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Bill Carrothers offre deux concerts en un

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Bill Carrothers Trio.

Paris. Le Sunside. Mercredi 28 octobre 2009.21h.

Bill Carrothers : piano
Lionel Thys : contrebasse
Rémi Vignolo : batterie


La photographie de Bill Carrothers est l'oeuvre du Merveilleux Juan Carlos Hernandez.

Dré Pallemaerts était annoncé sur le programme mais c’est Rémi Vignolo qui est assis derrière la batterie ce soir.

Swing léger, agréable qui se muscle doucement. Pas de doute, le pianiste est aux commandes. La contrebasse est grande, belle, de couleur sombre. Elle va bien avec le grand gaillard qui en joue. C’était « Junior’s arrival » écrit par Clifford Brown pour fêter la la naissance de son fils.

« Delilah» (Victor Young). Une ballade que Brownie (surnom du trompettiste Clifford Brown) aimait jouer. Introduction au piano pensive, grave, profonde. Ca sonne presque comme un requiem. Chaque note est pensée, pesée, posée. Bill chante l’air en le jouant. Le batteur est aux mailloches et le contrebassiste le rejoint. Bill Carrothers chante trop à mon goût mais c’est beau tout de même. La musique est tendue et pourtant elle respire. Elle marche, elle avance, elle progresse.

Introduction par la contrebasse au son clair comme une guitare. Retour à la joie avec un trio qui vrombit de plaisir. La fin claque comme un coup de fouet. C’était un « ministrel song » des années 1840 dont je n’ai pas capté le titre. Les ministrels (du français ménestrel) songs, jouées et chantées - le plus souvent par des Blancs grimés en noir et se moquant des Noirs - font partie des ancêtres du Jazz.

Retour à Clifford Brown pour une ballade avec intro au piano. Bill chantonne. Le batteur est aux balais et ça finit dans un souffle.

Je crois bien que Bill Carrothers a annoncé à ses musiciens « Poinciana » standard dont la version définitive, à mon goût, a été donnée par Ahmad Jamal/Israël Crosby/Vernell Fournier au club Pershing à Chicago en 1956. Ils tournent autour du thème. C’est agréable mais ça ne respire pas comme sous les doigts d’Ahmad Jamal et de ses complices. Je ne sais même plus si c’est bien « Poinciana » qu’ils ont joué finalement.

La soirée spéciale Brownie continue avec une ballade. La contrebasse est de velours et les balais sont de rigueur pour le batteur. Rémi Vignolo griffe et frotte doucement. Calme et tension font bon ménage dans ce morceau. C’était « Time » (Richie Powell).

« Dirkin for Perkin » ( ?). Bill Carrothers nous explique qu’il aime Clifford Brown depuis qu’il a commencé à écouter et jouer du Jazz. C’est un de ses musiciens favoris. Morceau très péchu avec des baguettes virevoltantes sur la batterie comme entre les mains du « Professor » Max Roach.

PAUSE

La première partie du concert était consacrée à Clifford Brown, la deuxième aux compositions de Bill Carrothers.

Intro au piano pour une ballade. Ambiance « In the wee wee hours of the morning » que chantait si bien Frank Sinatra. La ballade est assez énergique grâce aux baguettes du batteur. Figures rythmiques répétées, décalées. Jeu subtil entre tension et relâche. L’essence du Jazz est là.

Je n’ai pas compris le titre suivant. « Dis… » ? Bill Carrothers raconte que, jouant avec Lee Konitz, il passa 3 jours à jouer et à se disputer avec lui. Peut-être que Bill n’est pas scientologue. En tout cas, ce morceau est un hommage à Lee Konitz. C’est énergique, rythmé avec les balais qui claquent sur les tambours. Ca va vite. Il y a des brisures, des zig zag, des changements. Cela ressemble à du Martial Solal, le meilleur complice au piano de Lee Konitz. Beau solo de batterie aux balais, énergique, puissant, malaxant. Ce soir Frank Amsallem, pianiste et Olivier Témime sont présents dans le public.

« Church of the open air ». C’est un morceau dédié par Bill à un de ses amis, ancien du Vietnam, excellent guitariste, mort en 2003. Intro au piano. C’est une ballade. Bill chantonne. L’église en plein air mériterait d’être écoutée à ciel ouvert. Le groupe entre dedans doucement avec les maillets qui font tonner au loin les tambours. Solo de contrebasse souligné par un balai faisant le tour du tambour. Très joli piano/batterie jouée aux maillets.

« Snow bond ». Ce morceau sortira sur un album solo de Bill Carrothers en 2010. Ce morceau lui a été inspiré par les journées où il reste coincé chez lui, à Minneapolis, sous la neige. Les frères Coen, Bob Dylan et Roger Prince Nelson sont aussi originaires de Minneapolis, Minnesota. Prince a d’ailleurs écrit une chanson sur ces jours de neige « Big white mansion ». Le morceau est fort, puissant, ouateux comme la neige qui colle au sol. La batterie fait des vagues, comme des paquets de neige poussés par le vent sur une maison.

Une ballade introduite au piano. Le batteur pétrit doucement la pâte sonore aux balais. Le contrebassiste fait gronder joyeusement l’instrument pendant que le pianiste joue le thème. Mes voisins de devant choisissent ce moment pour se lever et s’en aller. Grâce à leur rustrerie, je peux enfin étendre mes jambes, me relaxer sur cette douce musique. Grâces leur en soient rendues.

Bill Carrothers a joué à Carrothers, ville d’Ecosse que ses ancêtres ont quitté il y a 400 ans. S’ils sont partis d’Ecosse pour l’Amérique en 1609, ses ancêtres font partie des Pères Pélerins fondateurs de l’Amérique. A vérifier. En tout cas, Bill a écrit une symphonie pour Carrothers.

La première partie est d’esprit coltranien, ample, viril, magique. Il y a des influences de scottish dans le jeu. Normal vu le thème. Cette musique porte à la réverie : landes , bruyère, vent, espace, moutons, mer d’Ecosse, tout est là.

