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Le régime des intermittents du spectacle: la persistance d'une dérive

Publié le par Guillaume Lagrée

 

En France, le régime d'assurance chômage des intermittents du spectacle, dont relèvent les musiciens de Jazz, concerne 3% des cotisants et représente 1/3 du déficit de l'assurance chômage. Y a quelque chose qui cloche là dedans. J'y retourne immédiatement comme disait l'oncle bricoleur de Boris Vian dans " La java des bombes atomiques ".

 

C'est ce que fait la Cour des comptes  dans son rapport annuel 2012.

 

L'essentiel est que le carnaval ne s'arrête pas. Surtout si c'est Sonny Rollins qui joue comme ci-dessous. Au festival de Cascais, au Portugal, en 1976. Même l'Océan Atlantique dansait ce soir là.

 

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Ahmad Jamal " Blue Moon "

Publié le par Guillaume Lagrée

Ahmad Jamal " Blue Moon "

Jazz Village. Harmonia Mundi.

Sortie le mardi 7 février 2012.

En concert à Paris au théâtre du Châtelet le jeudi 9 février 2012 à 20h.

Ahmad Jamal: piano

Reginald Veal: contrebasse

Herlin Riley: batterie

Manolo Badrena: percussions

Ahmad Jamal et Herlin Riley

 

 

La photographie d'Ahmad Jamal et Herlin Riley est l'oeuvre du Charmant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Que dit le Nouveau dictionnaire du Jazz de Fritz Jones devenu Ahmad Jamal? Qu'il eut son meilleur trio avec Israel Crosby (contrebasse) et Vernell Fournier (batterie) entre 1958 et 1962, qu'il ne parvient plus à reconstituer un trio possédant le même niveau instrumental ni la même complémentarité entre les musiciens. Sa carrière se poursuit cependant avec, parfois, des silences discographiques (1973-1975) et un intérêt musical variable. Il faut reconnaître que son trio originel joua un rôle important dans l'évolution du trio piano/contrebasse/batterie au point d'influencer Bill Evans et qu'il fut le pianiste préféré de Miles Davis même si Miles ne joua jamais avec lui.

Quant à cet album, après plusieurs écoutes attentives, je reste sur mon impression de départ. Ce n'est pas du piano mécanique, c'est du piano qui roule des mécaniques. Que de rythmes , que d'échafaudages subtils mais une absence totale de propos, de mesure, de discours, d'émotion. Vous ne pourrez jamais prendre  en défaut techniquement un groupe aussi solide. Le problème, c'est qu'ils n'ont rien à dire. Ca bavarde mais ne parle pas. 

Pour lire un discours à l'opposé du mien, vous pouvez consulter, aimables lectrices, charmants lecteurs, le nuuméro de février 2012 de Jazz Magazine/Jazzman qui consacre des pages dithyrambiques de chroniques et d'interview d'Ahmad Jamal.

Pour ma part, pour ce qui est des pianistes octogénaires créatifs, je mets toujours au sommet de l'Art, Monsieur Martial Solal.

Cela n'empêche pas que le Live at the Pershing d'Ahmad Jamal reste un de mes albums favoris.

Voici ce merveilleux trio composé d'Ahmad Jamal (piano), Israel Crosby (contrebasse) et Vernell Fournier (batterie). La preuve qu'Ahmad et Israël peuvent jouer ensemble en harmonie avec Monsieur Fournier, c'est le nombre et la qualité des musiciens qui les écoutent admiratifs dans ce film de 1959. Le jeu consiste à les reconnaître. A vous de jouer.

 

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Sélection de concerts de Jazz à Paris pour février 2012

Publié le par Guillaume Lagrée

" In a silent way " a été enregistré par Miles Davis et ses hommes en février 1969 à New York. Depuis lors, le mois de février est indissociable de cet album.

Pour le mois de février 2012, c'est avec l'arrogance d'un capitaine de l'équipe de France de Fed Cup que je vous propose ma sélection de concerts de Jazz à Paris.

Duc des Lombards

Samedi 11 à 20h et 22h le nouveau quartet du tromboniste et conquiste français Sébastien Llado. Anti dépresseur non remboursé par la Sécurité Sociale mais à l'effet garanti.

Vendredi 24 et samedi 25 à 20h et 22h, le quintet de Bennie Maupin (flûte, clarinette basse) musicien indispensable au son de Miles Davis et Herbie Hancock dans les années 70. 

