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Christophe Marguet et associés en concert

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Christophe Marguet Quartet

Paris. Le Sunside. Samedi 28 novembre 2009. 21h


La photographie de Christophe Marguet est l'oeuvre du Voyant Juan Carlos Hernandez.


Christophe Marguet
: batterie
Mauro Gargano : contrebasse
Bruno Angelini : piano
Jean Charles Richard : saxophones baryton et soprano, flûte

Sax baryton. Son coltranien au baryton. Batterie aux maillets, contrebasse à l’archet. Le contrebassiste a lâché son archet, le batteur a pris ses balais. La musique coule lentement comme un fleuve vers la Mer. Baguette main droite, balai main gauche. Jolie alliance de sons. Rythmique très soudée derrière le sax. Bruno fait cascader, triller le piano. Ca monte. Baguettes. Le sax s’envole alors que le piano continue de fuser.

Sax soprano. C’est plus heurté, plus sec. La rythmique s’énerve. Bruno fait le grand écart entre le grave et l’aigu. Duo batterie/sax. Ce n’est pas breton mais ça déménage.Le bassiste ajoute une pulsation lourde, menaçante. La bataille fait rage. Tout se calme pour le solo de contrebasse accompagné par les balais. Les notes rebondissent graves et souples. Le quartet repart avec les baguettes. Le sax pousse le thème dans ses retranchements.

Sax baryton. Morceau assez planant. L’archet gratte les cordes de la contrebasse. Piano et sax distillent le thème alors que les balais marquent un tempo léger, subtil et omniprésent. Après un interlude, le thème au swing étrange reprend. C’est léger et indélébile. Bruno avait des accords à la Chick Corea.

Le batteur leader a décidé de nous réveiller brutalement. Solo énergique aux baguettes. Les tambours vibrent dans le ventre, les cymbales dans les oreilles. Nettoyage à sec ! La contrebasse puis le piano entrent dans la danse. La musique nous prend comme une vague et nous emporte. Il n’y a qu’à se laisser aller. Aucun risque de se noyer. Sax soprano aigu au dessus de la masse grave et puissante de la rythmique. Ce groupe est soudé comme un pack de rugby. En un geste, le volume sonore baisse mais la tension ne se relâche pas.

Duo piano/sax baryton. Une ballade. Rythmique avec les balais. Le sax s’envole, jouant dans le registre haut de l’instrument. La rythmique est solide, soudée, créative. Le piano sonne clair et frais.

Un autre morceau sec et énergique. Baguettes. Sax soprano. Très belle musique pour une séance de retrouvailles entre amoureux dans un film. Par exemple sur le Pont des Arts à Paris. Puis ça s’énerve, la rythmique stimulant le sax. Retour au thème en piano solo. La contrebasse ponctue légère, souple. C’est beau à m’en mettre les larmes aux yeux. Pourquoi certaines musiques touchent elles plus que d’autres ? Il paraît qu’il y a des trucs pour ça. Le quartet repart. Dieux que c’est beau !

PAUSE

Sax baryton. Le groupe repart en bloc. La pause ne les a pas dessoudés. Bruno crée une ambiance brumeuse, mystérieuse au piano, trouée par des éclairs de batterie, des fractures de contrebasse. Montée en puissance du groupe. Ils envoient.

Sax soprano. Piano et contrebasse se répondent dans un dialogue de haute tenue. C’est une ballade. Les mains de Christophe tapotent les tambours. Bruno creuse le piano dans les graves. Il monte en puissance dans l’aigu et Christophe passe aux balais. Le soprano crisse, vrille, crie alors que la rythmique punche sans relâche. Christophe joue vite et fort aux balais. Pas facile. Il fait tinter des clochettes main gauche alors qu’il tient un balai main droite. La contrebasse vibre sous l’archet. Puis ça repart tout en douceur.

Sax soprano. Il y a toujours un temps d’attente entre chaque morceau comme s’ils savaient ni quoi ni comment jouer. Et puis ça part d’un coup à fond les manettes. Duo batterie/sax nerveux, sec. La rythmique se lance avec le pianiste aux commandes. Solo de piano où le piano crache tout crache tout ce qu'il a dans le ventre tant Bruno le travaille au corps. Gros son de contrebasse en solo au milieu du piano et de la batterie aux baguettes. Solo de batterie aux baguettes énergique, viril, basé sur les tambours. Ca vibre dans le ventre. Puis le groupe reprend sa sarabande.

Mauro Gargano travaille au corps sa contrebasse. Bruno distille le piano. Un souffle de magie parcourt la salle. Même les bavards accoudés au bar la mettent en veilleuse. Solo de piano coloré comme un champ de blé sous le vent. Les balais enchaînent sur la batterie. Le quartet reprend (balais puis baguettes). La musique monte la pente sans effort.

Jean Charles Richard prend une flûte traversière en bois. Maillet de la main gauche, clochettes de la main gauche. Le petit pâtre mongol chevauche dans la steppe poursuivi par les tambours de guerre chinois. Les deux maillets tambourinent alors que la flûte du pâtre mongol chante.La contrebasse vient ajouter de la tension. Sax soprano. La rythmique repart. Le sax soprano chante à son tour, aigre, acide. Avec sa petite taille, son costume, son crâne dégarni, Jean Charles Richard a l’air d’un comptable. Dès qu’il souffle dans un saxophone, c’est un Démon possédé par la Musique. Il remplace Sébastien Texier. Après 3 concerts, il est déjà parfaitement intégré à la mêlée de Christophe Marguet. Ce n'est pas là le moindre de ses mérites. Ca finit dans un souffle. Un silence admiratif puis on applaudit.

Le marchand de sable est passé. Je rentre me coucher enchanté par cette musique résistante et poétique.

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Les arabesques de Bex à l'Alhambra

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Emmanuel Bex « Open Gate »

Paris. L’Alhambra. Vendredi 27 novembre 2009. 20h.


La photographie d'Emmanuel Bex est l'oeuvre du Visionnaire Juan Carlos Hernandez.