Deuxième partie de la symphonie pour Carrothers. C’est beau et doux. Je m’endors bercé par la rythmique. C’est une bien belle berceuse.

Le réveil est soudain. Ils enchaînent sur un air de danse tonique, sauvage comme la lande écossaise sous le vent. La musique court comme un torrent furieux à la fonte des neiges.

Une dernière ballade pour la route. « Peg » écrit par Bill pour son épouse. Dans l’intro au piano passe le thème de « Scarborough Fair » vieille chanson anglaise rendue célèbre par (Paul)Simon et (Art) Garfunkel. Il est évident que cet homme aime sa femme. C’est doux, chaud, enveloppant. Citation de la « Lettre à Elise » de Beethoven. La musique monte doucement en puissance avec les balais qui fouettent la caisse claire. Nicolas Thys tapote le corps et les cordes de sa contrebasse. Reprise en main du pianiste seul. C’est sa femme qu’il chante tout de même ! Le trio reprend, viril, tendre, amoureux.


C’est sur cet instant de grâce que s’est terminé la 2e partie du concert du trio de Bill Carrothers. Il était 0h15. Le marchand de sable était passé et j’avais école le lendemain. Je n’ai pas donc pas assisté à la 3e partie. C’était mon premier concert de ce trio. L’expérience est à renouveler.

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Denis Colin arpente le Café de la Danse

Publié le par Guillaume Lagrée


Denis Colin et la Société des Arpenteurs.

Paris. Le Café de la Danse. Vendredi 23 octobre 2009. 20h30.

Denis Colin
: clarinette basse
Tony Malaby : saxophone ténor
Sylvaine Hélary : flûte piccolo, flûte en sol
Fabrice Theuillon : saxophone soprano, saxophone baryton
Antoine Berjeaut : trompette
Julien Omé : guitare électrique
Benjamin Moussay : claviers
Arnault Cuisinier : contrebasse
Stéphane Kerecki : contrebasse
Eric Echampard : batterie


La photographie de Tony Malaby est l'oeuvre du Grand Juan Carlos Hernandez.

Ca démarre avec le morceau le plus énergique de l’album. Ca vibre dans le sol et dans le ventre. La pulsation est assurée par les deux contrebasses. Jeu de batterie tout à fait rock’n roll, simple et efficace. Le guitariste a dû écouter John Scofield. Benjamin Moussay avec les barbes et les lunettes noires ressemble à un Georges Duke blanc. Beau son d’ensemble du groupe pendant que la guitare crache son venin.

Le calme s’installe avec les deux contrebasses en pizzicato. C’est beau, grave, majestueux. Cela me rappelle la magnifique introduction de « Here is that rainy day » par NHOP sur l’album « Suite for trio » de Martial Solal. La musique court comme la Vouivre le long d’un ruisseau. Très finement, la guitare vient fondre ses cordes avec celles des contrebasses. Tony Malaby arrive avec son sax ténor. Une sorte de chant africain s’élève. A comparer avec " Moshi " de Barney Wilen en 1972. Passage du sax soprano au sax baryton. Très beau son de groupe, massif et varié. Tony Malaby produit un son rollinsien, ample et majestueux. Il envoie la sauce alors que le groupe reprend derrière lui. Le plancher vibre sous les pieds des spectateurs qui battent la mesure. C’est bon signe. Tout s’apaise pour un petit contrechant entre Denis et Tony. Denis, seul, fait chanter, voleter la clarinette basse alors que batteur et claviers jouent des petites percussions, que le guitariste reste dans le son Afrique de l’Ouest et que les contrebassistes maintiennent un tempo d’acier. Le groupe repart. Tous ensemble, tous ensemble, ouais ! Solo de flûte en sol accompagné de bidouillage électronique de Benjamin Moussay. La flûtiste a le look. Robe noire à paillettes au dessous du genou, collants rouges à carreaux blancs. Elle n’est pas que belle, elle est aussi créative. Impossible de savoir qui répond à qui entre Sylvaine et Benjamin tant le dialogue est riche, fusionnel, swinguant. Le groupe reprend en douceur, genre musique de film de vampire. Nous avons même droit aux fumées bleutées sur scène pour faire plus mystérieux. Est ce bien raisonnable ? Solo de trompette où les notes se prolongent, se déchirent. Bref, à la Miles Davis. Ce n’est pas un café mais une vraie belle salle de concert, le Café de la danse. Une salle pleine et attentive d’ailleurs. Tony Malaby prend la main tout en douceur. Ca plane pour nous. Personne n’applaudit la fin d’un solo. Comme dans un concert classique, on écoute et on applaudit à la fin du morceau. Fin ludique, toute en douceur avec échange de bruitage entre guitare et claviers. C’était « Chicago Blues for Malachi » précédé de « Par Cheminement » lui même précédé de « Hopperation ».

« Sonné. Complètement Sonné ». La guitare sonne, tinte même. Vagues de souffleurs courtes, rapides. Denis Colin prend les commandes et ça pousse sévère derrière. Enfin, les fumigènes ont disparu. La bonne musique n’a pas besoin d’artifice. Sur un signe de main du chef, tout s’arrête pour un échange contrebasse/guitare. Denis Colin fait danser la gigue à sa clarinette basse. Ca sonne comme de la musique bretonne, pas loin du biniou/bombarde. Echange de notes graves entre clarinette, claviers, contrebasse. Tout ça sonne très bien. Ca monte en puissance poussé par la batterie et la guitare.

Une sorte de blues éthéré, mystérieux s’élève. Au cas où nous n’aurions pas compris, un petit coup de fumigène bleuté dont le goût acre reste en bouche. Beurk. Ca devient de plus en plus dansant. D’ailleurs Denis danse avec sa clarinette. Les contrebassistes varient les plaisirs, l’un à l’archet, l’autre sans. Solo de trompette clair, aux notes bien enroulées. Le soutien du groupe est souple et puissant. Joli bruit du clavier sur lesquels la clarinette basse glisse en douceur. Très jolie fin.

