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Sélection de concerts de Jazz à Paris pour janvier 2013

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Sages lectrices, prudents lecteurs, fidèles abonnés au Jazz et à l'électricité, recevez tous mes voeux de santé et de prospérité pour 2013, année à l'aise.

Pour bien commencer l'année, voici ma sélection de concerts de Jazz à Paris pour le mois de janvier 2013 choisis avec le même respect des règles démocratiques qu'un président de parti politique français (celui de votre choix).

Sarah Murcia

 

La photographie de Sarah Murcia est l'oeuvre du Philogyne Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Péniche l'Improviste

Vendredi 18 à 21h30: le trio Bruno Angelini (piano)/Mauro Gargano (contrebasse)/Fabrice Moreau (batterie). Je vous ai déjà chanté les louanges de l'album et d'un précédent concert de ce trio. Allez y donc, saperlipopette! Pour ceux qui ne peuvent y assister en direct, la 2e partie du concert sera diffusée en direct à partir de 22h30 dans le Jazz Club d'Yvan Amar sur France Musique. La première partie sera diffusée en différé dans une émission ultérieure. Pour tout vivre en direct, il faut y être.

Mercredi 23 à 21h30: Pierre Durand (guitare) invite Sébastien Texier (saxophones) et Christophe Marguet (batterie). A découvrir sur pièces et sur place. Rien n'est prévisible avec ces gaillards.

Le Triton (Les Lilas, métro Mairie des Lilas)

Samedi 19 à 21h: Caroline de Sarah Murcia. Là encore, je vous ai déjà chanté les louanges de l'album (concept autour de Caroline , chérie et bibi) et d'un précédent concert. Toute absence devra être motivée sérieusement.

Jeudi 31 à 21h: Birge/Hoang/Perraud " Rêves et cauchemars ". Jean Jacques Birgé (claviers, électronique)/Antonin Tri-Houang (sax alto, clarinette basse)/Edward Perraud (batterie). Bizarre, vous avez dit bizarre?

Auditorium Saint Germain:

Lundi 21 à 19h30: Leçon de Jazz d'Antoine Hervé " Julian Canonball Adderley, Soul Brother du saxophone " avec Pierrick Pédron (sax alto). Enfants, adultes, vieillards, venez profiter du Gai Savoir d'Antoine Hervé!

Studio de l'Ermitage:

Jeudi 17 à 20h30: Akasha Quartet avec Yves Rousseau (contrebasse, composition)/Régis Huby (violons)/Jean-Marc Larché (saxophones alto, soprano)/Christophe Marguet (batterie). Yves Rousseau a décidé de rester entre hommes, entre instrumentistes se passant des voix somptueuses de Claudia Solal et Maria Laura Baccarini. Pari audacieux qu'il est capable de tenir.

Jeudi 31 à 20h30: le quartet de Macha Gharibian (piano, chant). Elle n'est pas Tigran Hamasyan mais elle vaut le déplacement. Certes les racines arméniennes sont fortes (elle aussi joue Komitas) mais elle chante aussi la poésie de William Blake et de William Parker. A découvrir.

Les Disquaires:

Un bar près de la Bastille avec des concerts gratuits de Jazz (consommation obligatoire de boisson pour payer les musiciens et la salle) à 20h. Pour la plupart, je ne les connais pas, allez les découvrir. 

Mercredi 30, 20h: le Bounce Trio de Matthieu Marthouret (orgue Hammond) avec Gautier Garrigue (batterie). Pour faire des bonds de joie sur votre chaise, écoutez le Bounce Trio!

 

Duc des Lombards:

Festival " French Quarter ". Le mois de janvier 2013 est consacré au Jazz français. Parfaitement, Messieurs, Dames!

Mardi 15 à 20h et 22h: " Caja Negra " le projet sudiste, de la Méditerranée aux Caraïbes du saxophoniste ténor niçois Pierre Bertrand.

Lundi 21, mardi 22 à 20h et 22h: le Roi René Urtreger (piano) en trio avec Yves Torchinsky (contrebasse) et Eric Dervieu (batterie). La classe, forcément la classe.

New Morning:

Dimanche 13 à 19h: Roy Ayers (vibraphone, claviers, chant) fête ses 70 ans sur scène avec un nouvel album. Un des artistes les plus samplés au monde. 

Mardi 22 à 20h et 22h: deux concerts d'Emmanuel Bex (orgue Hammond) pour le prix d'un. D'abord avec son Open Gate Trio (Francesco Bearzatti: sax ténor, clarinette/Simon Goubert:batterie) actuel, autour d'un programme Bartok dont j'ai louangé l'album et un précédent concert puis la reconstitution d'une ligue dissoute, le trio BFG qui n'est pas un vaccin mais l'ensemble composé par Emmanuel Bex/Glenn Ferris (trombone)/Simon Goubert (batterie). Une soirée où les idées et la beauté vont fuser.

Mercredi 30 à 20h30: Lonnie Liston Smith and the Cosmic Echoes. Avec ces gaillards, nul besoin de substances illicites, nocives pour la santé et la couche d'ozone, pour groover et planer comme jamais. Il suffit d'écouter leur musique.

La Java

Lundi 21 à 20h30: Jazz à la Java. Soirée spéciale guitares. Richard Bonnet&Hasse Poulsen (guitares) rejoints ensuite par Pierre Durand (guitare) et Régis Huby (violon). Les guitares sont lâchées!