Emmanuel Bex
: orgue Hammond
Francesco Bearzatti : saxophone ténor, clarinette
Simon Goubert : batterie
 « Omnia Vox »: choeur

Le balcon est rempli par des invités de BNP Paribas, mécène du groupe. Si investir dans le Jazz est déductible de l'impôt sur les sociétés, de nombreuses entreprises devraient le financer. N'est ce pas?

Début du concert à 20h05. Je n’ai jamais vu une telle exactitude chez des jazzmen depuis Miles Davis à Saint Brieuc le vendredi 26 octobre 1990. Simon Goubert échauffe ses baguettes sur un tambour. Ca virevolte. « Fly like a butterfly, sting like a bee » comme disait Mohamed Ali (le boxeur, pas le batteur). Simon ajoute la pédale sur la grosse caisse et le trio démarre. Bex règle le débat d’un geste de la main. Ca s’arrête et ça repart. Francesco est au sax ténor. Bex donne la sensation de bloquer puis de relâcher le son. Tous les trois sont chauds dès le premier morceau. Francesco feule comme un tigre. Sous les mains d’Emmanuel Bex, l’orgue devient spécial et spatial. Simon cliquète derrière. Fin vive comme l’éclair. C’était « It’s open », titre logique pour ouvrir un concert. Dans les films les portes s’ouvrent mais ne se referment pas observe Bex. Bien vu Emmanuel.

« Nice to Blues ». Après un démarrage calme, les balais alternent entre puissance et douceur. En solo, Bex chantonne. Cet homme est fou de ce qu’il joue. Simon semble frotter des graviers sur son tambour. Ca crisse et c’est bon. En faisant la queue devant l’Alhambra, j’ai entendu une vieille dame dire qu’elle avait connu Emmanuel Bex à 12-13 ans à Caen. Il a bien grandi depuis ce petit Normand. Francesco danse avec sa clarinette avant d’en jouer. Il chante sa joie comme un oiseau au printemps.

Enchaînement direct sur un autre morceau. Le public est froid et, surtout, ne sait pas quand applaudir. Francesco a repris le saxophone et attaque. Le duo batterie/sax ténor est très free, difficile d’accès pour les néophytes du balcon. Ca balance vite et fort. Bex ajoute le grondement de l’orgue aux grognements du sax et aux explosions de la batterie. Ils s’amusent bien mais c’est dur pour le public. Après tout, ils jouent leur jeu. Aux spectateurs de suivre ou non. Solo de batterie viril mais correct. Simon travaille au corps ses tambours. Bex repart à toute berzingue, toujours spatial. Francesco fait la sirène d’alarme avec son anche. Fin brusque.

Bex prend son micro, son Vocoder et ses lunettes noires pour nous impressionner. Il joue tout en douceur et vocalise. C’est planant et ça crépite en douceur. Simon prend les maillets pour caresser cymbales et tambours. Le sax ténor se glisse dedans, tout en douceur, chaud et viril. Il prolonge les notes comme un violoncelle. Simon balaie le gravier avec ses balais. Bex joue comme un brodeur de fils d’or sur un tapis d’Orient, fin et brillant. Simon creuse et tapote avec les maillets. Francesco plane au ténor. C’était « Que ne suis je ? » inspiré d'un poème de Fernando Pessoa.

« E pericoloso sporgersi ». Francesco a expliqué à Bex comment le dire correctement en italien. Emmanuel Bex remercie BNP Paribas et les invités de la banque d’être là. Il fait le métier. Il a enlevé ses lunettes noires et Francesco a pris sa clarinette. Morceau ludique, haché. La belle demoiselle extrême orientale qui était assise au bout de ma rangée est partie énervée à la fin du morceau précédent. Elle n’est pas entrée dans la musique. Tant pis pour elle. Les trois garnements s’amusent bien sur scène. Un chœur viendra pour la deuxième partie chanter un « Libera me » et un « Sanctus » parties d’un Requiem qu’Emmanuel Bex est en train de composer.

PAUSE

Un chœur monte sur scène : 4 femmes, 4 hommes. 2 altos, 2 sopranos pour les chanteuses; 2 ténors , 2 basses pour les chanteurs.

Ils commencent par le « Libera me ». Ce sont effectivement les paroles d’un Requiem en latin mais sur une musique Jazz, plutôt swing. Ca dépote. C’est moins rigolo que les Rigolettes de Rigolus, la fanfare qui sent bon l’anis. Normal, c’est un Requiem. Ca sonne bien mais c’est trop swinguant pour un requiem à mon avis. Avis que je partage avec une spectatrice invitée par France Musiques que j’ai rencontré au concert. Passage orgue, batterie, chœur. Puis ça repart avec le sax. Des choristes d’un requiem qui dansent, c’est bizarre et amusant. Il faudrait écouter cela dans une église avec un orgue liturgique pour en juger pleinement. Par exemple dans celle de Breteville sur Odon en Normandie là où Emmanuel Bex a enregistré mon morceau préféré de son dernier album « Slang in a church ».

Démarrage à l’orgue tout en douceur. Simon gratte une cymbale. Le « Sanctus »commence. L’orgue sonne liturgique, lent, majestueux. Le choeur chante seul le Sanctus. L’ambiance devient ecclésiale. Le batteur sonne la charge, l’orgue repart, le sax aussi alors que le chœur chante Hosanna. Le chant joyeux de l’Hosanna fusionne bien avec le Jazz du trio.

Emmanuel Bex nous explique joliment son requiem: « La disparition, ça appartient à tous, catholiques ou non et le latin, je trouve ça rigolo ». Le chœur Vox Mania s’en va. Le trio joue une Suite. Ca commence en ballade orgue/clarinette. Le batteur entre dans la danse et Francesco prend son saxophone ténor. Petit break de baguettes sur la cymbale hi hat. Puis le trio repart. Passage bien barré mais toujours sous contrôle. Solo de batterie qui nettoie la poussière sur les tambours.

Bex entame seul une ballade. Simon s’est levé, se promène sur la scène et joue avec le mur, le sol. Francesco se fait de velours, serpentin avec l’orgue. Solo total de sax ténor qui brille dans l’obscurité. Le souffle est haché, sussuré, enveloppé. Simon reprend son exploration sonore de la scène. Ca plane. Tout s’efface dans un souffle conjoint à 3.

