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Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: " Duke Ellington, Melody Maker "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé

« Duke Ellington, Melody Maker »

Paris. Auditorium Saint Germain.

Lundi 10 décembre 2012.19h30.

 

 

 

Antoine Hervé : piano, enseignement

François Moutin : contrebasse

Louis Moutin : batterie

 

Antoine Hervé

 

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Tonitruant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Vibrantes lectrices, vivants lecteurs, je vous ai déjà raconté une Leçon de Jazz d’Antoine Hervé sur Duke Ellington en solo. Il traite à nouveau ce sujet inépuisable en trio. Il y a bien peu de lumière dans la salle. Pas facile de prendre des notes pour les élèves. Les erreurs de transcription des propos du professeur Hervé sont entièrement miennes.

 

Duke Ellington est le Saint Patron du Jazz avec Louis Armstrong. D’accord, professeur Hervé, sauf que Duke Ellington jouait sa musique avec son orchestre alors que Louis Armstrong jouait n’importe quoi avec n’importe qui, du moment qu’on le paie. Il était très bien payé d’ailleurs puisque, de son vivant, Louis Armstrong était le musicien le mieux payé des Etats-Unis. Duke Ellington a d’ailleurs enregistré avec Louis Armstrong. Des chefs d’œuvre évidemment. Il faut signaler que Duke Ellington a eu une longévité rare pour un Jazzman (1899-1974). C’est un Melody Maker qui a rempli le « Great American Songbook » de titres inoubliables.

 

Le trio commence par « A prelude to a kiss », une musique nocturne pour orchestre de dancing dans un palace en bord de mer ou de lac. Bonne définition, professeur Hervé. Romantic, so romantic. ils le jouent très bien suggérant les chants des cuivres et de la chanteuse. Quand vous avez joué une mélodie de Duke Ellington, il vous faut 3-4 jours pour vous sortir de la tête selon le professeur Hervé. A raison d’une dizaine de mélodies ce soir, il faudra donc aux musiciens un mois minimum pour se remettre de cette Leçon. Quant à « Prelude to a kiss », c’est une mélodie à écouter avec sa bien aimée dans ses bras, ce que je fais derechef. « Il n'y a que deux choses: l'amour, toutes sortes d'amour, avec des jolies filles et la musique de La Nouvelle Orléans et Duke Ellington. Tout le reste devrait disparaître car tout le reste est laid » (Boris Vian). Le batteur est aux balais, de course. 

 

Duke Ellington a développé un sens inné du chromatisme nous apprend le professeur Hervé. Il a plus appris à l’oreille et en regardant des pianistes qu’avec des leçons de piano. Il s’agissait, dans les années 20, de faire danser les gens ou de les faire rêver. Ca tombait bien. Le Duke savait faire les deux à la perfection. 

 

Qu’aurait joué Ludwig Von Beethoven s’il avait vécu à Harlem dans les années 20 ? Démonstration en solo de piano avec « Mail to Elisa », version bluesy de la «  Lettre à Elise ». 

 

Duke Ellington était aussi businessman, graphiste (il avait fait une école de Beaux Arts à Washington). Il dessinait l’affiche du spectacle et fournissait l’orchestre. Bref, l’homme à tout faire du show business. Sans compter qu’il vendait l’exclusivité de ses talents à divers producteurs sous différents noms. Duke quitte Washington, sa ville natale et arrive à New York conduit par son batteur Sonny Greer qu’il vira de l’orchestre pour alcoolisme après 30 ans de bons et loyaux services. A New York, il s’encanailla, fréquenta des gangsters sans en devenir un lui même. Interrogé dans les années 60 par un journaliste qui lui demandait : «  Comment avez-vous pu jouer au Cotton Club dirigé par tous ces gangsters ? », Duke répondit : «  Des gangsters ? Comment osez-vous parler ainsi de ces gentlemen ? ». Pour l’ambiance, je vous renvoie, vibrantes lectrices, vivants lecteurs au film « Cotton Club » (1984) de Francis Ford Coppola. Pour la science, à la lecture du livre « Le Jazz et les gangsters » de Ronald L Morris (traduction française publiée aux Editions du Passage). Dans les années 20, à New York, les musiciens noirs fantasmaient sur une Afrique qu’ils n’avaient jamais connue (c’est l’époque des prêches politiques de Marcus Garvey) et Duke Ellington créa le style Jungle, Asphalt Jungle (le même fantasme se retrouve dans le style de musique électronique du même nom).