Cité de la Musique:

l'exposition "  Django Reinhardt, le Swing de Paris " se terminera le mercredi 23 janvier 2013. Excellente initiation au Guitariste Gitan Génial pour les petits et les grands. Le seul Jazzman français connu par son seul prénom qui est, de plus, devenu un standard du Jazz: " Django " (John Lewis).

Sunset-Sunside:

Mardi 1er à 20h30: " Byard by us " par le trio de Pierre Christophe (piano). Un hommage vivant et vibrant à son Maître Jaky Byard, fidèle pianiste de Charles Mingus ou comment commencer l'année en beauté. 

Mercredi 2, jeudi 3 à 21h30: le trio Bex/Romano/Catherine. Une valeur sûre et pas démonétisée.

Vendredi 4, samedi 5 à 22h: Aldo Romano (batterie) invite Emmanuel Bex (orgue Hammond) et Géraldine Laurent (saxophone alto). Même remarque que le concert précédent.

Jeudi 10, 21h: Laurent Coq " Gratitude ". Retour sur scène pour le pianiste militant après plusieurs mois de maladie.

Mardi 15, mercredi 16, jeudi 17 à 21h: le trio Larry Goldings (orgue Hammond)/Peter Bernstein (guitare)/Bill Stewart (batterie). Super efficace, sérieux sans se prendre au sérieux. Que du bonheur!

Vendredi 18 à 21h: le New Quartet de Leila Olivesi (piano, claviers). Cette femme est aussi belle à voir qu'à écouter. Une enchanteresse. Navré, Messieurs, elle est mariée et mère de famille.

Jeudi 24 à 21h: Anne Pacéo (batterie) Yoka Quintet. Une femme de tête et de coeur avec ses hommes. 

Jeudi 24, vendredi 25, samedi 26 à 21h30: Bob Mover (sax alto), ancien complice de Chet Baker, sur scène avec Bob Cranshaw, l'inamovible (contre)bassiste de Sonny Rollins. Pour amateurs de Jazz exclusivement.

Mardi 29, mercredi 30, jeudi 31 à 21h: Elina Duni (chant albanais) revient avec le trio du pianiste helvète Colin Vallon défendre son nouvel album que je n'ai pas écouté. Une voix et une présence envoûtantes portées par une rythmique en acier trempé.

 

Bob Mover sur scène jouant sa composition " Blues for Bobby Ward ", ça donne ceci.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le " Supplément d'âme " de Jean-Philippe Viret emporte le Café de la danse

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Jean-Philippe Viret Quartet

" Supplément d'âme "

Paris. Le Café de la danse.

Vendredi 21 décembre 2012. 20h.

 

Jean-Philippe Viret: contrebasse, composition, direction

Eric-Maria Couturier: violoncelle

David Gaillard: violon alto

Sébastien Surel: violon

 

Jean Philippe Viret

 

La photographie de Jean-Philippe Viret est l'oeuvre de l'Accordé  Juan-Carlos Hernandez. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Rubrique People: Emmanuel Bex et Edouard Ferlet, le producteur de cette musique, sont au nombre des spectateurs ce soir.

Rubrique technique: dans le quatuor à cordes de la musique classique, il y a un violoncelle, un violon alto et deux violons. Dans le quartet à cordes de Jean-Philippe Viret, sa contrebasse remplace un violon. Comme l'âme (pièce qui, après le chevalet, transmet les vibrations dans le corps de l'instrument à cordes) de la contrebasse est plus grosse que celle du violon, le nom du quartet " Supplément d'âme " s'explique aisément. Rien de prétentieux là dedans. Un simple constat technique.

Un air romantique, hivernal pour commencer. Logique pour le jour le plus court, celui de l'Apocalypse (la 182e repértoriée par les historiens européens). Seul le contrebassiste joue sans archet. Ca berce l'âme comme une douce vague. Au tour de la contrebasse d'exposer le thème à l'archet alors que le violoncelle est pincé délicatement. Le thème passe ainsi de musicien en musicien. De gauche à droite de la scène, vu du public, se trouvent le violon, le violon alto, la contrebasse et le violoncelle. Un vrai silence avant les applaudissements. C'est de la musique de concert, pas de café. 

Le violoniste commence seul. Puis le violoncelliste et le contrebassiste lui répondent vivement et gravement à l'archet. Deux couples se font face: violon-alto, contrebasse-violoncelle. Ca glisse d'un côté, ça gratte de l'autre. Ensuite ça tapote à gauche avec les mains sur les corps des instruments alors qu'à droite contrebasse et violoncelle filent doux sous les archets. Ca repart à nouveau avec les deux couples précités. La tension monte. L'héroïne sera t-elle délivrée à temps du dragon par son preux chevalier servant? L'alto le fait arriver à grandes chevauchées triomphantes. C'est lui qui conclut. J'en déduis que le chevalier est arrivé à temps.  

C'était " Justice " puis " Esthétique ou pathétique? ".  Voici une nouvelle composition de Jean-Philippe Viret " Le rêve usurpé ".

Solo de contrebasse à l'archet pour commencer. Sombre, dense, majestueux. Le violoncelle lui répond en partant de son point d'arrivée. Puis les deux violoneux enchaînent. Le quartet reprend. Cela fait une grande caresse qui nous berce. JP Viret reprend en pizzicato en duo avec l'altiste. Cela devient plus Swing, plus Jazz. Ca bataille joyeusement à qautre entre romantisme et jazz. Ils reviennent au romantisme glissant doucement vers le final. Ca c'est de la maîtrise. 