« Inverse ». Morceau énergique, assez funky. Francesco reste au sax ténor. Bien peu de clarinette ce soir. Orgue et batterie crachent le feu. Francesco ne s’en laisse pas conter. Le morceau est dansable à condition d’avoir un bon sens du rythme.

RAPPEL

Simon lance avec les balais un rythme vif, énergique. Swing léger, chaud. La batterie ronronne. Bex fait des bruitages cosmi comiques. Francesco se ballade au sax ténor. Séance vive, hachée à 3. La balle circule bien dans ce groupe.

Pour finir, les choristes remontent sur scène pour saluer avec les musiciens. Tous nous saluent et nous envoient des baisers.

Salut à l'image de cette soirée, pleine de vie et de fantaisie. Laissons les portes ouvertes à " Open Gate "

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Matthieu Marthouret Organ Quartet " Playground "

Publié le par Guillaume Lagrée

« Play ground ». Must Record.

Matthieu Marthouret Organ Quartet


La photographie de Matthieu Marthouret est l'oeuvre du Hot Juan Carlos Hernandez. Juan Carlos est aussi l'auteur de la photographie de Matthieu qui orne le verso de la pochette de cet album.


Matthieu Marthouret
: orgue Hammond et compositions
David Prez : saxophone ténor
Sandro Zarafa : guitare
Manu Franchi : batterie

Il y en a des, des pisse freins, des grincheux qui prétendent qu’on ne peut pas faire danser, chavirer les filles avec le Jazz actuel. Des ignares ! Qu’ils mettent Matthieu Marthouret et son Organ Quartet en fond sonore dans leur salon. C’est chaud, souple, dansant mais ce n'est pas de la copie du Boogaloo de chez Blue Note style années 1960.

Ce ne sont que des compositions personnelles et elles sont bien écrites. Il y a même une suite sur quatre morceaux. Il y aussi une influence de la Pop Music mais de la bonne genre Trafic.

Si vous n’arrivez pas à la faire danser sur le morceau n°2, changez de partenaire, Messieurs, votre charme ne marche pas sur elle !

L’esprit de la danse plane sur tout cet album. Il est vrai que ce n’est pas si fréquent dans le Jazz actuel. Ne boudons pas notre plaisir. Allons jouer sur le terrain (Playground) de Matthieu Marthouret et de son Organ Quartet. Et emmenons demoiselles et dames swinguer à ses concerts!

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Emmanuel Bex " Open Gate "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Emmanuel Bex « Open Gate ». Plus Loin Music

Emmanuel Bex : orgue Hammond B3, orgue d’église
Francesco Bearzatti : saxophone ténor, clarinette
Simon Goubert : batterie




La photographie d'Emmanuel Bex est l'oeuvre du Misterioso Juan Carlos Hernandez.


Emmanuel Bex renouvelle son trio organique en remplaçant Glenn Ferris (trombone) par Francesco Bearzatti. J’ai déjà apprécié Francesco Bearzatti aux côtés de Thierry Péala (chant) et Bruno Angelini (piano). Ici, il cherche sa place, avec fougue et maestria, entre deux complices de longue date, Emmanuel Bex et Simon Goubert.

Le morceau le plus original, le plus stimulant de l’album est d’ailleurs le duo Bex/Goubert enregistré dans l’église de Bretteville sur Odon, département du Calvados, région Basse Normandie.

Emmanuel Bex est Normand, fils d’un professeur de piano au conservatoire de Caen. Cet argot dans l’église (« Slang in a church ») est un pur bijou d’1’51 qui à lui seul justifie l’écoute et l’achat de l’album. Peut être est-ce en raison du lieu (une église), de l’instrument (un orgue liturgique) mais, sur ce morceau, Emmanuel Bex est touché par la Grâce.

Prions pour qu’il enregistre d’autres morceaux de ce genre !

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Pierre de Bethmann " Cubique "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

« Cubique ». Plus Loin Music.

Pierre de Bethmann Septet

Pierre de Bethmann : Fender Rhodes
Jeanne Added : chant
Stéphane Guillaume : saxophone alto
David El Malek : saxophone ténor
Michael Felberbaum : guitare électrique
Vincent Artaud : contrebasse
Franck Agulhon : batterie

La voix de Jeanne Added plane sur une musique construite, équilibrée. C’est elle qui apporte un supplément d’âme. Surtout sur un morceau mystérieux (n°4). L’ensemble est très cohérent mais manque de folie. Comme s’ils n’osaient pas se lâcher.

 J’ai déjà entendu Michael Felberbaum bien plus déjanté en concert. De Bethmann sait faire fumer le Fender Rhodes mais j’ai déjà entendu plus chaud, plus fou (par exemple avec Antoine Tharreau).
 
Ca peut même groover méchamment comme le dernier morceau qui donne l’envoi final.
C’est irréprochable mais, sans Jeanne Added, la cuisine manquerait de saveur.

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Nelson Veras " Solo Session" Vol.1

Publié le par Guillaume Lagrée

 
Nelson Veras. « Solo session ».  Vol.1.


Bee Jazz Records, 2009.

Nelson Veras : guitare acoustique

Nous connaissons tous un voisin, un ami, un parent qui joue de la guitare sèche et qui en joue mal. Pour vous réconcilier avec cet instrument, voire faire sentir au débutant toute l'étendue de son ignorance, il faut écouter Nelson Veras en solo.

Nelson est Brésilien. Il vit en France, à Paris. Sa modestie naturelle dût-elle en souffrir, il est un des plus grands guitaristes au monde. Il est aisé d’aller l'écouter, pour un prix modique, en concert au 9 Jazz Club où il passe régulièrement.

Sur ce premier album solo, Nelson nous convie à une révision de nos classiques. Des standards des Etats Unis d’Amérique et du Brésil. Evidemment, Nelson joue très bien le Jazz mais quand il joue brésilien, il est chez lui. The right man in the right place at the right time comme disent les Américains.

Sa version de " Lilia " de Milton Nascimento mérite d’être écoutée, réécoutée, décortiquée, analysée, méditée, savourée. Il y a d’autres moments forts dans cet album. « Triste » de Jobim et « My favorite things » dont John Coltrane fit un cheval de bataille pendant toutes ses années 60. Cependant, c’est pour cette « Lilia » que Nelson joue aussi en concert (je l’ai entendu au Neuf) qu’il mérite toute notre gratitude.