Lundi 27 et mardi 28 à 20h et 22h, le trio du pianiste suisse Colin Vallon que j'ai déjà beaucoup apprécié comme accompagnateur de la chanteuse albanaise Elina Duni. A découvrir en leader en Paris.

Pour les noctambules désargentés, les After Hours du Duc des Lombards sont gratuites du jeudi au samedi après minuit. Un groupe différent chaque nuit.

Daniel Humair

La photographie de  Daniel Humair est l'oeuvre du Genevois Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Sunset/Sunside

Samedi 11 à 20h30 Jazz à Roland Garros avec le trio de  Daniel Humair. Le concert a lieu dans les locaux de la FFT au Stade de Roland Garros, porte d'Auteuil, à Paris. Vous pouvez aussi aller voir  et acheter les peintures de Daniel Humair à la galerie Virgile Legrand, à Paris, jusqu'au vendredi 24 février.

Vendredi 24 à 21h30 au Sunset, le trio d'Oliver Lake (saxophones) avec John Betsch (batterie) et Peter Giron (contrebasse). Libérez vos esprits!

Vendredi 10 à 21h au Sunside, le trio de Thierry Péala revient, après son triomphe au New Morning, défendre son album " Move is ". Prêts à voyager?

Samedi 11 à 19h30 au Sunside, le pianiste Edouard Ferlet viendra jouer " Upside Bach ". Attention, beauté!

Plusieurs hommages à Thelonious Sphere Monk, mort le 17 février 1982, à New York  chez la baronne Panonnica de Koenigswarte à qui  il dédia " Pannonica ", seront rendus au Sunside ce mois çi par différents pianistes.

Vendredi 17  à 21h, Bobby Few en trio.

Samedi 18, dimanche 19, mardi 21 à 21h, Laurent Coq en trio.

Mercredi 22 à 21h, Alain Jean Marie en quartet avec Pierrick Pédron (sax alto).

Caveau des légendes

vendredi 24 et samedi 25 à 21h30,  Eric Le Lann en trio avec Nelson Veras (guitare) et Gildas Boclé (contrebasse) rendra hommage à Chet Baker. Eric Le Lann fait partie des très rares trompettistes à avoir conservé cet art sur le fil du rasoir propre à Chet Baker qui n'est pas seulement le héros d'une chanson de Vanessa Paradis. Il sera accompagné par un duo d'une finesse et d'une élégance rares. Emotion et discrétion seront au rendez-vous.

La Java

Jazz à la Java le lundi 27 à 20h30 avec de multiples invités qui ont joué ensemble sur les scènes parisiennes depuis 30-40 ans. A découvrir sur place. L'ombre de Jimi Hendrix planera sur cette salle qui accueillit Django Reinhardt.

Le Triton (Les Lilas, métro Mairie des Lilas, ligne 11)

Vendredi 17 à 20h30 duo de pianistes: François Couturier et Yvan Robilliard.

Février est le mois de la Saint Valentin. La chanson du mois est donc " My funny Valentine ". Cette chanson est indissociable de Chet Baker. Si vous ne savez pas encore pourquoi, la vidéo ci-dessous devrait vous le faire comprendre, lectrices nostalgiques, lecteurs rêveurs. Chet Baker chante avec tant de douceur que les filles en tombent par terre disait un critique américain des années 50. Rien d'autre à ajouter.


 



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Retour du concert de Nicolas Kummert au Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Paris. Le Sunset.

Jeudi 2 février 2012. 21h30.

Nicolas Kummert « Voices »

 

Nicolas Kummert : saxophone ténor, voix, composition, direction

Hervé Samb : guitares, voix

Alexi Tuomarila : piano

Lennart Heyndels : contrebasse

Lionel Beuvens : batterie

 

« Petit Simon millionnaire », morceau qui ouvre l’album. Nicolas commence en chantonnant une mélopée envoûtante. Doucement le groupe le rejoint. Les notes de guitare se détachent, nettes et précises. Ca, c’est de l’émotion ! Un sax ténor qui chante, c’est rare. Il y a Gato Barbieri mais, à part lui, je ne vois pas. Au saxophone ténor, il chante encore. Je ne connais pas le héros de cette histoire mais elle est prenante. Le piano sonne un peu bastringue mais c’est bien dans l’ambiance de la musique. Ca monte, ça monte. Bon son de sax ténor, très vocal. Un vrai Jazzman. L’instrumentation et les rythmes sont Jazz, l’émotion est digne des meilleures chansons populaires.

