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Eumir Deodato au Duc des Lombards le 1er et le 2 juin 2010

Publié le par Guillaume Lagrée

Eumir Deodato est né à Rio de Janeiro, Brésil, en 1943. Le business de cet Eumir, ce n'est pas le pétrole, c'est la musique.

 

Jugez plutôt. Premier album comme leader en 1964. Depuis il  a participé à 450 albums, vendu 25 000 000 de disques aux Etats Unis d'Amérique.

 

Pianiste, claviériste, compositeur, cet homme a contribué à forger le son des années 1960-70 mélangeant joyeusement Bossa Nova, Jazz, Funk, Soul, Disco.

 

Pour vous expliquer sa musique, je laisse la parole à un expert français, Captain Détendu.

 

Ses passages à Paris sont rares. Il sera en concert au Duc des Lombards le mardi 1er et le mercredi 2 juin 2010 à 20h et 22h. La formation sera classique (piano/contrebasse/batterie). La musique ne le sera pas. Avec un homme qui a transformé en bijou pop Also spracht Zarathoustra de Richard Strauss, tout est possible.

 

C'est le début du mois. Vos poches sont encore pleines. Votre banquier vous sourit encore. Nostalgiques du Cool, lecteurs d'Herman Broch, amoureux du Kitsch, amateurs d'alliances sonores improbables, arrêtez les cigarettes et placez l'argent dans un concert d'Eumir Deodato.

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Barry Harris " Live in Rennes "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Barry Harris. Live in Rennes

 

 Un album du label rennais Plus Loin Music

 

Barry Harris : piano, voix, narration

Matthias Alamane : contrebasse

Philippe Soirat : batterie

 

Festival Jazz à l’Ouest, Rennes, Bretagne, France, 7 novembre 2009.

 

Après la mort d’Hank Jones, il nous reste Barry Harris, né en 1929 pour professer le Swing, le Blues, et l’Elégance au nombre des Beaux Arts.

 

Dès les premières notes de « She », la classe parle, les filles fondent et les garçons craquent. C’est une musique à déguster, à savourer, tard le soir, seul ou en duo. Cela correspond à une certaine idée du Jazz, très marquée par Duke Ellington, même lorsqu’il joue du TS Monk.

 

En plus d’être un pianiste de qualité, Barry Harris est un pédagogue, un conteur, un entertainer, qualités qu’il manifeste dans ce concert en contant, en chantant, en marmonnant, en jouant avec le public rennais ravi. Il est secondé par deux complices discrets et efficaces, les Français Matthias Alamanne et Philippe Soirat.

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Dred Scott Trio:Live at the Rockwood Music Hall

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Dred Scott Trio. Live at The Rockwood Music Hall , New York City .

7 et 14 novembre 2006.

 

Dred Scott: piano

Ben Rubin: contrebasse

Tony Mason: batterie

 


 

Un club où un musicien peut jouer des mois et développer sa musique, c’est rare de nos jours. Le pianiste américain Dred Scott a trouvé cet endroit à New York, le Rockwood Music Hall.Si vous êtes à New York le mardi 1er juin 2010 à minuit, avant d'aller vous coucher, passez écouter le trio de Dred Scott au Rockwood Music Hall.Si vous repassez le mardi 8 ou le mardi 15 juin à la même heure, ils y seront encore.Au Rockwood, le mardi soir, il y a 5 concerts différents à suivre et c'est ce trio qui ferme le ban.

 

Qu’y jouent ils ?

 

La formation est classique pour le Jazz : piano, contrebasse, batterie. Leur style est-il pour autant classique ? Non. Est-il alors d’avant-garde ? Non plus. Alors est-ce entre les deux ? Pas plus. Leur style est à côté, au-delà, au-dedans et au dehors des genres du Jazz. Ils peuvent aussi bien improviser sur du TS Monk ( Well You might basé sur Well You needn’t) que sur du Black Sabbath (The Wizard). De plus, ils jouent les compositions personnelles de Dred Scott : amusantes, rafraîchissantes, énergiques, subtiles. « Doggie and cookie », « Ain’t no russian novel, baby » ou « Sans Francisco » jeu de mots voulu par un San Franciscain légèrement francophone, Dred Scoot. Ce «  Sans Francisco » clôt cet album live in concert par un pur bijou fantastique et nostalgique.