Si  le soleil noir de la mélancolie ne vous fait pas peur, si vous avez autant horreur des maladroits que des démonstratifs, écoutez Nelson Veras, charmeur de guitares.

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Sébastien Llado and Co live in Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Sébastien Llado and Co live in Paris

Paris. Le Sunside. Vendredi 20 novembre 2009. 21h.

Sébastien Llado : trombone, conques
Leila Olivesi : piano, Fender Rhodes, Mac portable, clavier
Bruno Schorp : contrebasse
Julie Saury : batterie

Ce soir le concert est enregistré pour un album. Le public est nombreux, jeune, prêt à s’enthousiasmer. Leila Olivesi est enceinte et elle rayonne, belle comme une Reine.

Pour commencer un hommage à Michael Jackson avec « Billie Jean ». En quartette acoustique avec trombone. Ca swingue. Ils jouent vraiment le thème. Bel hommage au King of Pop par un jeune caïd du Jazz. L’impro à partir du thème est purement Jazz. La contrebasse garde bien le groove. La batteuse distribue les pains comme le Christ aux Noces de Cana. Le bébé de Leila est bien bercé par un joli solo de piano. Retour au thème.

Leila pose la main gauche sur le piano, la main droite sur le Fender. Une ballade « Le miroir aux alouettes ». Ca sonne comme du Henri Texier, romanesque et swinguant. Sébastien empoigne une petite conque et parle en langue à travers. Leila s’est remise au piano. La romance file allègrement. Après le solo de contrebasse bien impulsé par Bruno, retour au trombone chaud et grave.

Retour au Swing. Tac, tac, ils attaquent. Retour au bebop en fait. Le contrebasse se dédouble reflétée par le miroir formé par le couvercle du piano. Solo de Leila dont la grossesse semble avoir accru l’énergie et la créativité au coefficients déjà forts élevés au départ. C’était « Ladies first » en hommage aux dames du groupe.

« Trans Trans » de Wolfgang Dauner, pianiste et compositeur allemand. Leila entame au Fender. Elle bat la mesure du pied, elle chantonne aussi. Bref, elle est dedans. Ca swingue avec classe. La contrebasse ajoute sa pulsation. La batteuse arrive et ça groove de plus en plus. Le trombone entre dans la danse. Duo contrebasse/batterie avec les mains sur les tambours. La rythmique repart légère et puissante, aux baguettes. Sébastien vient glisser son trombone par dessus, glissant sur des vagues de douceur.

« Valse Musée ». Duo piano/trombone. Ballade veloutée, brumeuse, laiteuse. Sébastien a mis la sourdine au trombone. Le piano est clair alors que le trombone semble sortir d’une grotte sous marine.

« Attentat suicide rue des Lombards ». Sébastien Llado a cauchemardé en octobre 2001 sur des avions s’écrasant dans la rue des Lombards. Vu l’étroitesse de la rue, je puis assurer que c’est impossible. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, la rue des Lombards est la rue du Jazz à Paris puisqu’elle contient 4 clubs sur le même côté de la rue : le Sunset/Sunside au n°60, le Baiser Salé au n° 58, le Duc des Lombards au n°42. Leila Olivesi lance une alarme d’avion. « Alertez les bébés ! » (Jacques Higelin). Leila joue du piano et d’un clavier jouet en même temps. Le trombone déploie ses ailes de géant. Ca s’énerve. Basse et batterie pulsent, le trombone gronde. Le piano apaise le tout. Leila fait rouler ses doigts de Reine sur le clavier.

PAUSE

« L’aube des girafes ». Sébastien présente sa mère dans la salle. « Bravo Madame! », « Bien joué !» dit le public. Leila sort des petits sons métalliques de son jouet. La rythmique groove. Le public semble composé d’amis et de parents de Sébastien Llado. Le trombone s’étire paresseusement, voluptueusement. Leila reprend au piano, y ajoute son bruitage de film kung fu. Sébastien plane par dessus. Solo de batterie aux baguettes. Julie Saury mitraille sec et précis. Jolie transition au piano avant le retour du thème, au jouet et au trombone.

Sébastien prend une petite conque en solo. Il la fait cracher, grogner, slammer. Il la passe en boucle grâce à l’électronique, joue d’une deuxième conque qu’il fait chanter par dessus. Il percute la conque de la main, souffle dedans. C’est étrange et ludique. « Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés… » La voix de BB me revient en tête car c’est « La Madrague » qu’il joue. Accompagnement purement Jazz (piano/contrebasse/batterie) derrière les fantaisies de Sébastien à la conque. En pleine nuit de novembre à Paris surgit le soleil de la fin d’été sur la Mer Méditerranée. Merci Sébastien.

« Elan vers la lune ». Pour les mélomanes raffinés, sachez que la première partie comprend un thème exposé au trombone, la deuxième comprend un deuxième thème exposé au piano, la troisème partie réunit les deux thèmes joués ensemble. Explications données par le compositeur lui même, Sébastien Llado. Ballade rêveuse, amoureuse, langoureuse. Transition avec des roulements de maillets sur les tambours. Ces tambours là ne sont pas inquiétants comme « Les tambours de la pluie » d’Ismail Kadaré. Julie passe aux baguettes sur les cymbales. La rythmique enchaîne. Leila passe de son jouet sur le piano au piano. Ca déroule. Effectivement les deux thèmes se retrouvent dans la troisième partie.

Solo de contrebasse grave, calme, propulsif. Sébastien joue le blues au trombone wah wah. C’est ellingtonien en diable. Il se prend pour  Joe " Tricky Sam " Nanton. Bonne école. Ca grogne, ça ronronne. Très belle musique de polar. Sam Spade recherche la fille du colonel Parker dans l’obscure clarté de la nuit de LA… C’était « In a mean time » un Blues à deux accords.