Démarrage de la guitare avec beaucoup de vibrations et de retour. Le sax baryton gronde derrière. Le batteur et les contrebassistes lancent le groove. La guitare est purement rock’n roll alors que le sax baryton sonne funky. Beau mélange. Tout le groupe relance. Un morceau qui dépote. Le plancher recommence à vibrer. La flûte vole au dessus du magma sonore en fusion. Benjamin Moussay s’amuse comme un petit fou à faire cracher le feu à ses claviers. Eric Echampard cogne tel Vulcain dans sa forge.Benjamin a enlevé ses lunettes pour mieux voir son chef.. C’était « Yes! et autres Yes! » après « Sujet à Changement ».

« Hommes sans titres ». Introduction à la guitare en douceur, à l’africaine. Tony Malaby est de retour. Beau son d’ensemble. C’est bien en place. Et hop ça part. Puis se calme. Malaby décolle poussé par la rythmique. Gros son. Il sait jouer vite et fort sans être réptitif. Puis tout le groupe part, gémit à la lune. Les souffleurs se reposent. Au tour de la rythmique. Les deux contrebasses tiennent le tempo, le batteur le malaxe. Guitare et claviers échangent des rbuitages. Tout le groupe repart ensemble. C’est le mur du son qui avance. Le plancher vibre à nouveau. Ca pulse sévère. Solo du patron pulsé par les deux contrebassistes et le batteur. Benjamin y ajoute quelques bruits à sa façon. Sylvaine Hélary tient sa flûte en sol de la main droite, en la laissant reposer sur son épaule gauche. La pose est gracieuse. Sur le dernier coup de baguette, Eric Echampard fait tomber une cymbale. C’est dire s’il met du cœur à l’ouvrage.

RAPPEL

Ils reviennent tous, y compris Tony Malaby, pour jouer « Music is the healing force of the universe » d’Albert Ayler. Solo de clarinette basse en intro. C’est Sylvaine Hélary qui dit le texte. Sa voix est aussi belle qu’elle mais elle n’est pas anglophone. Elle hulule très bien aussi. La lune est montante ce soir. Benjamin Moussay trafique les sons. Le groupe rentre dans le morceau. Tony aussi. La puissance, la simplicité, la sincérité de la musique d’Albert Ayler font toujours merveille. Sylvaine H a repris sa flûte piccolo, Tony M joue en dérapages contrôlés. Moment de pur et joyeux vacarme comme il se doit pour Albert A.

Ce concert fut encore plus riche, foisonnant, vibrant, tonitruant que l’album. Ce groupe vaut le détour sur scène comme sur chaîne. La signification des titres ésotériques (Satie comme disait Alphonse Allais) des morceaux est indiquée sur l'album. Le plus simple reste de se l'offrir et de l'offrir. La Société des Arpenteurs de Denis Colin fera du chemin et nous avec.

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Soirée Québec Jazz à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Soirée Québec Jazz.

Paris. Le New Morning.
Mardi 20 octobre 2009. 21h.

Alain Bédard Auguste Quartet et François Bourassa Quartet.

Première partie : Alain Bédard Auguste Quartet

Alain Bédard
: contrebasse
Frank Lozano : saxophone ténor, saxophone soprano, clarinette
Alexandre Grogg : piano
Pierre Tanguay : batterie

Le deuxième prénom d’Alain Bédard est Auguste. D’où le nom de ce quartette. Ce sont des Québecois. Leur contact avec le public est très chaleureux et direct. Au cas où nous serions bloqués sur place par la grève de la SNCF ( le New Morning est près de la gare de l’Est chère aux Alsaciens et aux Lorrains) ils ont prévu la poutine, mets typiquement québecois, et les sacs de couchage.

Ca commence avec « Vieux neu » (signifie « Vieux neuf » en québecois). Une espèce de Jazz dérivée de John Coltrane sans grand intérêt à mon avis.

« Madame Teu » dédié à Martine une amie du contrebassiste. Intro par un joli solo de contrebasse grave, profond et légèrement dansant. Ca vibre bien et remplit le ventre en douceur. Le sax ténor joue plaintif, grognant. Passage en trio. Bonne circulation de balle entre les trois joueurs de la section rythmique. Puis le sax ténor étire sa plainte. Solo total de sax ténor. Ca ronronne, grogne, chuinte agréablement. La rythmique revient en ronronnant. La musique s’étire comme un chat au réveil. Même pour du Jazz québecois, il y a plus de jolies filles au New Morning que dans les clubs de la rue des Lombards à Paris. Beau son de la contrebasse entre entre batterie et piano. C’était « Inside ».

« Slow » (Alexandre Grogg). Morceau torrentiel qui a tendance à dégouliner.

S’ensuit un morceau pour thriller la nuit au fond de la forêt québecoise. Froid, inquiétant, lent. Je vois le tueur tirant le cadavre ensanglanté dans la neige. Genre « Fargo » des frères Coen. Tout à coup, ça accélère. Le tueur s’enfuit poursuivi par la police montée (Cf  « Les Dalton dans le blizzard »). Tout ce monde court joyeusement dans la neige. Retour au calme. Le tueur a abandonné le cadavre, semé les mounties et reprend son souffle caché dans une grotte. Ca se finit là. La suite du film reste à deviner. C’était « 14 », les titres « 12 » et « 13 » étant déjà pris par d’autres compositeurs.

« Bluesy lunedi » titre éponyme de l’album. Ils sont vraiment très cool ces Québecois. " On termine avec  Bluesy lunedi et vous allez entendre le super groupe de François Bourrassa après ». Morceau swingant, cool et inquiétant à la fois. C’est le blues du col blanc qui reprend le travail le lundi. Circulation, pollution, stress. Passage rêveur de la rythmique.Le sax les rejoint restant dans ce ton entre chien et loup. Ca se réveille, se déploie.
Concert décontracté et relaxant.