 

Le trio a bien progressé depuis cet album comme je l’ai pu le constater de visu et de auditu lors de leur premier concert à Paris. Cet enregistrement est une étape dans le développement de cette musique. Il faut la connaître pour mesurer le chemin parcouru depuis.

 

Vous y trouverez la générosité, le swing impérieux, l’esprit rock’n roll du Dred Scott Trio. Aller à un concert de ce groupe, c’est être sûr d’en avoir pour son argent. Acheter cet album aussi.

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Alain Jean Marie " Gwadarama "

Publié le par Guillaume Lagrée

Alain Jean Marie «  Gwadarama ».

Mosaic Music. Région Guadeloupe. 2010.

 

Alain Jean Marie : piano

Marcel « Nano » Falla : guitare basse électrique

Raymond Grego : batterie

Roger Raspail : Ka et petites percussions

 

 

Né en 1945 à Pointe à Pitre (Guadeloupe),  Alain Jean Marie a toujours eu deux amours, comme Joséphine Baker: la biguine et le jazz. Avec cet album, il passe au stade supérieur, visitant 50 ans de musiques guadeloupéennes. C’est une sorte de guide touristique musical mais adressé aux esprits curieux, désireux de sortir des sentiers battus et balisés.

 

L’adjonction des percussions dont le Ka, le grand tambour emblématique de la Guadeloupe , ancre cette musique dans la terre natale. L’ancre n’empêche pas le bateau de voguer, de voler, bien au contraire. Roger Raspail possède déjà un boulevard à son nom à Paris. C’est dire si son talent est reconnu.

 

Alain Jean Marie et ses hommes nous emmènent dans un voyage initiatique et métis, aux deux sens du terme (latin et grec).

Si, comme moi, vous ne lisez pas le créole des Antilles, vous ne comprendrez pas les titres. Peu importe, vous comprendrez la musique. La joie de jouer se mêle à la nostalgie du pays natal.

 

Alain Jean Marie ne signe que deux compositions dont une superbe ballade en hommage à son épouse, la chanteuse Morena Fattorini, Morena’s Reveries. Il imprime sa griffe sur tout l’album que ce soit sur un air traditionnel (Tijan) , sur un zouk de Kassav (Zouk La) ou sur le Blues For de Roger Raspail dont l’air me donne l’air idiot tant il me ravit.

 

Trop dansant diront les mélomanes coincés, trop complexe diront les danseurs obtus. Tant pis pour eux. Comme la musique de Duke Ellington, celle d’Alain Jean Marie est faite pour les danseurs amoureux, les dames sophistiquées et les épouses tatouées. Si vous pensez ne pas faire partie de ces groupes sociaux, il vous suffit de vous laisser captiver par cette musique pour y entrer.

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Marc Buronfosse Sounds Quartet Face the Music

Publié le par Guillaume Lagrée

Marc Buronfosse Sounds Quartet

" Face the Music "

 

Album composé et produit par Marc Buronfosse

 

Marc Buronfosse: contrebasse

Jean Charles Richard: saxophones, shenai, bansuri

Benjamin Moussay: piano, claviers

Antoine Banville: batterie, percussions

 

" Race. In Space. Face the Music " (Prince). Prince, face à l'état actuel de l'industrie phonographique, a décidé de s'autoproduire pour faire ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. Marc Buronfosse fait de même avec cet album.

 

Tout ne me plaît pas dans cette musique. L'engagement des musiciens est constant. S'en dégagent, à mon goût, quelques grandes délices.

 

" The Cherry Tree ", deuxième morceau de l'album, est à la fois un hommage à Don Cherry et aux cerisiers en fleur chers aux poètes nippons.

 

" After the Second Round ", cinquième morceau de l'album, exprime toute la fatigue du boxeur. C'est un morceau nostalgique, d'abandon, de relâchement. Puis ça s'anime, se réveille, comme dans un deuxième souffle, le lutteur est prêt à repartir au combat.

 

" Serial Blues ", sixième morceau de l'album, dégage un swing énergique, viril où les graves du saxophone baryton, de la contrebasse et des percussions correspondent sans cesse;

 

Au final, cet album autoproduit, qui ne bénéficiera pas des secours des séides de l'industrie spectaculair marchande, mérite l'attention de l'auditeur curieux de fraîcheur, de chaleur, d'audace et d'engagement.