 

« Take the A train », composition de Billy Strayhorn, l’aller ego de Duke Ellington dédiée à une ligne du métro new yorkais (J'attends toujours une composition de cette qualité dédiée au RER A à Paris !). Le batteur fait le cliquetis de la machine. Louis Moutin n’est pas Sonny Greer : trop raide, trop répétitif. D’ailleurs, il ne tient pas les baguettes comme un batteur de Jazz, en porte-plume mais comme un batteur de rock, en marteau. Pianiste et contrebassiste, eux, sont complètement dedans. Solo de contrebasse digne d’un tap dancer (danseur de claquettes pour les anglophobes).

 

A l’époque, les arrangements n’étaient pas écrits. Les musiciens apprenaient de mémoire.  Le Jazz a un rapport particulier à la pulsation (the beat in english d’où beatnik). Le Swing (balancement pour les anglophobes), pour Duke Ellington, est un principe de vie. « It don’t mean a thing if it ain’t got that swing » (et non pas « I don’t mean a thing… », comme l’affirme le professeur Hervé. Seule erreur relevée dans la Leçon de Jazz par l’élève studieux que je suis). Un morceau polyrythmique comme la musique africaine nous fait observer le Professeur Hervé.

 

A partir des années 1930, Duke Ellington et son orchestre ont commencé à tourner dans le monde entier ce qui les a inspiré. D’ailleurs, l’orchestre tourne toujours même si ce n’est plus avec ses membres d’origine. Les valeurs du Jazz sont : la danse, le conte, la liberté. Bonne définition, Professeur. 

 

« Caravan », composition orientalisante de Juan Tizol, tromboniste de l’orchestre. Porto Ricain, Juan Tizol était le seul Blanc de l’orchestre. D’après Charles Mingus, il était raciste. L’incident entre Tizol et Mingus qui conduisit le Duke à licencier Mingus de l’orchestre est racontée dans l’autobiographie de Mingus « Moins qu’un chien » (« Beneath the underdog » pour les anglophiles). Cet incident n’empêcha pas Charles Mingus de vénérer Duke Ellington, de le jouer et de jouer avec lui (« Money Jungle » en trio avec Max Roach à la batterie : un chef d’œuvre indispensable). En jouant sa version de « Caravan », le trio la tire de l’Orient vers les Caraïbes, avec un latin tinge comme disait Jelly Roll Morton.

 

Le Professeur Hervé nous raconte la rencontre entre Duke Ellington et Billy Strayhorn son orchestrateur, son alter ego, son 2e pianiste, son 2e morceau. Billy Strayhorn était tellement complémentaire de Duke Ellington qu’il était homosexuel ce qui évitait toute rivalité entre eux, même amoureuse. 

 

« UMMG » (Upper Manhattan Medical Group), composition de Billy Strayhorn inspirée par le bruit de la perfusion à l’hôpital new yorkais où il était soigné. De santé fragile, Billy Strayhorn mourut en 1966 et le Duke enregistra aussitôt un album avec l’orchestre « And his mother called him Bill » (avec une version en piano solo de « Lotus flower » pendant laquelle petit à petit les musiciens, en pause, se taisent, rendus silencieux par la beauté de la musique). Bien joué.

 

Un autre truc typique du Jazz, c’est le riff : une formule rythmique qui se répète, invitant l’auditeur à danser. Duke Ellington en est l’un des Maitres, avec Count Basie qui fera l’objet d’une Leçon de Jazz en big band en mars 2013. On ne sait pas comment Bach, Chopin, Liszt improvisaient même s’ils ont laissé beaucoup de notations écrites. Duke Ellington a été enregistré. Il est donc possible de relever ses improvisations, note pour note. 

 

Démonstration des accents en duo piano/contrebasse puis le batteur s’ajoute pour marquer les pas de danse.

 

Le Professeur Hervé a relevé pour nous 4 pages d’interprétation de « Cotton Tail » de et par Duke Ellington. Le trio les joue puis improvise. En effet, c’est joué dans l’esprit du Duke puis chaque membre du trio prend sa part du gâteau dans l’impro.