" Les barricades mystérieuses " pièce pour clavecin de François Couperin (1668-1733) arrangée par JP Viret qui y voit une évocation des dessous féminins. Jolie définition. " J'avoue de bonne foi que j'aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend " (François Couperin).  S'il est possible d'avoir les deux en même temps, c'est encore mieux mais, à défaut, je partage cet avis. Un morceau touché par la grâce où tous commencent en pizzicato. Tout se balance doucement comme une escarpolette pousée doucement par un galant derrière une jeune fille en fleur. Un pur délice. Je hoche la tête de contentement, de joie béate. Les musiciens restent en pizzicato, violon et alto sonnant comme des mandolines alors que contrebasse et violoncelle gardent le tempo. Un très joli exercice de style: une fantaisie galante à cordes et sans cri. L'alto repart à l'archet planant au dessus de la rythmique. Contrechant du violon à l'archet, à son tour. Le contrebassiste tient le tempo dans ses mains alors que ses trois complices glissent, subreptices. Cela sonne Français, Grand Siècle et d'aujourd'hui, bref intemporel. Le supplément d'âme n'est pas que matériel dans ce quartet.

Un morceau rapide, grave où tous commencent à l'archet. La course du chevalier pour délivrer sa belle a repris. Au loin résonne l'écho d'une noce. Va t-elle épouser celui qu'elle n'aime pas? Diable! Ca bataille ferme. Le chevalier affronte de fiers adversaires. Des petits tapotements discrets. Le chevalier essaie de se faufilerjusqu'à sa bien aimée. Le chant triste de la belle s'élève pour l'appeler (alto). Le chant à l'unission du final me laisse espérer qu'ils se sont retrouvés. 

" Pierre Daura " composition de JP Viret en hommage au peintre. Dieux que le spectateur est mal assis au Café de la danse! Cela vous brise le dos et les jambes. Certes la musique élève l'âme mais le corps a ses exigences. La musique est une ballade qui s'étire paresseusement comme un fleuve. La Loire dans ses îles et ses méandres. 

Un morceau rapide lancé sur la contrebasse à l'archet. Les autres instruments enchaînent. Ca y est c'est la danse nuptiale des amoureux enfin réunis. La noce peut commencer. Du sentiment, de l'action, du mouvement, de l'émotion. Ce concert est digne d'un roman d'Alexandre Dumas, un de mes écrivains favoris, lectrices lettrées, lecteurs érudits. Les archets glissent délicatement, le solo du contrebassiste à mains nues est tout à fait Jazz. La sarabande reprend. C'est la noce au village. Au violon alto de mener la danse et prestement même. Retour au calme pour un moment d'étreinte des jeunes époux. La danse revient vite. Le public, enthousiaste, tape des pieds et des mains pour obtenir un rappel.

RAPPEL

Suivant l'usage des musiciens classiques, c'est un bis. Ils rejouent " Esthétique ou pathétique ". Trois des musiciens de ce quartet jouent habituellement du classique. La voix de la majorité l'a emporté.

Un premier concert de ce quartet m'avait déplu. L'album me charme et ce concert m'enchante. Est ce moi, la musique ou les deux qui ont évolué? Ce qui est certain, c'est que la richesse, la finesse de cette musique méritent plusieurs écoutes attentives. Je compte sur vous pour vous y employer séance tenante, généreuses lectrices, munificents lecteurs.

 

Tout cela est mené de main de maître par le contrebassiste Jean-Philippe Viret. Pour découvrir l'homme et l'artiste, voici son portrait.

 

 


 


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L'Autorité de la Concurrence sanctionne la FNAC, France Billet et Ticketnet pour entente sur les prix des billets de concerts

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Lectrices consommatrices, lecteurs acheteurs, sachez que  l'Autorité de la Concurrence vient de condamner conjointement la FNAC, France Billet et Ticket Net à 9 378 000 euros d'amende pour entente sur les prix de vente des billets de concerts.

L'Autorité a estimé qu'il y avait eu entente entre ces 3 entreprises pour augmenter les prix de vente des billets de concerts au détriment des producteurs et des consommateurs, manoeuvre pour écarter un concurrent du marché (Digitick), bref violation du droit de la concurrence.

Comme le note avec humour l'Autorité de la concurrence, le montant des commissions était fixé de concert. Je ne saurais mieux dire.

La prochaine fois que vous acheterez un billet de concert de Jazz recommandé par mes soins à l'une de ces entreprises, demandez quel pourcentage du prix du billet sert à rembourser le prix de l'amende infligée par l'Autorité de la concurrence. Vous obtiendrez un succès certain. 

La décision de l'Autorité de la concurrence est susceptible d'appel devant la Cour d'appel de Paris. Toutefois, l'amende a été baissée de 10% parce que les 3 enteprises concernées ont reconnu les faits. Il ne semble donc pas dans leur intérêt de faire appel.

Décidément, There is no business like show business !

 

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Christian Scott " Christian aTunde Adjuah "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Christian Scott

«  CHRISTIAN ATUNDE ADJUAH »

Concord Jazz. 2012.