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Le nouveau trio français de Dan Tepfer à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunside. Mardi 18 mai 2010. 21h30.

 

Dan Tepfer Trio

 

 

 

Dan Tepfer : piano

François Moutin : contrebasse

Louis Moutin : batterie

 

 

La grâce les touche dès les premières notes. Ca ondule, avance en vagues. Une marine impressionniste mais avec la tension sous-jacente du swing. « Et l’unique cordeau des trompettes marines » (Guillaume Apollinaire). Ca sent la Mer côté Manche. Brumeuse, fraîche, entre vert et bleu, le glaz des Bretons. Cela finit dans un murmure avec Louis Moutin tapotant ses tambours de ses mains.

 

Un petit swing tout en retenue, en allers et venues. Louis frappe aux balais. François chatouille sa contrebasse la faisant gémir de plaisir. Louis est repassé aux balais. Il grimace. Le morceau précédent était rêveur, élégiaque. Celui-ci est cérébral, énergique. Changement total d’ambiance. C’était «  Nines » puis « Diverge » de Dan Tepfer. « Diverge comme divergence pas comme dix verges » explique Dan Tepfer. « C’est dommage » dit une femme en riant. « Ca, c’est ma tante » précise Dan.

 

« Back area » (Dan Tepfer). Petit air swinguant tranquille mais avec des surprises. Je n’apprécie vraiment Louis Moutin que lorsqu’il joue ainsi à mains nues sur sa batterie. L’eau s’agite devient trouble, inquiétante. Nous avons changé de monde. Un solo de contrebasse de François Moutin c’est toujours un moment de grâce même quand son frère jumeau Louis l’accompagne. Dan Tepfer fait danser son piano. La contrebasse sonne majestueusement. Louis manipule ses tambours et ses cymbales. Là c’est bon. Dan tient un petit air qui ne nous lâche plus.

 

Intro au piano. Dan trouve un nouveau petit air entêtant et entraînant. C’est un standard mais drôlement balancé. Il n’en revient pas d’être joué comme ça le standard. C’était « Giant Steps » de John Coltrane.

 

« The Distance » (Dan Tepfer). Une ballade. Intro au piano. Contrebasse et batterie aux balais arrivent pour touiller doucement la sauce qui mijote à feu doux. Au milieu des trois, la contrebasse se détache claire, profonde, précise. Ondulant face à son piano, Dan cache et découvre tour à tour une belle femme brune qui l’écoute attentivement.

 

« Clio Repeal » (Dan Tepfer). Dan attaque véloce main droite, lent main gauche. Belle asymétrie sonore. Après cette belle introduction, sans lâcher le thème, le trio démarre. La promenade est belle. Note héros chevauche à travers la plaine fleurie. Giacomo Casanova est à la poursuite d’Henriette. « Toi aussi tu oublieras Henriette » lui a-t-elle écrit mais il ne l’oublie pas. La pulsation monte, descend. Ca glisse, coule comme la Vouivre. Louis Moutin se croit à la guerre avec ses tambours. Ce serait Barry Lyndon maintenant. Duel piano/batterie. François assiste puis repart avec eux. Ca monte en flamme et Louis, comme les Anglais à Fontenoy, tire le premier. Ca s’apaise pour reprendre cette course effrénée vers la liberté.

 

PAUSE

 

C’était mon deuxième concert en deux soirées et il faut toujours se lever pour aller à l’école le lendemain matin. Je suis donc parti à la pause.

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Premier concert du Trio de Dred Scott à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunside. Lundi 17 mai 2010. 21h30.

Dred Scott Trio.