Deuxième Partie : François Bourassa Quartet


François Bourassa : piano
André Leroux : saxophone ténor, saxophone soprano
Guy Boisvert : contrebasse
Philippe Melansson : batterie

Ils commencent sans prévenir alors que le public bavarde encore. Swing ondulant bien sympathique. Ca joue plus nerveux, plus viril que le groupe précédent. D’ailleurs le saxophoniste ondule sur place alors que le précédent restait sage comme une image. La rythmique se lance. Le sax part en coulisses. Il revient avec des maracas. Ce gars là veut participer. Le tempo se calme. André Leroux passe à la flûte traversière. Le rossignol chante dans les bois du Canada. Passage au sax soprano. Le souffleur varie les sons du rond du ténor à l’aigu du soprano en passant par la légèreté de la flûte. Le morceau s’étire mais n’est pas Coltrane qui veut. Plus le morceau est long, plus le concert dure. C’était » Vicky Ocean » puis « Chant doux » ( ?).

« Fa do do ». Sax ténor. Démararrage funky avec piano et batterie entêtants. Le sax ténor plane bien. Une phase de calme puis retour à la tension. C’est la stratégie de la tension chère aux Italiens. François Bourassa fait fumer le piano. Devant moi un homme bat la mesure avec sa main droite sur le dos de sa bien aimée. Puis il la lâche mais danse sur son siège. Il est dedans.

« Worcester Street ». L’adresse est au 111 à New York. C’est une sorte de ballade. Solo de piano en intro. Trop romantique et toc à mon goût. Le sax soprano le rejoint plaintif et mélancolique à souhait. Contrebassiste et batteur aux balais les rejoignent. Le sax repasse au ténor. Son plus grave, plus méditatif. Ca s’énerve vite. Le saxophoniste joue au derviche tourneur, fait l’avion au décollage.

« Rasstones ». C’est une sorte de mélopée qui monte progressivement en puissance. Le sax se remet aux maracas pour se fondre dans la rythmique. Retour du sax soprano alors que la rythmique pousse fort derrière. Accélération finale. Le temps est haché menu. Non, finalement, ils ralentissent et découpent le tempo.

Je suis parti avant le rappel. Minuit approchait et la musique ne suffisait pas à me tenir éveillé. Mauvais signe.

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Le Sunset kiffe Omry

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Paris. Le Sunset. Samedi 10 octobre 2009. 22h.

OMRY


Pierrick Pédron
: saxophone alto
Laurent Coq : Fender Rhodes, piano
Eric Lorer : guitare
Vincent Artaud : guitare basse électrique
Franck Agulhon : batterie
Fabrice Moreau : batterie

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Resplendissant Juan Carlos Hernandez.

Démarrage par les deux batteurs seuls sur scène. Fabrice Moreau fait chantonner les tambours avec les maillets.Franck Agulhon tapote les bords de caisses avec les baguettes. Les vibrations chauffent le ventre. Le groupe les rejoint sur scène alors que les maillets roulent, vibrent. La mélopée orientalisante commence. Ca groove tranquillement. Adossé au piano, Vincent Artaud fonde l’édifice. Les batteurs se lancent, en force retenue. Contrechant du Fender alors que Pierrick s’envole, déchirant tout sur son passage. Joli échange guitare/Rhodes. Les batteurs ne lâchent pas un pouce de terrain. Leur défense de zone est imprenable. Pour conclure, le chef se tourne vers sa formation.

Enchaînement direct sur un morceau au groove plus lancinant encore. Ils accélèrent. Le visage de Pierrick prend des couleurs cuivrées sous les spots. C’est dire si la fusion de l’instrumentiste avec son instrument est totale. Le groupe accélère fort comme une moto GP. Ils sont dedans. Pierrick danse sur place avec son instrument. Les batteurs se regardent, s’écoutent, complices. Laurent Coq explore le thème, lâchant et reprenant sans cesse la main, accélérant progressivement. Ca monte. Nous restons scotchés au sol, écoutant la fusée OMRY décoller. Solo aérien de guitare, les cordes vibrent, le son ondule. Son manifestement influencé par Bill Frisell. Que de branchements ! Il faut être ingénieur électricien pour être guitariste semble t-il. Le guitariste joue à saturer les ondes.

Enchaînement sur un autre morceau, plus lent mais toujours sinueux. Ca balance. Toujours ce joli mélange jazz/rock/oriental. Le groupe pousse et Pierrick s’envole à nouveau. Nul besoin de paradis artificiel pour quitter la Terre. OMRY suffit.

Pierrick présente les musiciens. Les deux batteurs se tapent dans la main.

Une ballade pour finir le 1er set. Enthaisam ( ?). Solo de sax alto pour commencer. Jolie mélodie et son tranchant. Les autres musiciens sont en pause et écoutent le patron. Vincent Artaud s’est décollé du piano pour permettre à Laurent Coq d’en jouer. Tout le groupe part en ballade. Fabrice est aux baguettes, Franck aux balais. 4 baguettes et 2 batteurs pour impulser derrière la guitare. La ballade a pris un coup de sang.

PAUSE.

Ca repart doucement avec une basse entêtante. Franck aux balais, Fabrice aux baguettes. La guitare s’énerve et les deux batteurs sont aux baguettes. Le sax vole en zigzag comme une nuée d’étourneaux à lui seul. La pause n’a pas refroidi le groupe. Les batteurs se sourient tout en tapant joyeusement. Leur entente est très profitable au groupe. Sur quelques mesures, le groupe envoie la sauce piquante hard rock sans le sax. Le jeu se calme et la ballade repart.Le son monte en puissance derrière le solo du guitariste. Pierrick embraye et lâche les gaz. Son planant de la guitare. Les batteurs s’amusent avec des percussions, des grelots sur leurs tambours. Son mystérieux et répétitif du piano. Fabrice Moreau maintient un roulement de mailler en harmonie avec le piano : simple à entendre, beau à voir. Dialogue piano/batterie percussions. La basse fait le lien entre les deux camps, tranquillement. Le groupe repart tout entier à bloc derrière le boss de l’alto, Mr Pierrick Pédron. C’est la chevauchée fantastique.