« Dernière danse ». Le compositeur avertit les mélomanes avertis. Le thème est en 3 temps puis en 5 temps avec un contre-sujet. Evocation du type qui danse seul sur la piste à 3h du matin. Frank Zappa a écrit « Dancing Fool » sur cette même idée. La rythmique virevolte légèrement, gracieusement. Après un très beau solo de piano, le silence reste lorsque le trombone entre dans la danse. Avec le retour de la rythmique, les spectateurs se lâchent et applaudissent. Ca envoie. Le trombone pète de joie bien poussé par la rythmique.

Leila s’installe au Fender Rhodes pour une ballade funky. Tchic poum fait la batterie. La contrebasse marque le tempo. La berceuse marche. Je m’endors. Montée en puissance du groupe. Ils élèvent nos cœurs et nos âmes. Solo total de trombone qui amène le bouquet final du groupe.

Sur cette berceuse, j’ai senti que le marchand de sable était passé. Bien que je n’eusse pas école le lendemain, je suis rentré me coucher enchanté. Il ne me reste plus qu’à attendre la sortie de l’album pour revivre les belles sensations et émotions procurées par le quartet de Sébastien Llado.

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Françoise Toullec et la Banquise au Triton

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Françoise Toullec et « La Banquise ».

Le Triton. Les Lilas. Jeudi 19 novembre 2009. 21h.

Françoise Toullec : piano, composition
Claudia Solal : voix
Antoine Arlot : saxophone alto, électro acoustique
Louis Michel Marion : contrebasse
Michel Deltruc : batterie

Concert de lancement du nouvel album « El(le) » de Françoise Toullec et La Banquise. Le groupe est composé de deux elles et de trois ils, d’îles et d’ailes comme disait Claude Nougaro.

Ils s’amusent dans l’étrange, le beau bizarre. Claudia souffle, grogne en correspondance avec le groupe. Tout le monde s’amuse à respirer très fort. Musique faite de passages, de saccades, de borborygmes. C’est extrêmement travaillé pour donner une sensation de liberté, de respiration. Le groupe prend toute la largeur de la scène, Claudia Solal à un bout, Antoine Arlot à un autre. Musique faite de collages, de bruitages, surréalistissime. Très joli travail aux balais du batteur. On ne sait pas quand le morceau finit. Le temps de réaliser et on applaudit.

Les abeilles vrombissent. Voix plus archet de la contrebasse auxquels répond le vent du sax alto. La tension monte comme une nuée d’orage.. Normal que les insectes s’agitent avec la pression qui monte. Françoise Toullec maryrise les cordes de son piano avec une corde. Musique des sphères, à écouter seul dans la nuit d’hiver pour bien avoir peur… Un avion passe. C’est la contrebasse à l’archet.

Ca bruisse entre le batteur et l’électroacousticien. C’est une musique de film imaginaire. Un atelier d’artisanat musical aussi : découpage, vibrations, explosion. Un son cristallin de piano vient s’ajouter au tintement des cymbales. Claudia chante comme une chimère fatiguée (voir le balcon aux chimères à Paris en face du métro Saint Paul le Marais). Puis la chimère revit, déploie ses ailes et plane. La contrebasse en dérapage contrôlé échange avec l’installation électro acoustique. Un déluge sonore et métallique s’abat sur nous mais sans violence. . Ca s’éteint doucement, ludiquement entre machine et batterie.

Tiens un port de mer ! Bruits de moteur dans la soute, grincement de l’ancre qui remonte, clapotis des flots. J'ouis le cri de Claudia qui semble signaler un homme à la Mer. Le bateau continue sa manoeuvre de sortie du port alors que l’homme, ou la femme, se noie. Echange de plaintes et de grognements entre le piano et l’électro. Le batteur sonne les cloches alors que le bassiste sonne la pendule avec l’archet. Puis ça part dans tous les sens, tous ensemble. Solo de batterie souple, varié, léger, aux baguettes sur les tambours. De la haute cuisine.

Claudia chante en bégayant pour commencer. Puis elle chante en étirant sa voix alors que la musique s’allonge elle aussi. « L’imbecillité, la lente intelligence de l’herbe. Rien ». Encore un poète ésotérique et rac. Batteur et électroacousticien bidouillent sur leurs machines respectives. J’entends les cloches des vaches dans les prés entre autres facéties sonores. Ils jouent et chantent tout doucement un tremblement de terre. Effet de contraste. Tiens le Swing arrive au piano. Il suffit de l’inviter pour qu’il se présente. « Il entendit un autre son de cloche », celui de la batterie. Swing grave pétri par le contrebassiste. Claudia chante le poème sur un swing fougueux et spatial. Ca réveille. Le morceau se termine par un rire sardonique de Claudia.

Claudia fait des bruits de rongeur, le contrebassiste brosse ses cordes tout comme la pianiste. Une sorte de berceuse mystérieuse.

C’est le magasin de bruits en tout genre. Comme une droguerie musicale. Beau dialogue contrebasse à l’archet/batterie aux balais. S’ensuit un autre duo tout en douceur piano/sax alto digne de Jimmy Giuffre et Paul Bley. Echange de bruits entre Claudia et le batteur qui grogne dans un mégaphone. Piano et contrebasse calment le jeu alors que le sax alto le reprend., voletant, claquant de la langue et des dents.

Une sorte de ballade étrange. Batteur aux balais. Le piano gronde, l’archet tapote la contrebasse, sax alto et voix se répondent dans une boucle sonore.

Une berceuse magique. Avec des cauchemars car ça grince et ça gronde. Ca repart avec le Swing, invité disparu puis revenu.. Claudia chante en spirale. Swing solide : piano/contrebasse/batterie aux balais. Son grave et chaud du sax alto. Claudia chante en anglais avec l’accent anglais « Uccelli, uccelacci » (Oiseaux, petits oiseaux) avec la contrebasse à l’archet. Elle fa it ensuite des cris de drôle d’oiseau alors que l’archet gronde sur l’instrument. Duel sanglant entre piano et sax alto dans l’aigu. Tout le groupe reprend avec un son ouaté, feutré comme une forêt sous la neige.

Pas de rappel. Nous sommes étourdis par l’étrangeté, la bizarrerie de cette musique parfois agaçante, parfois passionnante mais toujours audacieuse, fraîche, neuve.