 

Dred Scott : piano

Ben Rubin : contrebasse

Tony Mason: batterie

 

Belle attaque. Beau swing. Je bats la mesure tout de suite. C’est bon signe. C’est frais, clair, énergique. C’est le premier concert de ce trio à Paris. Lundi soir, ce n’est pas la bonne date. Ils s’en moquent, ils jouent. La batterie est métronomique mais pas lassante. Impulsion de la contrebasse. Le piano tourne comme une belle toupie. Ca donne du plaisir. Ils nous emmènent dans leur monde et nous ne sommes pas déçus du voyage. Fin avec une note prolongée par la pédale de droite sans les mains. Pas mal…

 

Une ballade. Intro au piano. Pour l’instant, ils jouent des compositions personnelles. Il y a des réminiscences de Martial Solal dans le démarrage du trio. Cela ne peut que me réjouir. Le batteur est en cuisine, aux balais, fouettant la sauce. Ca s’anime gracieusement. Le batteur est repassé aux baguettes. Autre similitude avec le jeu en trio de Martial Solal, ce n’est pas l’habituel défilé thème/solo/thème. Ca joue vraiment à trois en même temps. Le pianiste est bien le chef mais les deux autres ont leur mot à dire. Au tour du bassiste d’être le Boss. Pianiste et batteur dialoguent avec lui, jouant en arrière plan. Personne n’applaudit. Ce n’est pas un solo démonstratif, c’est une prise de parole. A chacun son tour. On applaudit l’ensemble. Dred Scott aime finir le morceau avec la pédale. C’était « Time for the hot stuff », expression idiomatique américaine qui signifie « le moment de boire des alcools forts ».

 

« Don’t fear the ripper ». Dred Scott teste son français. Il reviendra à Paris ce qui lui permettra de progresser. Ca sonne comme une chanson populaire (pop song in english). J’entends une voix de femme chanter dessus. Ca vous entraîne bien loin de Paris. Ca respire au large, les grands espaces américains, la forêt. Un petit intermède et ça repart plus brutal, plus inquiétant. Il y a un esprit rock’n roll, dans le bon sens du terme, chez ce trio. Retour au thème de chanson américaine juste le temps de passer à autre chose. L’humour de Dred Scott me fait aussi penser à Martial Solal.

 

Une ballade « Regrets ». Tout le monde a des regrets, n’est ce pas ? (Dred Scott). Alain Souchon en a fait une jolie chanson. Le batteur masse ses tambours avec ses balais. Le contrebassiste impulse doucement. Les doigts du pianiste semblent tituber, hésiter sur le clavier mais tout cela est maîtrisé pour exprimer les regrets.

 

« Mojo rhythm » écrit pour un enfant de deux ans nommé Mojo Rhythm Davis. Pas facile à porter ! Morceau très énergique, haché. C’est assez loin du « Mojo working » de Muddy Waters quoique… Le mojo est un grigri, un héritage des cultes africains chez les Noirs américains. C’est une œuvre explosive, pleine de bombes qui éclatent pacifiquement. Le jeu du piano est extrêmement libre mais il y a toujours une assise rythmique derrière comme dans le Free Jazz d’Ornette Coleman d’ailleurs. Autre point commun avec Martial Solal : Dred Scott joue sur le clavier et uniquement sur le clavier du piano. Solo bien énervé avec des influences du classique. C’est la charge de la cavalerie légère mais plutôt du côté des Indiens. Dred enlève sa veste à la fin du morceau. Il est bien échauffé.

 

« Press Play ». « Pousser Jouer » ça rime en français note Dred. Ca commence tranquillement mais avec des pauses, des virages surprenants. Un couple âgé vient d’arriver. La dame n’a pas apprécié la fin du précédent morceau. Avant le début de celui-ci, elle a dit : «  Je crains le pire ». Elle écoute en faisant la moue. Pendant ce temps là, le trio nous berce et nous réveille tour à tour. Ces trois là sont très à l’écoute. Le mari applaudit un peu. Pas l’épouse.

 

« Well you might » variation sur « Well you needn’t » de TS Monk. Un blues rapide. Il y a des rappels de la mélodie de Monk mais transformée, dilatée, accélérée, sévèrement secouée. La dame désapprouve toujours. Jusqu’à quand tiendra t-elle ? Des crabes fous courent sur le piano. Ce sont les doigts de Dred Scott. Breaks de batterie et non pas solo. C’est une solution préférable pour relancer la machine sans la casser. La dame n’est toujours pas d’accord avec les musiciens. Elle a dû applaudir deux fois.