Tout se calme. Solo de Vincent Artaud. La basse est prolongée par la magie de l’électronique, en boucles sonores. C’est le modèle de Sir Paul Mac Cartney mais pas le même jeu. Parfois ça sonne presque comme une contrebasse. Cette fois ci les batteurs accompagnent, Fabrice aux maillets, Franck aux grigris.Le son de la basse danse dans l’espace. Les batteurs poursuivent leurs passes magiques. Une boucle rythmique tourne alors que le bassiste improvise par dessus. Les batteurs repartent uax baguettes vite, haut et fort alors que la basse plane par dessus. Le sextet repart comme un seul homme. La belle équipe ! Le guitariste s’offre un pur moment de rock’n roll. Laurent Coq, seul au Rhodes, s’amuse à tordre les sons. Là, c’est la transe. Tant pis pour ceux qui n’y étaient pas.

Les deux batteurs se retrouvent seuls à jouer et sonnent la fin du concert. Ils savent se contenir vu l’exiguïté de la salle. Dans ces limites, ils envoient. Les baguettes craquent et pètent. Ils savent se contenir vu l’exiguïté de la cave qui sert de club de Jazz. Dans ces limites, ils envoient. Les baguettes craquent et pètent. Ils alternent le crescendo et le decrescendo tout en maintenant la tension, la pression. Ils s’amusent bien mais ils n’en font pas trop. Tel est le bon goût : savoir jusqu’où on peut aller trop loin (Jean Cocteau). Fin du concert. Les batteurs se donnent l’accolade.Ils ont gagné le droit de se congratuler. Beau travail.

Le groupe quitte la scène sauf Laurent Coq et Pierrick Pédron qui, sous la joyeuse pression d’un public qui en veut toujours plus ( vous êtes des enfants dit Laurent Coq. Oui ! lui répond t-on), joue un RAPPEL.

« A nightingale sang in Berkeley Square ». Un standard joué en duo piano/sax alto. Le public voulait le duo et tout le groupe. Il ne reste que Pierrick et Laurent sur scène. Nous nous en contenterons. Intro au piano pour mettre en place le morceau. Pierrick joue chaud et tendre. Il joue loin du micro dont il n’a nul besoin. Chuintements désagréables dans les baffles. L’ingénieur du son n’a pas réglé pour l’acoustique. Ballade bien tranquille pour calmer le jeu. Pierrick met tant de velours dans son jeu qu’il sonne presque comme un sax ténor. Il est 1h10 du matin, l’heure de nous préparer à faire de beaux rêves.

Face au public qui en demande encore, Pierrick menace de passer au piano pour nous faire fuir. Laurent Coq le supplie de n'en rien faire. La musique s’arrête là, le plein de sensations est fait jusqu’à la prochaine prestation du Breton Pierrick Pédron. OMRY signifie « Ma vie » en arabe. « Ma vie » la chanson fétiche du Breton Alain Barrière. Comme dit le proverbe, sous chaque vague, un Breton !

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La Pop Life d'Elise Caron

Publié le par Guillaume Lagrée

Les Lilas. Le Triton. Vendredi 9 octobre 2009. 21h.

Elise Caron : chant, voix
Lucas Gillet : piano, synthétiseurs, direction musicale
David Auballe : Fender Rhodes, flûte
Fernando Rodriguez : guitare électrique
Jean Gillet : guitare basse électrique
Thomas Ostrowiecki : percussions
Pascal Riou : batterie

La photographie d'Elise Caron est l'oeuvre du Barbudo Juan Carlos Hernandez.

Il s’agit du premier concert de promotion de l’album « A thin sea of flesh » où Lucas Gillet met en musique et Elise Caron chante les poèmes de Dylan Thomas, le plus grand poète gallois (1914-1953) à côté duquel Stéphane Mallarmé fait figure d’auteur accessible.

Elise porte des lunettes. Cela lui donne un air de maîtresse d’école. Joli démarrage aux percussions. Son mouillé et cuivré. La basse pose les fondations. La batterie fait rouler les tambours. Figures rythmiques répétitives au piano ; Lucas Gillet sort des synthés un vieux son années 80 genre George Duke. C’est de la pop musique de qualité mais, avec Elise Caron aux commandes, ça décolle vite vers les cieux azuréens au dessus des nuages. La musique fuit, s’échappe, revient et s’arrête.

C’est le 1er concert du groupe. Les morceaux ne s’enchaînent pas. Le volume sonore est trop fort pour que l’on puisse entendre le piano. La rythmique guitare/basse/batterie est solide, classique. Piano et percussions y ajoutent de la fantaisie. Fin tout en douceur.

Je commence à me demander si cette version française de la pop anglaise aurait de l’intérêt sans la présence de la magicienne Elise Caron. Elle nous lit un poème incompréhensible. En français « Nourris la lumière » (Foster the light in english). Au début nous rions tant cet assemblage de mots paraît dénué de sens.Puis nous nous taisons pris par la force de conviction de la lectrice. Ca semble un hymne à la Nature.

Lucas Gillet aime le son des synthétiseurs style années 1980. Mauvaise influence. « Foster the light » chanté par Elise Caron, cela reste incompréhensible mais c’est émouvant. Joli roulis entre batterie et percussions. Malgré l’affreux son de synthé, Elise sait nous envoûter. La flûte traversière au son lointain, mystérieux plane au dessus de la masse compacte du groupe.

« La force du plomb vert qui pète la fleur » lu par Elise Caron. Encore un hymne à la Nature incompréhensible. Duo chant/flûte. Ca ne marche pas. Le jeu du flutiste est trop prévisible genre « du vent dans les branches de sassafras ».

Lucas Gillet passe à la guitare basse, Jean Gillet à la guitare sèche. Intro par des percussions métalliques tapotées du bout des doigts. Ce solo de percussions est gracieux comme des danseuses balinaises. C’est la chanson qui m’a donné envie de venir à ce concert. " And Death shall have no dominion ". J’en ai un frisson à la racine des cheveux. Cette chanson me fait excuser toutes les banalités qui l’ont précédé, elle est en harmonie avec la pluie, la nuit, Paris, la vie. Elle est comme une bulle de savon, légère, translucide, colorée, parfumée. Une chanson à vous rendre amoureux.