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Olivier Calmel Electro Couac met la claque au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Olivier Calmel «  Electro Couac » Quintette.

Paris. Le Sunside. Jeudi 12 novembre 2009. 21h.

Olivier Calmel : piano, clavier
Frédéric Eymard : violon alto
Christophe Panzani : saxophone ténor, soprano
Bruno Schorp : contrebasse
Frédéric Delestre :batterie

Invités
 :
Sébastien Llado : trombone, conques
Xavier Philipps : violoncelle

Pour les ignorants comme moi, il faut savoir que le violon alto, malgré son nom, est plus grand que le violon tout court. Le concert était donné à l’occasion de la sortie du nouvel album «  Electro Couac » d’Olivier Calmel et ses complices.

Introduction au piano romantique, rêveuse. Citation d’ « An Indian’s week » album d’Henri Texier qui a marqué Olivier Calmel. Démarrage du groupe derrière le sax ténor coltranien en diable (sax puissant, méditatif). La fusion se fait petit à petit entre saxophone et violon. Frédéric Eymard met les gaz et emporte tout sur son passage, bien propulsé par la rythmique.

Sax soprano. Une autre ambiance mystérieuse, rêveuse au départ. Puis ça part funky avec la batterie et le pizzicato sur l’alto. Olivier Calmel passe au clavier électrique. Le sax soprano donne un sentiment d’urgence. Son mouillé, funky du clavier. Pulsation de la contrebasse et de la batterie. Le sax soprano sautille par dessus. Le violon alto s’ajoute à la pulsation. Tout se calme avec le retour au piano et cela se finit dans un murmure.

Démarrage d’une ballade par un dialogue piano/contrebasse.  Le batteur amène ses balais. L’alto glisse en patineur souverain. Lui succèdent les petits gémissements du soprano. Puis leurs chants ne font qu’un. Le batteur prend ses baguettes et le tempo s’accélère légèrement avec un petit air d’esprit klezmer. C’était « La générosité n’attend pas ».

Sébastien Llado monte sur scène pour « Travelling Mafate». Retour au sax ténor. Ca glisse, ça grince puis le batteur sonne la charge. Tout le groupe démarre. Le trombone ajoute sa volonté, sa rondeur à l’ensemble. Thème dans l’inspiration d’Henri Texier « An Indian ‘s week », c’est dire si c’est de qualité. Les cordes du piano résonnent avec celles de la contrebasse. Le batteur ajoute ses vibrations. Frédéric Eymard joue de la guitare sur son violon. Il se lance avec son archet virevoltant alors que la rythmique pousse derrière. Passage du relais entre le violon et le trombone. Sébastien Llado chauffe la scène avec un thème impeccable et implacable alors que le piano orne de perles la couronne du trombone. Retour au thème tous ensemble. Ils chauffent le cœur et l’âme.

Arrivé de Xavier Phillips, violoncelliste classique, à la place de Sébastien Llado. Retour au sax soprano. Les cordes s’accordent. Sébastien dit de la salle : «  Ce n’est pas juste. Moi, je ne suis pas accordé. ». Un spectateur sarcastique lui réplique : «  Ca s’est entendu ! ». Démarrage d’un très beau thème d’Olivier Calmel qui vous emmène dans un pays où l’on n’arrive jamais. Intro au piano pour placer l’ambiance. Le métier du virtuose classique s’entend tout de suite : maîtrise technique, beauté du son. Le sax soprano vient élever sa complainte entre les deux archets. Petit break de batterie aux baguettes varié, coloré, comme un lointain descendant de Sonny Greer. Frédéric Delestre relance le groupe. Violon alto puis saxophone soprano entrent dans la danse. Le violoncelle est superbe, majestueux. Au tour de la rythmique de s’amuser sous la conduite du piano. Après le solo de soprano, tout le groupe repart en fusion. La musique s’envole vers des sphères célestes.

Une composition de Roger Calmel pour la naissance de son fils Olivier : «  Prélude des cinq rameaux d’Olivier ». Le saxophoniste quitte la scène. Duo piano/violon alto pour commencer. Le violoncelliste reprend la main. La maîtrise du virtuose classique s’entend alors que la rythmique le seconde merveilleusement. Batterie aux maillets, piano subtilement décalé et la contrebasse qui tient le tout. Belle fusion entre Jazz et musique contemporaine.

PAUSE


Retour sur scène de Sébastien Llado à la place de Xavier Philipps. Saxophone ténor. Olivier lance le thème. Ca balance. Sax ténor et trombone moelleux à souhait. Sax et trombone discutent ferme stimulés par la contrebasse qui masse et la batterie qui claque. Le piano entre dans la danse. Sax et trombone jouent à celui qui grogne, pète le plus fort. Ils reviennent ensemble au thème avec le violon alto en pizzicato. Le violon alto glisse à l’archet alors que la contrebasse et la batterie tiennent le tempo et que le piano lui renvoie la balle . Tous ensemble sur le thème, ça balance et ça danse. Final sec, clair et net.

Le tromboniste s’en va remplacé par le violoncelliste. Suite nommée « Intuition ». Vagues d’archet entre violon et violoncelle. Le sax soprano se glisse entre eux. Solo de contrebasse. Bruno Schorp triture son instrument. Il passe à l’archet. Piano et batterie le rejoignent en douceur. Le sax ténor claque. Les archets de la contrebasse, du violoncelle, du violon alto se rejoignent. Il ne manque plus qu’un violon pour réunir la famille au complet. Oh là, attention, c’est très beau ! Un de ces moments rares dont je peux dire : j’y étais. Solo total de sax ténor. Le son ondule doucement, chaud, vibrant. Le groupe repart avec le sax soprano. Solo total de violon alto entre le méditatif et le grinçant. Nom de Zeus, Frédéric Eymard fait sonner son 6 cordes comme une flûte ! Ca repart sur un air rapide, aux accents klezmer. Ah, enfin, j’entends bien le violoncelle ! Le son a été amélioré depuis la première partie. Tout le groupe repart sur le thème. Le violoncelliste en soliste est poussé par la rythmique. Le batteur tapote les tambours de ses mains. L’orage gronde.Duo contrebasse/sax ténor plutôt bluesy, côté accentué par les quelques notes posées par le piano. Le virtuose classique déguste un solo de sax ténor purement Jazz avec la rythmique qui pulse d’enfer derrière. C’était « Shadok incandescent ».