 

Solo de contrebasse pour commencer. Bien électrifié, puissant. Nicolas Kummert s’est fâché avec les héritiers de Jacques Prévert qui lui ont interdit de reprendre ses poèmes à sa façon. Il en a fait une chanson. « Compagnon des mauvais jours, je te souhaite une bonne nuit ». Ca gronde derrière, comme le texte. Il enchaîne au sax ténor et ça fait une belle vague puissante qui nous emporte. Si la musique ne provoque pas chez l’auditeur cette vague qui lui donne envie de se laisser emporter, à quoi bon l’écouter ? C’est très beau. Je peux pas mieux dire : c’est très beau. Oh, ils n’ont pas des voix de bel canto mais ils savent vous attraper l’âme. Beau solo de guitare, puissamment bluesy, bien soutenu par la rythmique. Le sax arrive, reprend l’air de la chanson alors que le guitariste poursuit son solo. C’est bon comme ça.  Tout se calme pour revenir à la chanson. Solo de piano toujours avec ce son amusant de bastringue. Basse et batterie rythment en douceur.

 

« Liberté », une composition plus ancienne. Morceau plutôt funky. La rythmique groove grave. Le sax ténor se détache calme au dessus d’une rythmique bien frappée. Le guitariste attend tranquillement son tour. Il arrive discrètement alors que la rythmique pulse toujours autant. Ils s’ébrouent librement effectivement.

 

« La théorie des cordes », hommage à la physique quantique. Le piano pleut doucement, pas des cordes, juste du goutte à goutte. Contrebasse sèche, précise, nette. Batteur aux balais. Le guitariste distille ses notes. Sax ténor de velours. Ca tient chaud. Ca fait du bien alors qu’il fait si froid dehors. Hervé Samb prend la main avec un gros son grave.

 

« Folon » (Salif Keita). Hervé Samb passe à la guitare électro acoustique. Il la fait sonner comme une kora. Très joli solo introductif à la guitare. Ca balance doucement. Le sax ténor entre dans le jeu, en duo avec la guitare, tout en douceur, à l’africaine lui aussi. Whaouash ! Tout le groupe s’y met. La batterie cliquète, les baguettes sur les bords de caisse. C’est parti. Ca chaloupe et ça chante. C’est tout bon. Tout le monde chante. Des jeunes filles aux grand-mères. Ya ya ya ya ya ya yeo. C’est la version malienne du Yeah Yeah des Américains je suppose. C’est tout aussi entraînant.

 

PAUSE

Ca démarre avec le batteur. Sax, guitare arrivent. Ca groove sévère. Toujours dans l’ambiance africaine. Encore un poème de Prévert qui a été refusé à Nicolas Kummert. La censure stimule la créativité des artistes. Ce morceau en est une nouvelle preuve. Solo bluesy, énergique de guitare électrique. Le sax ténor reprend la main. Le batteur tapote doucement. Nicolas joue et grogne alternativement. Une technique héritée du Free Jazz mais jouée ici plus harmonieusement. Ambiance tropicale mais pas frelatée. C’est bon en pleine semaine du froid à Paris.

 

«  (They long to beClose to You » (Burt Bacharach). Ca commence avec une boite à musique. Nicolas chante en harmonie avec la mécanique. C’est drôle et charmant. Ensuite, la ballade langoureuse et voluptueuse commence. Un petit retour de la boite à musique. La ballade redémarre. C’est le moment de faire craquer les mignons minets ou les mignonnes minettes selon vos goûts, envoûtantes lectrices, séduisants lecteurs. « Ah ah ah ah ah, close to You », vous voyez le film, n’est-ce pas ?

 

« Paseo de los tristes », une composition plus ancienne. Lennart Heyndels est actuellement l’élève de Riccardo del Fra au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris , section Jazz. C’est un bon élément. Cela s’entend. Le groupe repart. Ca chante, ça vibre. Le blues à l’africaine d’Hervé Samb, c’est sacrément efficace et parlant.

 

« Mourir vivant ». Une chanson de Nicolas Kummert qui est un hymne à la vie comme son titre l’indique. Quant aux paroles, je vous laisse les découvrir en écoutant l’album, lectrices curieuses, lecteurs impatients. C’est une très belle chanson malheureusement gâchée par un couple de jeunes pies, mâle et femelle, assis près de moi qui n’y prête aucune attention.