Lucas Gillet revient au piano.Elise nous explique la chanson : « C’est l’histoire d’un bossu qui dort dans un parc. Un très gros ». Duo piano/chant. La seule chose que je comprenne à ce Dylan Thomas c’est qu’il était fasciné par la nature. Basse et guitare les rejoignent. La musique balance doucement.

Elise lit « Et partout, partout, les mondes se soulèvent ». Une telle constance dans l’abscons et l’abstrus force le respect.

Claviers joyeux, percussions et basse rondes, guitare jouée à l’africaine nerveuse,vive, batterie qui marque bien le rythme et la voix d’Elise qui plane au dessus. Ca c’est bon ! Petite flûte ailée, joyeuse. Un peu de planant avec guitare et synthé. Facile… Ca sonne un peu calypso. Elise danse, chante avec une voix à la Grace Jones. L’instant d’après, elle revient à la blanche pureté anglaise.

Un autre texte incompréhensible. Je m’habitue à force. « Le mariage d’une vierge ». C’est joué en duo piano/voix avec un piano abusivement romantique.

Son mouillé de synthés. Lucas Gillet serait-il un fan de Wham ? Sur un air basique, Elise Caron chante superbement des paroles incompréhensibles. Bref, c’est magnifique. Le musicien le plus intéressant du groupe c’est le percussionniste même si le guitariste n’est pas mauvais.

« La pierre tombale disait le jour de sa mort ». Même quand c’est Elise Caron qui traduit, cela reste incompréhensible. Les mots ont dû être choisis pour leur sonorité pas pour leur sens. Ou bien l’auteur était fou ou il se moquait de ses lecteurs. De savants exégètes doivent se disputer sur le sujet. Duo piano/Rhodes très funky, fluide. La voix d’Elise glisse dessus. Le batteur n’utilise pas les balais mais il peut jouer sans taper, rarement d’ailleurs.

Phil « Reptil » arrive à la guitare à la place de Fernando Rodriguez. Il a le style du guitar hero, vêtu de noir, cheveux longs avec une queue de cheval, lunettes design sur le crâne. Il produit des bruits étranges en glissant doucement sur ses cordes. Il fait onduler sa guitare comme un serpent, méritant son surnom de « reptile ». Un peu frimeur mais très efficace. Menaçant et imprévisible La musique est plutôt planante avec une basse/batterie bien fixe alors que le reste ondule. Le Reptile tient la tension du bout de ses doigts. Quand il la relâche cela se sent. Pour finir, il vient gratter quelques notes tout en haut du manche. Etonnant.

RAPPEL

Lucas Gillet passe à la guitare basse. « And Death shall have no dominion ». Ma chanson préférée de l’album. Merci à Elise de la chanter à nouveau. A nouveau cette intro aux percus, métallique, chaude, vive, légère. Un bijou rare. Sur cette chanson, Elise est au delà du réel, dans un monde onirique et unique. Fin sur quelques notes magiques de percussions. La perfection est rare en ce monde. Cette chanson est juste et parfaite.

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Louis Armstrong, l'invention du Swing

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Mardi 6 octobre 2009. 19h30. Paris. Auditorium Saint Germain des Prés.

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

Louis Armstrong, l’invention du Swing.

Antoine Hervé
: piano
Médéric Collignon : cornet de poche, euphonium (saxhorn)
Véronique Wilmart : électro biglophone

Le photomontage d'Antoine Hervé et Médéric Collignon est l'oeuvre du Professionnel Juan Carlos Hernandez.

Les frères Moutin ne sont pas là ce soir. Antoine Hervé présente l’époque, la Jazz Era (les années 1920), en lisant un texte d’Alain Gerber.

« Struttin with some barbecue ». Duo piano/cornet. Ils jouent le Swing années 20, bien dans l’esprit. Médéric respecte sa partition, joue clair, brillant. Antoine Hervé en solo, dans le style d’Earl Hines. Médéric scatte sur le piano. Il fait aussi la walkin bass d’époque.

Antoine raconte l’enfance de Louis Armstrong, son séjour en maison de correction où il apprit la musique. « Sweet Sue, just You ». C’est un blues. Médéric joue de l’euphonium, le plus petit des tubas, dont le son est proche du bugle, chaud et velouté. Je connaissais ce morceau sous forme rapide et joyeuse. Ici, c’est un Blues lent. Pour comparer, écouter le duo Louis Armstrong/Earl Hines sur « Weather Bird ». Médéric chantonne l’air pendant qu’Antoine trille au piano. Tout en restant fidèle au thème, Médéric fait du Collignon.

« Je viens d’une ville où tout le monde rit, chante, danse et tape du pied » (Louis Armstrong). Cette ville, c’est la Nouvelle Orléans, modèle de démocratie musicale. En 1894, la ségrégation est adoptée par la mairie de la Nouvelle Orléans. Les Créoles, métis baignés de musique classique européenne doivent quitter le Downtown pour s’installer avec les Noirs Uptown. La rencontre de ces deux communautés donne naissance au Jazz.
« Do You know what it means to miss New Orlans ? ». Médéric a mis la sourdine. C’est dansant et nostalgique à la fois. Version brève et dense.

Avec sa voix, Médéric nous joue le trombone de Kid Ory ( Ory’s creole trombone) avec de grands effets de tailgate (la queue d’alligator c’est-à-dire la coulisse du trombone).

1923 : Louis Armstrong est à Chicago où il joue dans l’orchestre de King Oliver. « I found a new baby ». Morceau swing, joyeux au cornet de poche. Médéric joue de la batterie new orleans (basée sur des rythmes d’origine congolaise) en scattant. Il reviste le scat, inventé par Louis Armstrong improvisant sur les paroles d’Heepers Jeeppers. C’est un hommage, pas de la copie.

1924 : Louis Armstrong enregistre à New York avec l’orchestre de Fletcher Henderson, Bessie Smith (surnommée l’impératrice du Blues. Leur version de « Saint Louis Blues » est la plus belle jamais enregistrée), Sidney Bechet.