« Epistrophe » (clin d’œil à l’Epistrophy de TS Monk ?). Le batteur est aux maillets. Il n’y a plus de saxophone. Dialogue entre cordes. C’est une sorte de valse. Solo du violoncelle avec la rythmique dont le batteur est aux balais. C’est romantique en diable mais pas pathétique. Au tour de la rythmique d’improviser. La musique est coloriée, variée, changeant, émouvant. Bref elle est d’Olivier Calmel et Cie.

Retour de Christophe Panzani sur scène. Il prend le soprano pour un morceau qui coule comme une source d’eau vive. Duo piano (dans les graves)/sax soprano puis la rythmique repart. Pur moment de Jazz, dans la veine de Wayne Shorter. Superbes descente et vacarme finals.

«  Le Hongrois déraille » (ou «  des rails » comme l’auditeur l’entend). Ce morceau n’a pas de contenu politique précise le compositeur. Pourtant, comme le dit l’Onorevole Giulio Andreotti : «  En politique, il y a deux sortes de fous. Ceux qui se prennent pour Napoléon et ceux qui veulent réformer les chemins de fer ». Sébastien Llado monte sur scène avec ses conques. Il fait des bruitages parallèles au sax soprano. Morceau sous influence est européenne (Bojan Zulfikarpasic n’est pas loin). C’est énergique, dansant. Au duo conques/violoncelle en pizzicato viennent s’ajouter le batteur aux balais et des percussions sur le piano. Olivier Calmel trifouille les cordes de son piano. Sébastien souffle dans deux petites conques en même temps. Contrebasse et violoncelle sont en symbiose. Solo du violoncelliste qui a repris son archet alors que Sébastien percute ses conques. La batterie est aux maillets et la contrebasse impulse doucement. Tout le savoir faire du virtuose classique se met au service de la folie du Jazz contemporain. Mélange inouï et éblouissant.Tout le groupe repart. Dieux que c’est bon ! Son saturé, coltranien du soprano. Alto et violoncelle bataillent. La rythmique met le feu.

C’est sur ce feu d’artifice musical collectif que s’est clos la deuxième partie du concert d’Olivier Calmel et Cie. J’avais école le lendemain et à 0h30 le métropolitain ne va pas tarder à fermer. C’est pourquoi j’ai manqué la 3e partie. Ce groupe est trop rare sur scène sûrement par la faute de programmateurs pusillanimes qui ne savent où le classer entre le Jazz, l’électro, la musique contemporaine dont Olivier Calmel est un fils direct (celui de Roger). Grâces soient rendues au Sunside d’avoir organisé cette rencontre de « l’Electro Couac » Quintet d’Olivier Calmel avec deux virtuoses, le Fou (Sébastien Llado) et le Sage (Xavier Philipps). La salle était pleine et le public ravi. C'est dire s'ils méritent de se produire sur scène.

L’aventure continuera au Sunside le vendredi 20 novembre 2009 avec l’enregistrement Live in concert du groupe de Sébastien Llado. J’y serai. Et vous ?

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Le Jazz se danse à l'Ouest

Publié le par Guillaume Lagrée

Festival Jazz à l'Ouest. 20e édition. Carré Sévigné. Cesson Sévigné.

Soirée Jazz and Dance floor. Dimanche 8 novembre 2009. 17h.

Compagnie Calabash
: danse
Association Open Swing: danse
Eric Le Lann: trompette
Pierrick Pédron: saxophone alto
Philippe Soirat: batterie
Mathias Allamane: contrebasse
Laurent Courthaliac: piano
Alain Jean Marie: piano
Barry Harris: piano
Tigran Hamasyan: piano

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Swinguant Juan Carlos Hernandez.

Le principe de la soirée était simple. Initier le public au Jazz par la danse. Des danseurs professionnels étaient là pour démontrer d'abord puis guider les spectateurs. Une vision démocratique de la musique portée par la ville de Cesson Sévigné et le festival Jazz à l'Ouest parfaitement réussie. Une grande piste de danse en bois avait été dégagée devant la scène. L'horaire convenait parfaitement aux familles. Sur la piste, une centaine de danseurs de moins de 7 ans à pas loin de 77 ans.

Les 4 pianistes se sont succédés au piano. Puisque nous étions en Bretagne, les deux complices Costarmoricains Eric Le Lann et Pierrick Pédron se retrouvaient pour notre plus grand plaisir. Chapeau bas à Mathias Allamane et Philippe Soirat fidèles au poste tant pour les musiciens que pour les danseurs à partir de 17h. A 20h45, quand je suis parti, ils enchainaient avec le 4e pianiste de la soirée, Tigran Hamasyan.

Pour lancer l'ambiance, la rythmique avec Alain Jean Marie. Des danseurs professionnels se lancent. Alain Jean Marie a toujours l'art, sur un thème banal, d'un tour de main, de créer de la grâce, de la fraîcheur, de l'imprévu, du neuf. Sur deux grands écrans placés à droite et à gauche de la scène passent des images muettes de shows des années 1930- 1940 comme Cab Calloway chantant et dansant " Minnie the moocher " ( " She was a real hoochie coocher "). Sur la piste, la sauce prend, les amateurs se mèlent aux professionnels. Pour les enfants, c'est une excellente initiation au Jazz, ludique et festive. Sur scène, les standards tournent. Par exemple, " I've got You under my skin " en tempo rapide.

Les spectateurs sont invités sur la piste pour apprendre à danser.  Les membres de l'association Open Swing sont là pour guider leurs pas.  Laurent Courthaliac s'installe au piano. Pierrick Pédron monte sur la scène. Un morceau lent pour commencer avec de la walking bass.Ca joue sur du velours et ça marche. Jeunes et vieux, hommes et femmes, professionnels et amateurs, tout le monde danse. A l'écran, Louis Armstrong avec Bill " Bojangles " Robinson, danseur de génie, le Maître de Fred Astaire, moins connu parce que Noir. Comme Chuck Berry par rapport à Elvis Presley dans le domaine du Rock'n Roll. Le tempo accélère et Pierrick se permet des audaces parkériennes.  L'ambiance be bop s'installe. Cela devient plus rapide, plus difficile rythmiquement. Moins de gens dansent. A l'écran, les danseurs du Cotton Club devant Duke Ellington et son orchestre. La classe. La rythmique, seule, enchaîne sur un morceau swing. Les danseurs amateurs se découragent, à part les enfants évidemment.