 

Christian aTunde Adjuah: trompette, sirene, sirenette, cor renversé

Matthew Stevens: guitares

Lawrence Fields: piano, Fender Rhodes, harpsichord

Kristopher Keith Funn: contrebasse

Jamire Williams: batterie

 

Kenneth Wallum: saxophone tenor (“I do”)

Corey King: trombone ( “Of fire (Les Filles de la Nouvelle Orléans ), «  Liar Liar « , «  When Marissa Stands Her Ground », « Away »)

Louis Fouche : saxophone alto (« Of fire » (Les Filles de la Nouvelle Orléans ), « When Marissa Stands Her Ground »)

 

Double album: 11 morceaux sur le 1er CD, 12 sur le 2e.

 

Christian Scott solo Duc Nov 2012-1 (1)

 

 

Le portrait de Christian Scott a été dessiné pendant son concert à Paris au Duc des Lombards le samedi 17 novembre 2012 par la Passionnée Hélène POISSON. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Comme Prince, avec qui il a travaillé, Christian Scott a un grave défaut : l’hyper créativité. Ca fuse tellement en et hors de lui, pour faire de la psychologie de bazar, qu’il ne fait plus le tri. D’autant plus que, comme Prince, il produit lui-même sa musique. Contrairement à Michael Jackson, il n’a pas un Quincy Jones derrière lui pour le conseiller et l’aider à choisir. La preuve avec ce double album qui est bon mais qui, en élaguant, aurait pu constituer un excellent album.

 

Je vous livre donc ici, lectrices pressées, lecteurs hâtifs ma sélection personnelle de morceaux sur cet album fort riche et plaisant au demeurant. Libres à vous, si vous en prenez le temps, de vous faire votre propre jugement.

 

CD1 :

-          2, « New New Orleans ». Particulièrement énergique et poignant. Un message d’espoir 7 ans après l’ouragan Katrina.

-          3, « Kuro Shinobi », un interlude funky et entêtant, sans trompette.

-          4, « Who they wish I was », ballade entêtante et planante

-          5, “Pyrrhic victory of Christian aTunde Adjuah”, entre tension de la guitare et relaxation de la trompette, ce morceau ne se traduit  pas par la mort du héros, Christian aTunde Adjuah, nom choisi par Christian Scott. Les noms de Noirs américains descendant d’esclaves sont ceux de leurs anciens maîtres d’où le choix pour certains de changer de nom de famille. Noms musulmans pour ceux qui se convertissent à cette religion, oubliant que les chrétiens ne furent ni les premiers ni les derniers à pratiquer la traite négrière: Ahmad Jamal, Yusef Lateef, Abdullah Ibn Buhaina (Art Blakey) , Abdullah Ibrahim ou nom africain pour ceux qui veulent remonter à leurs racines coupées par la déportation et l’esclavage des ancêtres comme semble le faire Christian Scott. D'après un fidèle abonné dahoméen de ce blog, Monsieur N, Atundje est un prénom masculin qui signifie en langue yoruba (Bénin, Nigeria) " Nous sommes encore de retour "  alors que Adjuah est un prénom féminin de langue mina (Bénin, Togo) qui signifie " Née un lundi " (pour un garçon né un lundi, l'appeler Kodjo). L'alliance du prénom masculin et féminin pour un seul homme est curieuse. Peut-être est ce son ying et son yang à l'africaine.

-          9, « Of fire » (Les Filles de la Nouvelle Orléans ). Un sous-titre français pour une ballade sensuelle, d’inspiration africaine. Bel hommage à ces demoiselles.

-          10, « Dred Scott », est-ce un hommage au pianiste de Jazz ?

-          11, « Danziger » qui n’est pas un hommage à l’excellent dessinateur de presse américain Jeff Danziger comme je l’avais écrit par ignorance mais une allusion à un scandale qui implique la police de la Nouvelle Orléans («  New Orleans Police Department » rebaptisé par Christian Scott, dans un autre morceau, « KKPD » ou «  Klux Klux Police Department »), les Danziger Bridge Shootings. Lors du désastre de 2005, des agents du NOPD auraient abattu des Noirs fuyant leur maison dont un handicapé mental. Jugés en 2007, le procès a été abandonné puis relancé en 2010. Mitch Landrieu, élu maire de la Nouvelle Orléans en 2010 (démocrate et blanc) a qualifié la police de La Nouvelle Orléans d’une des pires du pays par son racisme, sa corruption, son incompétence et demandé au pouvoir fédéral d’intervenir pour y mettre bon ordre.

 

CD2 :

-          2, « Jihad Joe », morceau énergique et politique dont il est inutile d’expliquer le sens après 10 ans d’enlisement de l’armée américaine (GI : Government Issue, inscription sur les caisses de matériel de l’US Army qui qualifie ironiquement ses soldats) en Afghanistan et en Irak.

-          3, « Van Gogh », interlude bien funky, princier même.

-          5, « I do », belle ballade un peu sirupeuse, princière encore.

-          6, « Alkebu Lan », morceau à rythmique africaine, bien dansant. En effet, Alkebu Lan est le nom traditionnel de l'Afrique avant que Grecs et Romains ne la renomment ainsi. Plusieurs associations africaines américaines se nomment Alkebu Lan.

-          11, « Red Rooster », rien à voir avec le fameux blues érotique « Little red rooster » chanté par Muddy Waters, Howlin Wolf, John Lee Hooker…

-          12, « Cara », morceau qui respire l’amour, la tendresse, l’affection. Composition dédiée à sa mère préférée. Beau témoignage d'amour filial.