1925 : Louis Armstrong devient leader poussé par son épouse, Lil Harding, pianiste. Il revient à Chicago crée le Hot Five, le Hot Seven, devient chanteur.

« Savoy Blues ». Le Savoy, salle de danse (ball room) à qui Count Basie dédia « Stompin at the Savoy ». Le cornet est bouché, ça swingue sec et cool. Je ne cesse de battre la mesure du pied. C’est bon signe. Médéric nous explique qu’il chante parce que c’est un prolongement de son expression et que ça la repose du jeu de trompette. Sans la sourdine, le cornet sonne plus clair, plus aigre. Médéric nous joue l’orgue à chiens puis l’orgue à chats, aboyant puis miaulant en rythme.

Véronique Wilmart nous fait écouter quelques notes du solo introductif de Louis Armstrong sur un de ses chefs d’œuvre « West End Blues ». Antoine nous lit ensuite la critique très élogieuse de Gunther Schuller sur ce solo.

1928 : Earl Hines remplace Lil Hardin au piano. Seul le duo Charlie Parker/Dizzy Gillespie est aussi essentiel dans l’histoire du Jazz que celui de Louis Armstrong avec Earl Hines.

« Basin Street Blues » que Louis Armstrong aimait jouer et chanter avec son complice Jack Teagarden (trombone). Il décrit une rue de la Nouvelle Orléans. C’est un morceau particulièrement lazy comme on dit dans le Sud. Version fidèle tant dans le thème que dans l’esprit. Médéric scatte la batterie aux balais. Un seul regret : Médéric ne chante pas les paroles de la chanson. Ils s’amusent bien et nous régalent.

Médéric nous fait ensuite une démonstration du son à la Louis Armstrong. Très large, très puissant. Louis pouvait faire 3 concerts par jour. A 70 ans, en se plaçant à 3m du micro, il était encore capable de couvrir tout l’orchestre sur une note. Louis affranchit le soliste, invente le chorus, le swing. Il joue hot.

« Tin roof blues ». Blues avec un gros vibrato au cornet. C’est le growl. Médéric nous fait même du wah wah avec la main gauche sur le pavillon du cornet. Ils y sont les gars. Ils ont attrapé le virus du Blues et nous le transmettent. Médéric s’amuse à crier, à chanter le Blues des Ardennes.

« Pourquoi souriez vous toujours ? » demandait-on à Louis Armstrong.
« Parce que je suis payé pour ça » était sa réponse.

Antoine Hervé nous explique le trumpet piano style d’Earl Hines, ex trompettiste devenu pianiste, le meilleur accompagnateur de Louis Armstrong. Ils jouent « High Society », un morcau vif, joyeux, qui sent la fête. Le cornet pète le feu et le piano sautille. Solo de piano accompagné du scat qui alterne contrebasse et batterie.

Louis Armstrong était très attentif au public et avait le souci d’être entouré de musiciens plus faibles que lui pour paraître le meilleur. Il faut ajouter qu’il avait le plus gros manager et le plus contrat du show business aux Etats Unis mais qu’il ne choisissait pas ses accompagnateurs. Evidemment quand il quittait ses sidemen habituels pour enregistrer avec Duke Ellington (cf l’album Louis and Duke) ça sonne bien mieux.

« What a wonderful world » morceau qui permit à Louis Armstrong de trôner en tête du Bill Board (le hit parade aux USA) pendant plusieurs semaines en 1968, devant les Beatles. Antoine est au piano et Médéric improvise sur le thème avec la voix. Comme il peut beaucoup, parfois Médéric en fait trop alors qu’à d’autres moments il est simplement parfait.

Leçon de Jazz à l’image de Louis Armstrong : simple, ludique, touchante, vivante.
J’y ajouterai deux anecdotes qui n’y figuraient pas.
Louis Armstrong enregistra son dernier album en 1970 sous la direction de l’arrangeur Oliver Nelson. Il y joue et chante « The Creator has a master plan » de Pharoah Sanders, saxophoniste free jazz. Plus étonnant encore, dans le chœur qui chante derrière Louis figurent Ornette Coleman et Miles Davis venus lui rendre hommage.
Un jour, en Angleterre, un journaliste demanda à Louis Armstrong :
« Monsieur Armstrong, pouvez nous expliquer ce qu’est le Swing ? »
« Si tu le demandes, c’est que tu ne le sauras jamais, mec » répondit Louis en éclatant de rire.

Place maintenant à l’improvisation.

Véronique Wilmart s’installe derrière son électro biglophone, hommage au Biglotron de Pierre Dac. Si vous ne savez pas ce que c’est, sachez qu’il y a un ordinateur portable avec une pomme dessus. Mais il n’y a pas que ça. Pour en savoir plus, venez à la prochaine leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

La voix de Louis Armstrong parlant pour commencer, remixée. Piano et cornet commencent à improviser dessus. Le son du cornet est prolongé par l’électronique. Phrases brèves, répétitives de piano. Médéric fait aussi des percussions avec son cornet à pistons. Après un petit scat, Médéric passe à l’euphonium. Furtive citation de Caravan au piano. Une boucle rythmique avec des sons aquatiques et la voix de Louis passe dans l’air. Un haut parleur tombe sur la scène. Ce bruit là n’était pas prévu. Médéric scatte doucement.

Ca se termine vivement et joyeusement comme toute cette leçon de Jazz consacrée à Louis Armstrong.
Tout autre univers pour la prochaine leçon de Jazz : Weather Report, groupe phare du Jazz fusion des années 1970. Même heure, même endroit le mardi 10 novembre 2009.


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Ohad Talmor en trio intergénérationnel

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Ohad Talmor Trio. Paris. Le Sunside . Mercredi 30 septembre 2009.21h.

Ohad Talmor
: saxophone ténor
Steve Swallow : guitare basse électrique
Adam Nussbaum : batterie

La photographie d'Ohad Talmor est l'oeuvre du Surpuissant Juan Carlos Hernandez.