Démonstration de lindy hop par deux couples de danseurs professionnels. Retour d'Alain Jean Marie au piano et arrivée d'Eric Le Lann sur scène. Ils jouent un Blues de Monk, Blue Monk. Ca joue tranquille, en souplesse. Le Lann se régale sur Monk. Il est à l'aise, swing et griffes dehors. Sur la piste, joli changement de partenaires dans le mouvement. Sur l'écran, Bill Bojangles Robinson danse sur Fats Waller, pianiste swing par excellence. Leçon de claquettes et de prestance.

Thème plus rapide, plus swing. Un petit garçon de 3 ans traverse la piste en dansant. Il est pris par la musique. Les danseurs sont élégants mais ça manque de porté, de sportivité. A l'écran, Cab Calloway chante et danse " The Hi de Ho Man " (That's me!).

PAUSE

Après avoir bu un verre, mangé une galette saucisse (spécialité rennaise) ou une crêpe (spécialité bretonne), le public est d'attaque pour le deuxième cours de danse. Un présentateur joue les maîtres de cérémonie (MC) annonce les musiciens, les morceaux, invite les gens à danser, à inviter sur la piste leur voisin, leur voisine. Bon esprit. Laurent Courthaliac en trio sur scène. Ils sont rejoints par un couple de danseurs professionnels qui montre le pas de charleston. Sur la piste, les spectateurs, devenus acteurs du spectacle, suivent attentifs. Le trio joue relax marquant bien le tempo pour faciliter l'apprentissage. Nouvelle démonstration de pas sans musique.Un rythme plus rapide est annoncé. Cela fait peur à certains mais ils y sont, ils y vont. Pierrick Pédron et Eric Le Lann montent ensemble sur la scène.Ca joue swing, un peu plus rapide, mais pas trop. Les danseurs sont lancés, amateurs et professionnels mélangés. Je ne danse pas, restant dans ma position de spectateur engagé comme Raymond Aron. Avec le be bop sur tempo rapide, seuls les professionnels peuvent suivre sur la piste. Encore un standard du bebop. Une ballade. Sur scène, des échos de Bird et Miles reviennent en écoutant Eric et Pierrick. La piste se repeuple.

Démonstration de free dancing par deux danseurs de la compagnie Calabash. Les souffleurs s'en vont. La rythmque se lance sur un rythme be bop. C'est de la danse contemporaine avec deux danseurs en parallèle: un homme et une femme. Portés, glissés, rapprochement, éloignement.

Le public revient sur la piste pour danser le charleston. Les souffleurs sont revenus sur scène. Un standard sur tempo medium. Il y a moins de danseurs mais ils sont toujours aussi motivés.

Un trio de claquettistes monte sur scène pour remplacer les souffleurs. Deux danseuses et un danseur ajoutent des percussions à la musique. Ce ne sont ni Bojangles ni les Nicholas Brothers mais c'est bien agréable.

Barry Harris, 80 ans, ancien pianiste de Coleman Hawkins (entre autres) prend le piano en mains. Cet homme est le Professor Be Bop par excellence. Il entame Satin Doll (Duke Ellington) comme il se doit, tout en douceur. Le batteur est aux balais. Le batteur est aux balais. C'est ellingtonien en diable: léger, suave, swinguant, sensuel. Peu de gens osent danser. L'instant de grâce est tel que les danseurs préfèrent redevenir auditeurs. Ca swingue sur un nuage de douceur. Il y a du savoir faire, du savoir être et du savoir vivre dans cette musique. Barry Harris invite les danseurs à le rejoindre sur Tea for Two. ll nous explique que les danseurs de claquettes à New York connaissaient Charlie Parker parce que cela leur apprenait l'art de la syncope. Tempo medium. Quelques danseurs osent se lancer. Le morceau est filé, sussuré, caressé. Le trio fait des stops and go pour permettre aux danseurs de se faire entendre avec leurs pieds.

Round about midnight. Barry Harris nous explique que, pour une ballade, il faut serrer son/sa partenaire de près. Le drame des danses modernes c'est que vous êtes à un bout de la salle et votre partenaire à l'autre. Ca ne marche pas pour une ballade! Eric Le Lann les rejoint sur scène. Son nocturne, voilé, déchirant, parfait pour Round Midnight. Sur l'écran, les Nicholas Brothers se déchaînent avec l'orchestre de Cab Calloway sur " Stormy Weather "  (leur prestation sur cette chanson fut qualifiée de numéro de danse absolu par Fred Astaire). Pendant ce temps, sur la piste, les couples de danseurs, suivant les consignes du pianiste, s'enlacent.  Pierrick Pédron remonte sur scène pour un morceau au tempo plus rapide. Un standard. Eric et Rick collent ensemble comme le riz avec le lait. Il ne manque plus que Rick (Margitza) pour ajouter un parfum supplémentaire, celui du saxophone ténor. Un swing tranquille. Quelques danseurs infatiguables occupent la piste. Sur scène, à la trompette, Eric Le Lann. Sur l'écran, à la trompette, Roy Elridge, dans le fameux dernier show télévisé de Billie Holiday en 1959. Eric ne joue pas des note suraigues comme Roy. Il joue plus voilé, plus brumeux, plus breton en fait.

Il est 20h45. Les souffleurs s'en vont et Tigran Hamasyan prend possession du piano.  Bien que je sois un fan invertébré de ce jeune génie venu d'Arménie, je quitte ce concert car je suis attendu pour dîner ce dimanche soir à Cesson Sévigné.

Magnifique soirée musicale, festive, ludique, chorégraphique et démocratique. Merci encore à Jazz à l'Ouest et à la ville de Cesson Sévigné pour l'avoir organisée.




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