 

« Casa de luz » (Shorty Rogers). Hommage à la West Coast car Dred Scott est originaire de San Francisco. Il y a en effet cette « Spanish tinge » chère à Jelly Roll Morton. C’est joyeux, lumineux. Ca swingue très agréablement. Le jeu est plus classique, West Coast. C’est une musique peu jouée aujourd’hui alors qu’il y a tant de clones du bebop et du hardbop. Merci à Dred Scott et son trio de nous rafraîchir la mémoire. Au batteur de mener la danse, bien poussé par les deux autres. La dame applaudit un petit peu.

 

Enchaînement sur un vieux standard. Ca pète et ça brille. Défi entre pianiste et batteur avec le contrebassiste pour arbitre. Après la présentation des musiciens, retour à un swing plus calme pour conclure.

 

PAUSE

 

Le couple de mécontents aux cheveux blancs est parti. C’est le premier concert de Dred Scott à Paris. Ca m’étonnerait fort de les revoir au deuxième.

 

Démarrage au piano sur une ballade. « Dansez sur moi » chantait Claude Nougaro sur « Girl talk » de Neal Hefti. Ca se ballade tranquillement. Le morceau est dédié aux deux personnes qui sont parties après le premier set parce que le batteur jouait trop fort. Vous avez deviné de qui il parlait, n’est ce pas ?

 

Swing plus puissant, en vagues. Le batteur hache fin. Le contrebassiste reste tranquille. Le pianiste démarre, accélère sans forcer. Ca swingue méchamment comme le chantait Claude Nougaro. Ca fait du bien par où ça passe.

 

Dred parle moins, n’annonce plus les morceaux. Une ballade. Le batteur frotte aux palais. Les notes sont distillées. C’est agréable mais ces musiciens sont plus surprenants, plus créatif, plus à leur aise sur tempo rapide. Ne boudons pas notre plaisir. Sur tempo lent, ils caressent bien les tympans. C’était «  Bobo », un hommage à Paris certainement. En tout cas, c’était délicieux, tout simplement délicieux.

 

« Doggy and Cookie ». Etes-vous un chien qui veut manger le biscuit ou un biscuit qui veut être mangé par le chien ? Telle est la philosophie de la vie de Dred Scott. Le morceau est bien agité au départ. C’est bien le chien qui court après le biscuit ; Le solo de contrebasse est assez agité lui aussi. Le batteur prépare les biscuits en malaxant les cymbales. Très beau solo à la fois rêveur et énergique.

 

Il est 0h05 et je dois aller à l’école demain matin pour 9h. Je m’en vais donc avant la fin du concert. Irai-je jusqu’à New York ou attendrai je leur retour à Paris pour écouter à nouveau le Dred Scott Trio en concert ? En tout cas, au loin ou au près, ce groupe mérite le voyage. Swing, blues, énergie, esprit rock’n roll, compositions, standards connus ou méconnus, la carte est variée. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts sauf si vous avez peur d’être attrapé, secoué, surpris comme le couple de mécontents aux cheveux blancs.

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Roy Haynes 85 ans au sommet de son art au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Paris. Le Duc des Lombards. Vendredi 14 mai 2010. 22h.

 

Roy Haynes. 85th Birthday Tour.

 

Roy Haynes: batterie

David Wong: contrebasse

Martin Bejerano: piano

Jaleel Shaw: saxophones alto, soprano.

 

Roy Haynes monte sur scène avec sa médaille de Chevalier des Arts et des Lettres autour du cou. Ses accompagnateurs pourraient être ses petits-enfants. 85 ans et Roy Haynes ne peut pas s’empêcher d’avoir la pêche. C’est du bebop. Roy Haynes peut se le permettre. Il a joué avec Charlie Parker. Comme Art Blakey, quand Roy Haynes est derrière ses futs, les autres musiciens ont intérêt à se mettre au niveau. Il ne va pas se mettre à jouer moins vite, moins haut, moins fort pour leur permettre de suivre. Le pianiste sait jouer. Les doigts virevoltent mais ce n’est pas le nouveau Tommy Flanagan. Solo de contrebasse très élégant. Roy Haynes place quelques notes senties, maîtrisées, à l’écoute. Il a des fentes d’escrimeur.