Steve Swallow tapote et étouffe ses cordes. Caresses des balais. Sax ténor au son chaud, viril. Jeu économe, qui respire. Ca change des débordements post coltraniens. C’est élégant, pointilliste comme un paysage de Sisley. La salle est à moitié vide. Malheur aux absents. Solo de Steve Swallow. Ses cordes tintent comme une guitare avec la profondeur de la basse par en dessous. Musique enjoleuse, charmeuse mais pas mielleuse. Elle tient chaud comme une écharpe légère autour du cou. Pas étonnant qu’Ohad joue avec Lee Konitz. Comme lui, il fait chanter son saxophone comme un oiseau. Peu d’appuis, peu d’attaque, un fluide léger et apaisant vole dans l’air.

Enchaînement direct sur un duo batterie/sax plus énergique mais toujours avec retenue. Les tambours chantent et lui aussi. Steve Swallow vient s’intercaler entre les deux, tranquille et efficace. Ca joue, nom de Zeus ! Fin claire et nette.

Solo de basse pour commencer. Léger et sautillant. Adam Nussbaum joue des claquettes sur ses tambours avec les balais. Le chant joyeux du saxophone les rejoint. Le batteur est passé aux baguettes. Faut que ça brille et que ça scintille. Beau duel sax/batterie. Ils se rendent coup pour coup, en gentlement corrects mais virils. Fin en un éclair

C’étaient « Days of old » (Nussbaum), « Here comes everybody » (Swallow), « Playing in Traffic » (Nussbaum).

A suivre « Quiet inside » (Tahor) puis « Thingin » de Lee Konitz revisité par Tahor, sahcnat que « Thingin » est basé sur un standard « All the things you are ». A écouter « Thingin " titre album de Lee Konitz enregistré en concert en Suisse (album publié par le label helvétique Hat Hut).

Comme son titre le laissait supposer « Quiet inside » est une ballade. Le batteur est aux baguettes. La musique serpente, se love au soleil, paresseuse et colorée comme un lézard. Adam Nussbaum est passé aux balais. Steve Swallow se promène sur le thème. Adma le fait monter en neige et Ohad écoute les deux vieux Maîtres ponctuant avec des notes volant comme des papillons. Ils glissent sur le parquet ciré d’un palais.

Le « Thingin » est plus viril, plus dynamique que la version de Lee Konitz. La balle circule bien entre les trois joueurs. Elle ne retombe jamais. Adma Nuusbaum envoie sec, précis, fort mais jamais assourdissant. Steve Swallow lit-il partition ou joue t-il penché pour mieux se concentrer ?

Un standard du bebop joué de façon assez free. Ca envoie. C’est énergique mais toujours sous contrôle. Dialogue subtilissime entre la basse qui chante, la batterie qui cliquète, vibre, ponctué de quelques volutes de sax ténor.

« Ohad Talmor. Remember that name » nous dit Steve Swallow. Pour finir le set « Up too late » de Swallow. Personne ne fait chanter une basse comme Steve Swallow. Il démarre en solo. La batterie relance, bien funky sur les cymbales. Debout trop tard peut-être, en forme sûrement. A l’écouter, il est évident qu’Ohad Talmor est le nouveau Wayne Marsh de Lee Konitz. Les papys déménagent sévère et le petit jeune ne s’en laisse pas conter. Solo de batterie mirobolant ponctué de relances de basse. Fin tout en relâchement.

PAUSE

Démarrage tout en douceur par un solo de basse. Les balais massent les tambours. Son de velours du saxophone. Adam passe des baguettes pour chauffer aux balais pour apaiser. Le son de la basse est rond et souple.

Morceau plus agité commencé à l’unisson. Ca interagit entre les roulements de tambours, le hachis des cymbales, le grondement de la basse et les interjections du saxophone. C’était « Carolina Moon » joué par Thelonious Monk, réarrangé par Steve Swallow.

« Accordeon » (Talmor). C’est une sorte de menuet. Steve Swallow, tranquille, pose les fondations que batteur et saxophone s’amusent à démolir. Chacun est bien dans son jeu. C’est vraimentr un grand trio. Peu de gens pour l’apprécier mais ils l’apprécient vraiment.

Le jeu se calme avec un démarrage tout en douceur, métronomique à la basse. Les cymbales vibrent, le sax se fait liquide, vaporeux. Adam tapote ses tambours de ses mains. La musique devient lunaire, stellaire, pure, aérienne. Elle irait bien dans un film de Tim Burton. Je visualise Johny Depp errant dans un cimetière sous la lune au son de cette musique. Steve Swallow fait chanter sa basse, les maillets font gronder doucement les tambours et le sax joue lazy. Bien belle berceuse. C’était « Warmer in heaven » en hommage à un saxophoniste décédé récemment (je n’ai pas capté son nom).

Le blues « Accordeon » était joué pour la première fois en concert ce soir. Steve Swallow nous invite à les suivre dans la tournée européenne pour écouter les morceaux s’améliorer ou non.

« Ups and downs » (Swallow). C’est une musique qui nous mène vers le haut même s’il lui arrive de descendre dans le grave, le sombre. Breaks de batterie très énervés, ponctués par des notes de basse posées, calmes. Une dernière claque du batteur pour la fin.

Steve Swallow et Adam Nussbaum font rouler le bon temps. Le sax ténor, solide et tranquille, s’y superpose. Ils nous propulsent avec douceur et vigueur.

Enchaînement sur un morceau rapide, funky. Basse et batterie grondent, le sax est toujours la force tranquille dans ce chaos. Le batteur s’énerve, soutenu par la basse. Retour au calme d’un souffle du sax. Ils ne lâchent pas l’affaire. Steve Swallow fait gronder, vibrer la basse mais il ne slappe jamais. A croire que sa religion le lui interdit ! Il tend à faire sonner la guitare basse plus comme une guitare que comme une basse. Curieux pour un ancien contrebassiste. Adam Nussbaum alterne le déchaînement en solitaire et un accompagnement énergique au millimètre.

Concert d’un trio magnifique et démocratique. Ohad Talmor en est le jeune leader mais il respecte ses aînés et leur laisse toute la place nécessaire. A suivre attentivement.

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