« Maiden Voyage » (Herbie Hancock). Rythmique somptueuse. Gros son de sax ténor. C n’est tout de même pas Sonny Rollins, n’exagérons rien. Son un peu sale du ténor avec du vibrato. Ricky joue face aux musiciens ou face au public selon ses envies. Un son, un style à l’opposé de Stan Getz : noir, dense,  massif, lourd même, avec beaucoup de notes. Son attitude sur scène rappelle Rollins mais il n’a pas la place de danser sur scène en jouant comme Sonny. Le sax s’arrête, la rythmique repart légère par le piano, dense par la contrebasse, puissante par la frappe de John Betsch. La dame devant moi ondule des hanches, assise sur son tabouret. C’est charmant. Solo de John Betsch sur les tambours aux baguettes. Belle scansion rythmique et énergique. Le saxo reprend son chant de grand et gros oiseau. Un quartet de Jazz avec quatre Noirs Américains, c’est rare à Paris.

 

« Hosgeldin » ( « Bienvenue » en turc), morceau que Ricky Ford composa lors d’un séjour à Istanbul. C’est le bazar. Un désordre apparent mais tout est à sa place. Ce serait bien d’entendre Sonny Rollins avec une rythmique de ce calibre plutôt qu’avec ses zozos actuels. Encore faudrait-il qu’il le veuille. La rythmique repart, voguant de la Mer Noire à la Mer Méditerranée. Ricky Ford a quitté la scène. Va t-il revenir pour manger ses spaghetti sur le piano comme John Coltrane avec Mac Coy Tyner ? Non, il reprend sa place et salue le détroit du Bosphore avec un son ample, viril et majestueux. Le final au sax ténor est du pur Sonny Rollins.

 

  Une ballade. Un standard. « Somewhere over the rainbow ». Dans la ballade, Ricky Ford est aussi rollinsien. Décidément, c’est un disciple du Colosse du Saxophone. La rythmique ronronne comme un gros chat. Le fluide sympathique circule bien entre ces 3 là. Beau final groupé amené par le saxophone.

 

« Blues work » composition de Ricky Ford. Rick nous explique qu’il fut l’élève de George Russell en 1974. 30 ans après, en 2004, Ricky rencontre George Russell, lui parle de sa nouvelle composition et lui demande ce qu’il en pense. «  Et bien Ricky, on dirait que tu as lu le chapitre 25 de mon dernier livre » lui répondit George. « Ai je passé l’examen ? » conclut Ricky en riant. Blues rapide, très dense avec des gammes qui montent et descendent sans cesse. Ca sonne dans la lignée d’Eric Dolphy et John Coltrane. George Russell a écrit pour le grand orchestre de Dizzy Gillespie en 1946-48. 60 ans après, il écrivait encore. Sa méthode a inspiré Miles Davis, John Coltrane, Eric Dolphy. Pour les savants musicologues, ses travaux sont disponibles chez les éditeurs spécialisés. Les musiciens sont sages aujourd’hui. Ricky vient demander une bouteille d’eau au bar alors que, sur scène, la rythmique tourne comme un seul homme guidée par les doigts de magicien de Kirk Lightsey. C’est comme la Sainte Trinité : trois qui n’en font qu’un. Premier solo de Darryl Hall : chaud, grave, profond, bondissant relayé par le jeu de balais de John Betsch et ponctué par quelques notes de piano. Ca fait hurler de joie mon voisin de derrière. Le jeu de Darryl s’accélère, ses doigts virevoltent sur les cordes. Tchik, tchik, tchik des cymbales sous les baguettes. Breaks énergiques de batterie aux baguettes pour pousser le sax ténor qui ne demande pas mieux. John Betsch sait faire parler, chanter les tambours.

 

« Evidence » (TS Monk). Attaque en duo  piano/ténor. La rythmique reprend. Ils décalent du Monk qui est déjà décalé. C’est fort. Du Monk en éruption volcanique. Basse et batterie soutiennent alors que le ténor déploie ses ailes. Le piano vient alléger la sauce. La rythmique repart seule. Ca tourne mais pas en rond. Ca roule plutôt. Redémarrage du sax en douceur, en velouté, reprenant peu à peu de l’énergie. Ricky s’interrompt pour présenter les musiciens, repart avec le groupe, avec des fausses fins. Le Jazz ou l’art de la surprise. Il s’amusent bien mais, tout en rigolant, jouent sérieusement. Ils tournent autour du thème, le malaxent, le renversent, le redressent, le chiffonnent, l’exploitent jusqu’à le battre.

 

Enchaînement sur « Mood Indigo » (Duke Ellington). Un morceau que Charles Mingus adorait, sucré et velouté à souhait. John Betsch a pris les balais, presque les patins, tant ça va doucement. Doucement mais le jeu de ténor reste viril et puissant. Ma voisine de devant danse encore plus langoureusement sur son tabouret. Duke Ellington, ça marche toujours avec les dames. Version courte et bien menée.

Par Guillaume Lagrée
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