 

Un morceau plus calme. Roy Haynes est un bel exemple pour la vieillesse. 85 ans, nom de Zeus ! Le contrebassiste tient la maison. Le pianiste parcourt le clavier en long, en large et en travers. Pendant ce temps là, Roy Haynes nous met la claque à chaque frappe même quand il retient sa force. Travail tout en finesse, du bout des baguettes sur la cymbale charleston pendant le solo de contrebasse. Solo du Boss. J’espère qu’il y a des batteurs dans la salle venus prendre la leçon du Maître. J’avais vu ainsi Aldo Romano au fond de la salle du Sunside lors d’un précédent concert de Roy Haynes. Long silence. «  You are the best » dit une spectatrice. «  That’s true » ajoute un spectateur.

 

La rythmique repart sur un air léger, mystérieux. Roy Haynes hache le tempo menu, menu à nous rendre fou. « My heart belongs to Daddy ».Marilyn Monroe en prend un coup ! Manifestement, Roy Haynes n’a pas de rhumatisme ou alors il le cache bien. Cet homme peut vous rendre fou avec sa batterie tant il est puissant, renversant, impressionnant. Ca pulse tellement que le sax alto est obligé de mettre ses tripes sur la table et d’en faire quelque chose. L’accompagnement de batterie est très fin, très puissant, très créatif. Il ne s’agit pas d’une démonstration mais d’un Maître en ébullition permanente de création. Roy Haynes reprend sa frappe baguette sur baguette contre le bord de caisse. Leur cœur appartient toujours à Papa. Roy Haynes marche sur la scène en jouant baguette sur baguette. Le groupe brode élégamment, souple, sinueux. Ce que Roy fait est ancestral et ultramoderne. Ca se termine dans un souffle et un dernier tac de baguettes.

 

Introduction en douceur au saxophone alto. Agréable mais un peu long. Le groupe est parti sur « Everything happens to me », un standard. Roy est passé aux balais, toujours aussi souverain. Il joue à fleurets mouchetés mais il pique toujours. Le contrebassiste raconte de belles histoires en père tranquille. Fin avec des vibrations de cymbales sous les maillets.

 

Introduction du Maître. Les tambours chantent sous les maillets. Pédale légère et ferme de la grosse caisse. Il lance le son, le prolonge, l’arrête comme il claquerait un fouet. Il dompte sa batterie. Nous sommes tous ébahis et ébaubis. Le jeu des pieds est lent alors que celui des mains est ultra rapide. Il reprend les baguettes et le groupe repart sur un bon vieux be bop des familles. Non, c’est au-delà du bebop puisque c’est du Monk. « Si Monk m’avait entendu jouer son morceau comme cela ce soir, je pense qu’il m’aurait botté le cul » commente Roy Haynes. A écouter Thelonious Monk «  Misterioso »avec Johnny Griffin, Abdul Abdul Malik, Roy Haynes. Roy Haynes nous parle, nous raconte des histoires de Jazz, l’histoire du Jazz, son histoire. Il imite même Frank Sinatra «  When I was seventeen… » . « Quand j’ai joué avec Charlie Parker à Philadelphie en 1950, John Coltrane n’était qu’un des musiciens présents dans le public. Mais, dans les années 1960, John Coltrane avait un batteur en lui. Il n’y avait qu’à suivre ce batteur. » (A écouter John Coltrane « Live in Newport. 1963. » Roy Haynes remplace Elvin Jones dans le quartet de John Coltrane et le remplaçant fait oublier le titulaire).

 

Il ne reste que 3mn alors ils se remettent à jouer. Sax soprano. Assez coltranien en effet. Quels roulements de tambour ! Le dieu Siva est à la batterie ce soir.

 

En plein débat sur l’âge de la retraite, Roy Haynes, 85 ans, nous a donné une leçon de jeunesse. Cet homme n’exerce pas une profession. Il vit sa passion. Nuance…

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Alain Jean Marie et le Gwadarama réchauffent le Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunside. Jeudi 13 mai 2010. 22h.

 

Alain Jean Marie « Gwadarama »

 

Alain Jean Marie : piano

Marcel « Nano » Falla : guitare basse électrique

Raymond Grego : batterie

Roger Raspail : percussions

 

Avant de commencer cette chronique, je prie les lecteurs maîtrisant le créole de Guadeloupe de bien vouloir pardonner mes erreurs de transcription.

 

Ce soir, pour la première fois à Paris, Alain Jean Marie joue Gwadarama, son nouvel album, Panorama des musiques de Guadeloupe, allant au delà de la biguine dont il nous enchante depuis le temps qu'il lui plaît de nous enchanter.