 

« Monk’s Dream » (Thelonious Sphere Monk). Monk joué en reggae. C’est dans l’esprit. Ca balance bien. Les pies s’admirent, se parlent, s’écoutent et n’écoutent pas. Les musiciens, eux, nous font partager un rêve éveillé, à la Monk. Il a vraiment un beau gros son, ce contrebassiste. Après nous avoir fait chanter, le groupe repart à bloc. Nous chantons à nouveau. Le couple de jeunes Italiens près de chez moi chante bien. Les pies, elles, jacassent.

 

L’album m’avait plu. En concert, cela me plaît aussi parce que c’est vivant, chaleureux, rythmé, varié, authentique. De plus, ce saxophoniste-chanteur-poète sait communiquer avec le public. Bref, il faut suivre les Voix de Nicolas Kummert.

 

Voici ce groupe jouant à domicile, en Belgique, à Bruxelles, sur la Grand Place. " Compagnon des mauvais jours, je te souhaite une bonne nuit ". A vous aussi, lectrices raffinées, lecteurs distingués.

 

 

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Dan Tepfer explique ses Variations sur les Variations Goldberg

Publié le par Guillaume Lagrée

 
Le jeune pianiste franco américain Dan Tepfer vient de nous offrir ses Variations sur les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach. Une interprétation qui fera date. Il a bien voulu répondre à mes questions sur ce projet musical. Que les dieux et les muses le protègent!

1. Pourquoi les Variations Goldberg? N'y a t-il pas déjà assez de versions de cette oeuvre sur le marché?

 
Il y en a effectivement beaucoup — c'est une oeuvre qui inspire beaucoup de musiciens (et pas seulement les pianistes). Mais je ne pense pas qu'il y en aura jamais 'assez', car c'est une œuvre qui est infiniment renouvelable. Le but de chaque interprète, face à une œuvre de cette profondeur, c'est de s'y retrouver à un niveau personnel, ce qui veut aussi dire y retrouver sa propre époque — trouver le présent dans le passé. Pour moi, cela passe par l'improvisation. 

2. Quelle interprétation t'a le plus inspiré? Pourquoi? Comment t'en es tu détaché pour créer ta version?
 
J'ai quelques enregistrements fétiches: les deux versions de Glenn Gould ('55 et '81), et le deuxième enregistrement de Pierre Hantaï, au clavecin, que je trouve tout aussi palpitante que les versions de Gould, tout en étant très différente. Et j'en aime également d'autres, par exemple l'enregistrement d'origine de Wanda Landowska, sombre et mystérieux, ou l'enregistrement ultra précis mais plus académique de Murray Perahia. Le travail de détachement se fait en intériorisant le texte le plus possible; à un certain point, on sent que la musique sort de nous-même. C'est à partir de ce moment là que ça devient personnel.

3. Pourquoi Bach? JS Bach me semble être le compositeur préféré des musiciens de Jazz. Pourquoi?
 
La réponse facile est que Bach est tout simplement excellent. En terme de qualité, de diversité, de structure, d'inventivité, il est indépassable. C'est le genre de musique qu'on aime d'avantage plus on l'étudie, car elle est infiniment profonde — on n'arrête pas d'y découvrir de nouvelles choses. Comme les grands romans, elle peut être lue à un nombre de niveaux différents. La relation avec le jazz est plus subtile. Je crois que ça à voir avant tout avec la ligne: à un niveau superficiel, Bach suit un procédé qui ressemble à celui du musicien de jazz. Il prend une base harmonique et trouve une mélodie à mettre par dessus, souvent en croches. Les musiciens de jazz sont amoureux de la ligne, et Bach en a composé des milliers, toutes magnifiques. C'est aussi une musique qui groove, issue de la danse, tout comme le jazz.

4. Comment une oeuvre composée au XVIII° siècle peut-elle inspirer la créativité d'un musicien de moins de 30 ans en 2011?
 
C'est bien ce qu'on se demande. Cela montre l'universalité de cette musique. Bach écrivait une musique d'une telle pureté qu'elle est difficilement démodable. Bach m'a toujours parlé, depuis mes premiers jours au piano. Et j'ai toujours eu envie de lui répondre avec mes propres paroles.

5. Bach n'est il pas d'une fausse simplicité et finalement dangereux à jouer?
 
Bach, c'est probablement ce qu'il y a de plus difficile à jouer dans la musique classique. Chaque note est essentielle; on ne peut pas se cacher derrière un brouillard de pédale. Oui, sa grande clarté extérieure peut lui donner un certain air de simplicité, mais ce n'est pas du tout une musique simple. C'est une musique extrêmement détaillée, avec plein de circularités internes, ce qui la rend difficile à mémoriser. Et en plus, le rythme y est essentiel; on ne peut pas jouer Bach bien sans avoir un sens profond de la pulsation, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Mais c'est justement cette difficulté qui m'attire, chez Bach. On ne peut pas tricher; chaque concert est un vrai défi.