 

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, c’est le Petrillo Ban aux Etas Unis. Les musiciens refusent d’enregistrer pour forcer les producteurs à leur verser plus de droits d’auteur. Les chanteurs, classés comme comédiens et non musiciens, eux enregistrent, prennent la vedette et la gardent depuis. Mauvais pour la musique instrumentale.

 

De 1945 à 1955, c’est le triomphe du Be Bop, musique très difficile à danser, pour petites formations, ultra rapide, technique (Charlie Parker, Dizzy Gillespie). Les boppers vénéraient Duke Ellington mais ne jouaient pas comme lui même quand ils jouaient sa musique (Thelonious Monk, Dizzy Gillespie ont enregistré des albums de compositions de Duke Ellington). Au Newport Jazz Festival de 1956, l’organisateur paie d’avance pour des concerts des big bands de Duke Ellington et Count Basie. Les orchestres se reforment et triomphent. L’album « Live at Newport 1956 » de Duke Ellington a été réenregistré en studio, seuls les applaudissements demeurant. 

 

L’orchestre repart en tournée dans le monde entier et Duke Ellington reste ouvert à la jeune garde. Il enregistre en 1962 deux albums en petite formation en deux semaines, deux chefs d’œuvre indispensables au mélomane : « Money Jungle » (déjà cité) et « Duke Ellington & John Coltrane » où chaque leader apporte son contrebassiste (Aaron Bell, Jimmy Garrison) et son batteur (Sam Woodyard, Elvin Jones). La musique, elle, est de Duke Ellington exclusivement. Après avoir écouté « In a sentimental mood » par John Coltrane, Johny Hodges qui le jouait depuis 30 ans dans l’orchestre resta médusé. Coltrane n’était pas satisfait du résultat mais le Duke insista pour garder la première prise. Sa fraîcheur nous frappe encore 50 ans après. Ce soir, le trio la joue avec le batteur aux balais voluptueusement, langoureusement, comme il faut. 

 

A l’enterrement du Duke en 1974, il y avait 12000 personnes. Ella Fitzgerald chanta devant son cerceuil. Miles Davis réunit ses musiciens d’urgence pour enregistrer son Requiem pour Duke « He loved him madly ». Deux ans après, en 1976, sur son double album clef, « Songs in the key of life », Stevie Wonder chantait « Sir Duke » en son hommage. 

 

A la fin de sa vie, Duke Ellington n’écrivait plus que de la musique sacrée. Il a même joué son « Concert of sacred music » dans l’abbaye de Westminster, celle des Rois d’Angleterre devant la Reine, enchantée. Deux citations de Duke Ellington : «  A force de répétition, on devient initié » (excellent pour les élèves des Leçons de Jazz d’Antoine Hervé). «  Le Jazz n’a pas besoin de tolérance. Il a besoin d’intelligence et de compréhension ». Pour la tolérance, il y en avait assez dans les maisons de la Nouvelle Orléans dont il est sorti.  

 

« Solitude » composée par Duke Ellington en 20mn, entre deux prises de studio. Une ballade somptueuse pour terminer avec, de nouveau, ma bien-aimée entre mes bras, comme disait Guillaume Apollinaire.

 

RAPPEL

 

« Lush life », une composition de Billy Strayhorn, marquée par l’influence de Claude Debussy. Somptueux.

Madame G, Mesdemoiselles A, F et L pour une fois réunies ont apprécié grandement elles aussi.

 

Le Professeur Antoine Hervé donne ses Leçons de Jazz dans toute la France, Outre Mer compris, et se trouvent en CD et DVD pour certaines (Wayne Shorter, Keith Jarrett, Oscar Peterson). La joie de savoir est à portée de tous. 

 

Prochaine  Leçon de Jazz à Paris dans l’Auditorium Saint Germain le lundi 21 janvier 2013 à 19h30 : Julian Canonball Adderley Soul Brother du Saxophone par Antoine Hervé en duo avec Pierrick Pédron (saxophone alto).

 

« Lush life » chanté par Ella Fitzgerald accompagnée au piano par Duke Ellington dans le « Ella Fitzgerald Show » (1965). Que demander de plus en ce bas monde ?