 

Christian Scott devenu Christian aTunde Adjuah, un Black Indian (superbe costume sur la pochette de l’album) est Noir, né en 1983 à la Nouvelle Orléans , en Louisiane, joue du Jazz à la trompette et ne copie pas un instant Louis Armstrong. Respect. Cet artiste pense sa musique, l’analyse même avec pertinence dans le livret de l’album. Il essaie d’étirer le Jazz (Stretch Jazz dit-il) mais pas au sens sportif et gymnique. Il a écouté le Funk, la Soul des années 60 à nos jours.  Son oncle, le saxophoniste alto Donald Harrison lui  a appris toute la musique noire américaine du ragtime au rap. Il n’est pas trop marqué par le hip hop même si son batteur sonne parfois comme une boite à rythmes, très répétitif et précis. Il n’a pas encore 30 ans et sa musique constitue une des voies/voix d’avenir du Jazz. Un arbre ne pousse pas sans racines. Christian aTunde Adjiuah ou Christian Scott a des racines solidement plantées et le regard au loin. Je gage que cet arbre nous donnera de beaux fruits longtemps encore.

 

 

Le voici en concert au North Sea Jazz Club à Amsterdam, Pays Bas, le 8 juillet 2012 jouant " Jihad Joe ". Les Etats-Unis d'Amérique sont encore en guerre à ce jour après avoir réélu pour président un prix Nobel de la paix. 

 

 

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Pierre Durand NOLA Improvisations. 2e concert à l'Improviste

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Pierre Durand
NOLA Improvisations  "

Paris. Péniche l’Improviste.

Mercredi 19 décembre 2012. 21h30.

 

 

Pierre Durand : guitare électrique

Guido Zorn : contrebasse

 

Pierre Durand commence seul. En concert comme en studio, le son est très recherché, dès les premières notes. Une sorte de ballade lente, étrange. Parfait pour un avant-dernier soir d’automne sous la pluie à Paris. C’est synchrone avec le rythme des gouttes qui tombent dans l’eau du canal derrière la fenêtre de la péniche l’Improviste. Ce morceau se déroule comme une intro qui ne démarre jamais sur un morceau, laissant le suspense régner jusqu’au bout.

 

Les amplis crachouillent comme une radio bulgare des années 70. C’est un genre. Ce concert est le 2e d’une série de 6 concerts à l’Improviste qui visent à présenter les différentes facettes de l’album solo « Chapter one: NOLA Improvisations » de Pierre Durand. NOLA comme New Orleans, Louisiana puisque l’album a été enregistré là bas et comme l’anagramme d’Alone. Le premier concert portait sur la musique improvisée, inspirée de Buster Keaton, acteur et réalisateur comique américain du temps du muet (après avoir vu un film de Buster Keaton, voir Jean Dujardin en muet fait rire. De pitié) qui inspira une belle chanson à Jacques Higelin. Le 2e concert, celui de ce soir, est centré sur des musiques empruntées à d’autres genres musicaux que le Jazz, musique métisse par excellence : Tom Waits, Nick Drake, musique d’Inde du Nord. Les 4 prochains concerts auront lieu à l’Improviste en janvier, février, mars et avril 2013. Quant à leur programme, surprise.

 

Pour l’instant, Pierre Durand continue en solo. L’ampli participe au concert en crachouillant toujours. Pas grave. Cela fait partie de l’ambiance. Une sorte de Blues pop, très classe. Ca vient de la Pop Music à l’évidence. C’est doux et troublant. Pierre Durand joue en ondulant au rythme de sa musique, tenant sa guitare à la verticale. Nom de Zeus, c’est beau !

 

A 18 ans, Pierre Durand ne jouait que du Blues et n’aimait pas le Jazz. Trop de notes, trop compliqué. D’où la fameuse blague : quelle est la différence entre un guitariste de Rock et un guitariste de Jazz ? Un guitariste de Rock c’est 3 accords et 1 000 000 d’albums vendus. Un guitariste de Jazz c’est 1 000 000 d’accords et 3 albums vendus. Pierre a ouvert ses oreilles et son esprit au Jazz en écoutant quelques musiciens dont le guitariste américain John Scofield, toujours en activité. D’où ce titre hommage « Who the damn is John Scofield ? ». Il commence par des expérimentations entre mouvements du manche, cordes pincées très sèchement dans l’aigu, très beau vibrato dans le grave et, toujours présent derrière, le crachouillis de l’ampli comme un nuage de pluie fine. La mélodie mordante, ironique arrive. Ca devient captivant, envoûtant, un Blues sensuel, mystérieux, strié d’éclairs nerveux. L’électronique permet de faire tourner une boucle rythmique pendant qu’il improvise dessus. Plus besoin de guitare rythmique. S’il vivait en 2012, Django Reinhardt jouerait-il sans ses cousins ? C’est devenu méchamment funky, groovy. Ca marche. Je ne suis pas le seul spectateur à danser sur mon fauteuil, fort confortable d’ailleurs. Fin surprise au milieu d’une phrase.

 

Guido Zorn monte sur scène et prend sa contrebasse. Une très belle ballade s’élève de la guitare. C’est de la Pop Music de qualité, chantante comme un oiseau. Et le crachouillis de l’ampli ? Toujours présent en fond sonore. Cela en devient un choix esthétique. Son très romantique de la contrebasse sous l’archet. Un peu trop à mon goût d’ailleurs. Le contrebassiste en vient aux mains avec son instrument mais toujours en douceur.