6. Beaucoup de Jazzmen se sont attaqués à Bach avec plus ou moins de bonheur. La version des Variations Goldberg par Keith Jarrett a été décriée. Les interprétations de Jacques Loussier jugées trop commerciales. John Lewis, lui, a suscité plus de respect et joué les Variations Goldberg en duo avec sa femme, claveciniste.
 
Il y a aussi la version complètement loufoque des Variations Goldberg par Uri Caine. C'est de la musique qui inspire, avec des résultats variés, effectivement.

7. Comment as tu créé tes improvisations? Sont elles improvisées sur l'instant ou as tu écrit quelque chose auparavant?
 
Elles sont improvisées sur l'instant, et sont différentes à chaque concert. Mon procédé est proche de l'art Zen, où, par exemple, un peintre étudie pendant longtemps une fleur sans faire le moindre dessin, pour pouvoir ensuite la rendre dans un instant, avec un seul coup de pinceau. J'étudie chaque variation pour en cerner l'essence (ou, du moins, celle que j'y voie), et c'est cette essence que j'essaie alors de rendre dans mon propre langage, dans l'instant. C'est ma façon d'exprimer ce que chaque variation veut dire pour moi. Note: c'est à la peinture zen que le pianiste Bill Evans fait référence dans les notes de l'album " Kind of Blue " de Miles Davis (1959). Sauf que cela convient mieux à l'album de Dan Tepfer puisque lui fait des variations, justement.

8. Les amateurs de baroque trouveront ton interprétation romantique donc à proscrire. Que leur répondre?
 
Comme je l'ai dit, Bach a écrit de la musique universelle. De plus, c'était un grand improvisateur qui a eu vingt enfants. Je ne pense pas qu'il était fermé d'esprit. Ce qui m'intéresse beaucoup plus que l'intégrité "historique" d'une interprétation, c'est sa force, sa vitalité. Il y a des interprétations baroques que j'aime car elles sont vivantes, et d'autres que je n'aime pas car elles sont trop académiques et ne m'engagent pas. La vérité est là, et non dans l'application de règles rigides.

9. Cet album te permet de concilier ta culture classique avec ta culture Jazz. D'autres compositeurs classiques pourraient ils t'inspirer aussi?
 
Oui, bien sûr. Je pense notamment à György Ligeti. Mais je ne pense pas sortir un autre album contenant de la musique classique avant longtemps. Mes racines, et ma vraie identité, se situent dans l'improvisation et le jazz.

10. En Europe, le pianiste italien Enrico Pieranunzi mêle avec bonheur cette double culture classique/Jazz depuis des décennies. S'il a abandonné son enseignement du piano classique au conservatoire de Rome, il a enregistré récemment ses versions de Scarlatti, Bach, Haendel. L'as tu écouté? Jouerais tu avec lui?
 
Oui, bien sûr, j'ai entendu Enrico. C'est un superbe pianiste, et effectivement, je pense qu'on s'amuserait pas mal si on faisait un jour un bœuf en duo...
 

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Podcast de la nuit John Coltrane sur France Musique

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Lectrices miséricordieuses, lecteurs généreux, je dois vous demander pardon de ne point vous avoir signalé la nuit John Coltrane sur France Musique qui eut lieu le 18 décembre 2011 de 1h à 7h du matin sous la responsabilité d'Eric Dahan. Pire, je ne l'avais pas remarquée.

Heureusement, vous pouvez désormais l'écouter en podcast à tout moment, n'importe où sur cette planète, du moment que vous avez accès à Internet.

Techniquement, John Coltrane (1926-1967) sonnait faux au saxophone ténor comme au saxophone soprano mais, émotionnellement, ce qu'il jouait était si puissant qu'il faisait oublier sa technique. Son batteur, Elvin Jones, disait de lui qu'il était un ange descendu sur Terre. Le voyage continue avec sa musique.

John Coltrane (saxophone ténor), Mac Coy Tyner (piano), Jimmy Garrison (contrebasse), Elvin Jones (batterie) jouent Naima, en France, au festival d'Antibes Juan les Pins le 27 juillet 1965. Heureusement, l'ORTF et Jean Christophe Averty étaient là pour capter cette musique pour l'éternité.

 

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