 

 Les percussions ajoutent une couleur supplémentaire à la musique d’Alain Jean Marie. Tout est percussion mais il y a ce sens de la mélodie propre à ce merveilleux pianiste. Il ajoute une touche de nostalgie à cette musique énergique. C’était «  Za Si » de Franck Nicolas, jeune trompettiste guadeloupéen.

 

« Bato la » composition des années 1960 en hommage au bateau qui reliait la Guadeloupe à la métropole. C’est très dansant. Cette musique mériterait d’être jouée devant une piste avec leçons accélérées pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas les pas. Le piano devient un bateau voguant sur les flots de la rythmique. Roger Raspail s’intègre très bien au groupe ajoutant la couleur traditionnelle du Ka à une instrumentation Jazz. Pour ce projet Gwadarama, Alain Jean Marie a décidé d’aller au-delà de la biguine de sa jeunesse (il est né en 1945) jusqu’aux musiques actuelles de Guadeloupe.

 

Alain nous explique le contexte de chaque morceau. « Morena’s Reverie » est un hommage à son épouse, la chanteuse Morena Fattorini avec qui  il se produit régulièrement en duo. Le rythme est à 3 temps mais n’a rien à voir avec la valse. Quelle émotion ! Cet homme aime son épouse et cela s’entend. Chaleur, douceur, tendresse, balancement. Tout est à sa place pour cette femme. Le batteur travaille les cymbales alors que le percussionniste fait chanter les peaux des tambours. Il utilise aussi des maracas alors que le bassiste brode élégamment.

 

Le 15 août c’est la fête de la Vierge Marie (Assomption dans le calendrier catholique, apostolique et romain) et de nombreuses communes en Guadeloupe. « 15 août » (Roger Raspail). Introduction aux percussions. Son souple, chaud, métallique, vibrant. Les racines africaines ressortent à fleur de peau. C’est joyeux. La basse slappe. La batterie cingle. Le piano danse. Sur une note, Alain allège la musique, la rend plus Jazz.

 

« Thierry en l’an 2000 » (Alain Jean Marie). C’est un kaladja en hommage à un jeune musicien guadeloupéen. Rythme léger, avec des décalages, des surprises. Un défi pour les danseurs. C’est faussement prévisible. Alain Jean Marie est le seul musicien du quartet à ne pas porter de casquette sur scène. Ca doit être la marque du Chef.

 

La biguine est une musique urbaine, bourgeoise dansée dans les casinos mais aussi dans les bals populaires. La « biguine compas » date des années 1960. « Sérénade » (Alain Jean Marie). C’est plus énergique, plus haché rythmiquement que le morceau précédent. Je laisse les experts, dont je ne suis pas, expliquer la différence entre la biguine et la biguine compas.

 

« 23 mai zouk » (Alain Jean Marie) souvenir de l’abolition de l’esclavage. On est bien loin du zouk machinal de la bande FM. Ca joue, danse, chante la liberté. Très joli travail au triangle de Roger Raspail.

 

Changement d’air, de rythme. Mon voisin de devant, manifestement Antillais, joue des percussions sur ses cuisses. C’est dire si c’est bon. C’était «  Papa moen kou ».

 

PAUSE

 

Ca repart joyeusement. Le piano fait pouët pouët mais harmonieusement. C’est la fête. Ca sent le soleil, la mer, la chaleur ce qui n’empêche pas de bouger. Ma belle voisine Antillaise commence à danser sur place. Ces gars là assurent. Roger Raspail monte le son et ça se sent. C’est très bon.

 

Intro au piano d’une ballade dont Alain Jean Marie possède le secret. Le batteur est passé aux balais. Sur  un mouvement de poignet du pianiste, ça repart vif et dansant mais avec un parfum de nostalgie du pays natal. Cette musique change de la Guadeloupe des films et des affiches publicitaires. C’est plus colorié, plus varié, plus subtil mais toujours habité par les dieux du rythme et de la danse. Roger Raspail sait doser son effort en soutien comme en soliste. Ca joue juste. La rythmique tourne comme un seul homme. Dieux que c’est bon ! Cela nous allège et nous soulève. C’était « Dendé » de Roger Raspail.