 

Morceau plus rapide, énergique, lancé en duo, synchrone. Le contrebassiste garde la ligne mélodique, grave, profonde, vibrante alors que le guitariste tourne autour, léger, tranquille en parsemant des notes bien senties. La tension monte mais calmement, paisiblement, sans forcer. Le crachouillis de l’ampli a disparu. Il me manquerait presque. Pierre Durand partage un défaut avec Keith Jarrett et Glenn Gould : il grogne ce qu’il joue. Beau solo de contrebasse malheureusement un peu gâché par l’amplification qui étouffe, voile le son.

 

Une nouvelle ballade tout en douceur à la guitare. Ca sonne comme une bossa nova décalée. Beau solo, très précis du contrebassiste. Un peu larmoyant tout de même. « Apelo » et « Tristeza » de Baden Powell réunis en un morceau. C’était bien de la Bossa Nova.

 

PAUSE

 

Il y a école demain. C’est l’heure pour l’enfant sage que je suis de rentrer se coucher. Un guitariste en solo qui captive l’auditeur sans effet de manche, c’est assez rare pour être signalé. 6 concerts différents à partir d’un seul album, cela aussi c’est étonnant. C’est dire la diversité des talents de Pierre Durand. Vous avez donc compris, généreuses lectrices, munificents lecteurs qu’il vous faut, toutes affaires cessantes, écouter cette musique en studio et/ou en concert, l’acheter et en parler afin que son talent continue de s’épanouir pour notre plus grand plaisir.

 

 

Voici Pierre Durand et Guido Zorn jouant durant ce 2e concert  des NOLA Improvisations à l'Improviste. Artistes à suivre.

 

 

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RECLAME: FEATURIT, projet artistique participatif sur Internet

Publié le par Guillaume Lagrée

 

RECLAME

FEATURIT

site  artisitique participatif


 

Featurit est un site internet permettant aux artistes de partager leur démo (texte, musique, voix) afin d’obtenir un produit « feat » fini. Notez, pour les anglophones, le jeu de mots entre feat et fit.

 

Les artistes partagent entre-eux leurs projets en cours : composition, interprétation, texte, photo,vidéo.

Lorsqu’une démo est mise en ligne par un artiste, elle devient accessible à tous ses co worker (les contacts acceptés par le membre créateur), ils peuvent alors y apporter leur contribution : une voix, une photo, un clip, etc.


Cette collaboration artistique, aboutira à un projet finalisé, qu’on appelle un « FEAT ».

 

Le succès du projet dépend de la réaction du public, de son appréciation des oeuvres disponibles sur le site.

 

Quant aux droits d'auteur, évidemment, le site Featurit se réserve la primeur puisque c'est lui qui fournit l'outil. C'est grâce aux achats du public sur le site qu'une rémunération sera possible. Après tout, il existe déjà d'autres sites de partage d'informations où tout appartient au diffuseur, rien au créateur. Ils sont assez connus pour que je ne leur fasse pas de réclame. Celui-ci présente l'intérêt majeur de recourir à la coopération des créateurs de bonne volonté et de leur public. Une initiative qui fait appel à la création et au collectif mérite d'être encouragée.

 

Le succès de Featurit ne viendra que du nombre d'utilisateurs, de la richesse et de la beauté des créations réalisées. Toutes les informations techniques et légales sont disponibles sur le site. A vous de jouer, lectrices créatrices, lecteurs auteurs.

 

Le Jazz, musique démocratique et participative, " la seule démocratie réellement existante en ce monde " (Max Roach) n'a pas attendu Internet pour créer de la beauté par agrégation d'idées et regoupement de fortes personnalités. Voici ce que donnait le Jazz Workshop de Charles Mingus en concert en Belgique en 1964. Notez, lectrices observatrices, lecteurs scrutateurs, le contraste voulu et choisi par Mingus entre le calme de Clifford Jordan (sax ténor) et la passion d'Eric Dolphy (flûte, sax alto, clarinette basse) mort cette même année 1964 alors qu'il avait choisi de rester en Europe. La composition de Charles Mingus " Don't stay over here too long Eric " s'avéra malheureusement prémonitoire.

 


 

 


 


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Musik: du son à l'émotion. Exposition à Montréal jusqu'au 10 mars 2013

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Lectrices émouvantes, lecteurs émotifs, vous savez déjà, comme Emmanuel Kant, que " la musique est le langage des émotions ".

Partant de ce principe, le Centre des Sciences de Montréal (Québec, Canada) organise actuellement une exposition: " Musik, du son à l'émotion " qui permet aux visiteurs de créer leur propre musique afin d'exprimer leurs émotions. Les technologies électroniques permettent à des ignorants comme moi qui ne savent ni lire, ni écrire, ni jouer la musique d'en créer à leur tour, guidés par des spécialistes, des experts, des musiciens en découvrant petit à petit les trucs et astuces, les associations d'idées que suggèrent les modes mineur et majeur (" La chanson est un art mineur pour les mineures " Serge Gainsbourg), la musique tonale et atonale, etc. L'exposition durera jusqu'au 10 mars 2013.