 

Minuit. Le carrosse va se changer en citrouille. Un couple s’en va. Une ballade profonde. Un gros son de basse traverse la salle de part en part. Le piano chante sous les doigts d’Alain Jean Marie. Batterie et percussions correspondent. Comme le disait Duke Ellington, « comfortably hip and respectably cool ».

 

Alain Jean Marie n’explique plus les morceaux, ne les annonce plus. Le groupe joue et enchaîne. Morceau plus vif, plus dansant, plus joyeux. Ma belle voisine a des repères. Elle claque des doigts au changement de rythme. Alors que la rythmique tourne, Alain se lance dans des audaces pianistiques tout en restant dans le rythme. La grande classe. Le piano devient instrument de percussion en accompagnement du batteur et du percussionniste. C’est un jeu fait d’énergie, de maîtrise, de rigueur, de précision rythmique le tout avec imagination et émotion. Roger Raspail fait vibrer le Ka. C’était un hommage à « Ti Jean de Velo ».

 

Hommage aux amis de Kassav avec un de leurs tubes. « Kassav, c’est la musique de l’avenir » disait Miles Davis dans les années 1980. C’est très dansant mais à la manière d’Alain Jean Marie, plus subtile que l’originale. Je reconnais ce tube des années 1980 «  Scié, scié bois ».

 

Une dernière petite biguine avant d’aller boire un thé. C’est très joyeux, très vif et diaboliquement rythmé.

 

PAUSE

 

Il est 0h30. Je n’ai pas envie de partir, je n’ai pas sommeil mais il faut aller se coucher car il y a école le lendemain. Bien loin du simple folklore, au-delà de l’accompagnement des danseurs, Alain Jean Marie et son « Gwadarama » Quartet réinventent la musique guadeloupéenne, une musique métisse, antillaise qui peut toucher bien au-delà des amateurs de Jazz et d’îles des Caraïbes.

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Jérôme Sabbagh Quartet de retour à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunset. Mardi 11 mai 2010. 21h30.

 

Jerôme Sabbagh Quartet.

 

Jérôme Sabbagh

 

La photographie de Jérôme Sabbagh est l'oeuvre de l'Explosif Juan CARLOS HERNANDEZ.

 

Jérôme Sabbagh : saxophone ténor

Ben Monder : guitare électrique

Joe Martin : contrebasse

Joechen Rueckert : batterie

 

Ballade sombre, menaçante. Le groupe est soudé dès les premières notes. Ce soir, le batteur est à sa place. Le jeu de guitare est fin, cool, sans esbroufe. Il me rappelle même Elek Bacsik. Jérôme reprend les commandes avec un beau son majestueux. C’était « The Turn ».

 

« Electric Sun ». Morceau funky avec des accents antillais. Ca chauffe en douceur. Je hoche la tête de contentement. Ca balance bien. Belle composition énergique, ensoleillée, avec des réminiscences de Jimi Hendrix au fond d’un club de Jazz alors que la nuit est froide et humide dehors. Le son monte mais juste ce qu’il faut. Contrebasse et batterie ne lâchent pas la pulsation d’une microseconde. Ca donne envie de danser, d’agiter les bras, de bouger son corps sans effort.

 

Duo sax/guitare au mm pour entamer une ballade. Le quartet démarre impulsé par le gros son de la contrebasse et les maillets roulant sur les tambours derrière. C’était « Comptine ».

 

« Vantage ». Ce soir le groupe joue essentiellement des nouvelles compositions. C’est enjoué, délié. Ben Monder surveille les cordes de sa guitare en vol plané.

 

« La fée Morgane ». Celle qui captiva Merlin l’Enchanteur. Une sorte de mélopée heurtée. Cette fée est drôlement tourmentée. Son grand breton de la guitare. C’est juste car la légende de Bretagne avec l’enchanteur Merlin, la fée Morgane, les chevaliers de la Table Ronde vient plutôt de l’île de Bretagne que de la péninsule d’Armorique.

 

PAUSE

 

Gros coup de barre ce soir. Il faut aller à l’école le lendemain matin. Je ne suis pas resté plus longtemps. Le groupe est encore en rodage de nouvelles compositions du leader. « Electric Sun » est celle qui m’a le plus marqué. A réécouter.

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