Vivant à Paris, Ile de France, France je n'ai pas été voir cette exposition et n'aurai pas l'occasion de m'y rendre. Je compte sur vous, lectrices voyageuses, lecteurs québecois pour peindre vos tableaux de cette exposition comme disait Modeste Moussorgski.

A Paris, jusqu'au 23 janvier 2013, à la Cité de la Musique, se trouve " Django Reinhardt, le Swing de Paris ".

J'espère que  " Musik, du son à l'émotion " y trouvera sa place à l'avenir.

 

Jane Lee (chant) & Mal Waldron (piano): " Everytime we say goodbye ". Je plains ceux que cette musique n'émeut pas.

 

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" Le trio d'en bas enlève le haut "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Compagnie trio d’en bas 

« Le trio d’en bas enlève le haut »

2012.

 

La Compagnie trio d’en bas est basée à Carcassonne, Aude, Languedoc Roussillon, France.

Elle est soutenue aussi par la DRAC Languedoc Roussillon  et l’AFIJMA.

Elle est composée de :

Samuel Bourille : piano, synthétiseur, saxophone soprano, flûte traversière, chant

Arnaud Rouanet : saxophone ténor, clarinettes, percussions, sampler, chant

Yoann Scheidt : batterie, vibraphone, trombone

 

Invité spécial :

Tony Leite : guitare (2)

Conseiller artistique de luxe : Denis Badault.

Enregistré en concert et en studio en décembre 2011 et février 2012.

 

Lectrices agiles, lecteurs habiles, lorsque je cheminais avec mon fidèle ami Monsieur C sur le sentier cathare  fin juin 2012 dans la Haute vallée de l’Aude (là haut, c’est beau Labau ), nous ne vîmes ni n’entendîmes le trio d’en bas. Nous étions en haut, eux en bas. Maintenant que me voici remonté à Paris, le trio d’en bas se découvre et enlève le haut.

 

A trois, ces gaillards donnent plus de bruit, de sons et d’émotions que bien des orchestres. Dans cette musique, il n’y a pas d’autre ligne directrice que leur fantaisie. L’auditeur n’a  qu’à se laisser emporter du studio au concert, de la Moldavie à Cuba (n°9 : Moldavian cubano) ou au Brésil (n°3 : Moldavian do Brésil), inventer les paroles d’un nouvel hymne politique et érotique (n°4 : Parce que le libéralisme est liberté, parce que le libéralisme est beauté) et se prendre pour Eliot le dragon avec Eliot song (n°12), 18’12 de concert qui ferment l’album en beauté et en pureté.

 

Pour celles et ceux qui, comme moi, ne vivent pas là bas dans l’Aude, je souhaite de retrouver sur scène à Paris ou ailleurs, la compagnie du trio d’en bas. Quels ébats, quels débats en perspective ! En attendant de profiter de ces joies, écoutons ici-bas cet album mis bas par le trio d’en bas. Que ça fait du bien d'entendre des musiciens qui jouent sérieusement sans se prendre au sérieux!

Quand le trio d'en bas joue et chante " Moldavian Cubano ", cela donne ceci. Pour les enfants et les inconscients, ne les imitez pas sur les toits. 

 

 

 

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Donald Byrd, Barney Wilen and their group " Jazz in camera "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Donald Byrd, Barney Wilen and their group

Jazz in camera

Sonorama Records. 2012 

 

 

Donald Byrd: trompette

Barney Wilen: saxophone tenor

Jimmy Gourley: guitare électrique

Walter Davis: piano

Doug Watkins : contrebasse

Al Levitt : batterie

Enregistré à Paris en juillet 1958.

 

Lectrices avisées, lecteurs avertis, vous savez qu’avant de partir explorer l’Afrique et ses musiques au début des années 70, Donald Byrd et Barney Wilen se retrouvaient à Paris, à la fin des années 50 pour jouer du Be Bop. En 1957, Barney jouait avec Miles Davis la musique du film Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle. En 1958, Donald Byrd ravi de son séjour à Paris enregistre sur place deux albums  en studio «  Byrd in Paris », « Parisian thoroughfare » plus un " Live at the Olympia ". Cette même année 1958, Sandro Boccola et Denis Bailey trouvent un généreux mécène, François Peyron, pour tourner un film où des musiciens de Jazz moderne jouent en direct. Boris Vian, qui avait supervisé pour Philips l’enregistrement d’Ascenseur pour l’échafaud, trouve un studio. Les musiciens jouent, sont filmés et enregistrés quand, patatras, le mécène fait faillite. Tout est dans les boites et le film n’est jamais sorti.

 

Par contre, la bande son demeure. Sandro Boccola et Denis Bailey se la gardent pour eux, ces égoïstes. 50 ans plus tard, en 2008, Patrick Wilen, fils de Barney, à la recherche de tous les enregistrements de son père, les retrouve, écoute la musique et la fait éditer en 2012 par le label allemand Sonorama, spécialiste de la réédition de trésors cachés du Jazz et du Funk made in Europe des années 50 aux années 70.

 

A lire la liste des musiciens, l’auditeur averti, l’auditrice avisée, sait déjà que ce sera du sérieux. Ca l’est et, en plus, à part des variations sur « Night in Tunisia » de Dizzy Gillespie, il n’y a que de l’inédit, de l’inouï, des musiciens qui laissent courir leur fantaisie tout en restant carrés, précis. C’est du Be Bop, pas du Free Jazz.

 

6 morceaux, 35mn de musique plus riches que bien des bavardages sonores bien plus longs et plus prétentieux. Ca commence par un morceau rapide et énergique lancé par Donald Byrd, ca enchaîne avec un blues lent introduit par Barney Wilen. Je vous laisse découvrir la suite. A cette époque, le Be Bop était encore un art de vivre, pas seulement un genre musical. C’est vivant, parlant. Nous n’avons que quelques images de la séance, pas le film. A chacun de se le faire en écoutant cette musique. Partants pour un petit voyage à Paris en 1958 avec la crème du Jazz américain amarré sur les bords de la Seine (cf en 1959 « Jazz sur Seine » de Barney Wilen) ? Alors, cet album est fait pour vous.

 

Prochaine surprise prévue par Sonorama. Comme l’avait annoncé Caroline de Bendern dans son interview sur ce blog, la sortie le vendredi 25 janvier 2013 de « Moshi too », des enregistrements inédits de Barney Wilen en Afrique de 1969 à 1971. Je ne manquerai pas de vous en faire part en temps voulu, lectrices avisées, lecteurs avertis.

" Jazz in camera ", bande IV. Moteur! Action!

 

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Martial Solal " La richesse du piano " (Vogue.1954-1956)

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Martial Solal

« La richesse du piano »

Collection Les Jazz RTL. Vogue. Sony Music. 2011.

 

Martial Solal : piano

Musiciens et morceaux détaillés dans l’album

Martial Solal 

 

La photographie de Martial Solal est l'oeuvre de l'Elegant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Lectrices virtuoses, lecteurs vertueux, je n’ai pas pour habitude de vous parler de compilations mais pour celle-ci, je ferai une exception. D’abord parce qu’il s’agit de Martial Solal, mon pianiste favori comme vous avez pu le percevoir en lisant ce blog et comme le savent ceux qui connaissent ma discothèque. Ensuite parce que celle-ci réunit en 2 CD, 46 morceaux en solo, trio, quartet enregistré par Martial Solal à l’orée de sa carrière entre 1954 et 1956 pour un prix ridicule (10€ dans le commerce légal soit environ 0.22€ par morceau). Du foie gras d’oie au prix du pâté d’alouette, voilà de quoi plaire au Jars qui jase Jazz.

 

Plus sérieusement, l’auditeur émerveillé, éberlué, ébaubi, épaté a le privilège d’assister ici à la naissance d’un style aussi irréductible et unique que son auteur, le piano à la Solal. Léger, véloce, féroce, drôle, vivant, troublant, intelligent, stimulant tels sont quelques uns des adjectifs qui me viennent en tête à l’écoute de ces merveilles. Il y a peu de compositions personnelles mais elles portent déjà la marque de Martial Solal par les titres déjà «  Ridikool », basé sur le Cool Jazz comme plus tard « Jazz frit » se moquera gentiment du Free Jazz et il y a déjà la curiosité pour la musique classique avec cette version très personnelle de " La Chaloupée " d'Offenbach qui illustre cet article. Martial est très vite reconnu par les musiciens américains enregistrant en 1954 avec la rythmique de Sarah Vaughan de passage à Paris : Joe Benjamin à la contrebasse, Roy Haynes à la batterie. En 2008 au théâtre du Châtelet, pour son concert jubilé, afin de ne pas être le doyen de la soirée, Martial né en 1927 retrouvait sur scène son vieux complice Roy Haynes né en 1926 et ça marchait toujours.

 

L’auditeur attentif retrouvera aussi le dernier groupe à avoir accompagné Django Reinhardt : le quartet de Martial Solal avec Fats Sadi Lallemand (un Belge comme son nom ne l’indique pas) au vibraphone. C’était en 1953, nous sommes en 1954 et déjà le groupe a mûri, progressé, jouant avec la même instrumentation que le Modern Jazz Quartet (piano, contrebasse, batterie, vibraphone) sans jamais y faire penser. Du grand art comme le souligne avec raison Philippe Baudouin  dans le livret de présentation.

 

Contrairement à ce qu’affirment des critiques mal entendants et mal comprenants, le jeu de Martial Solal n’est pas dénué d’émotion. Ce musicien a simplement horreur du sentimentalisme, est d’un naturel discret, pudique. Ivan Lendl, lorsqu’il jouait au tennis, déclarait cacher ses émotions dans sa volée, Martial Solal les cache dans son piano mais il suffit d’un peu d’attention pour les trouver (cf ses interprétations de « Darn that dream »ou « One in a while »).

 

Le livret de l’album est simple et bien fait. Tous les lieux, dates d’enregistrement y sont. Les noms et prénoms des musiciens y sont aussi même si des érudits jazzologues pourront y repérer quelques erreurs (Christian Garros et non Christin à la batterie, Jean-Louis Viale à la batterie et non au piano).

 

Presque soixante après, alors que Martial Solal est au crépuscule de sa carrière, il est juste et bon d’en saluer l’aurore pour mesurer le chemin parcouru. S’il est allé si loin dans la recherche d’un idéal musical inaccessible et toujours repoussé, c’est parce qu’il ne partait pas de rien. Il partait de ces séances pour Vogue qui méritent de revenir et demeurer à la mode.

La musique parle d'elle même comme disait Miles Davis avec qui Martial Solal n'a jamais joué. Voici Martial Solal en piano solo en 1956. Rien à ajouter. Si, une chose: il a bien fait de raser sa moustache.

 

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