 

 

 

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Pierrick Pédron extrait la racine Kubik de Monk en trio au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Pierrick Pédron

Kubic’s Monk

Paris. Le Duc des Lombards.

Mercredi 5 décembre 2012. 22h.

 

Pierrick Pédron : saxophone alto

Thomas Bramerie : contrebasse

Franck Agulhon : batterie

 

Toutes les compositions sont l’œuvre de Thelonious Sphere Monk  (1917-1982).

 pierrick-pédron.jpg

 

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre de l'Evident Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Ca attaque direct. Ce n’est pas « Straight no chaser » mais c’est du Monk. Une mélodie aigre douce, chantante, logique et chaotique. Monsieur H observe que Pierrick Pédron a le cou qui gonfle comme un batracien. Logique pour un Froggy qui joue du Monk. Après ses aventures pop, pop music, Pierrick Pédron revient au Jazz avec son Prophète, Thelonious Monk. Une spectatrice a demandé de la tisane au serveur mais il n’y en a pas. Il est désormais interdit de fumer dans les clubs de Jazz mais de là à y boire de la tisane… Dialogue subtil et énergique entre contrebasse et batterie. La dame privée de tisane se rattrape avec la musique. Elle hoche la tête en mesure, la mine réjouie. Belle chute de verre au bar pour accompagner la fin du morceau. Parfaitement synchrone. Chapeau l’artiste.

 

Solo de batterie pour introduire le morceau avec les bords de caisse, les cymbales, les tambours. Franck Agulhon sculpteur de sons. Pierrick lance « Ask me now », une superbe ballade de Thelonious Monk mise en chanson sous le titre «  How I wish » par Jon Hendricks (superbe version de Carmen Mac Rae). Le bassiste maintient la pulsation alors que le batteur tintinnabule joyeusement. Cf extrait audio au dessus de cet article. 

 

Pulsation de la contrebasse reprise par la batterie. Je reconnais le thème mais pas le titre. A côté de Monsieur H, un couple hétérosexuel élégant, riche, quinquagénaire, bavarde à haute voix préférant nous imposer leur conversation que nous laisser écouter la musique. Elle est pourtant belle cette musique, vive, dynamique, toujours neuve. Devant nous, un groupe d’Italiens mieux éduqués dîne en silence. C’était « Evidence », un morceau pas évident à jouer.

 

« Ugly beauty », un titre qui résume le style de TS Monk.  Une ballade. Monk privilégiait les tempos lents, conscient de ses limites techniques et les cultivant.  Cependant, avec Monk, la ballade n’est jamais tranquille. Même sur tempo lent, il y a des accidents de parcours, voulus bien sûr. J’ai réussi à faire baisser le son aux voisins bavards mais ils n’ont pas l’idée de se taire pour écouter la musique. Sa beauté ne suffit pas à faire cesser leur agaçant babil. Le batteur est aux balais. La contrebasse vibre chaudement. Ah si, ils se taisent après 30mn de concert.

 

« Skippy ». Le batteur redémarre aux baguettes. Il crée une onde qui nous entoure, nous enveloppe. Il chauffe la machine. Morceau énergique, virevoltant. « Jouer avec Monk, c’est comme entrer dans un ascenseur. L’ascenseur arrive, les portes s’ouvrent, vous faites un pas en avant et il n’y a pas d’ascenseur » (John Coltrane).  Bref, c’est la perte des repères. Monk était autiste et a passé les 10 dernières années de sa vie sans jouer ni parler recueilli par la baronne Pannonica de Koenigswarter à qui  il dédia « Pannonica ». Cette femme extraordinaire mériterait un film. Solo très véloce de contrebasse bien poussé par la batterie.

Un tempo un peu plus lent, avec les hachures typiquement monkiennes. A voir, sur Monk, le plus beau film documentaire sur le Jazz, « Straight no chaser » de Charlotte Zwerin, produit par Clint Eastwood. Accoudé au bar, il y a un papy fan de Monk et du trio. Il grogne, chante, tape dans ses mains. Il est dedans, faisant l’ambiance du public à lui seul. Un larsen preuve supplémentaire de l’inutilité d’un microphone dans un club de cette taille. Surtout que ce soir le concert n’est ni filmé ni enregistré. La preuve, il ne passe pas sur les écrans figurant dans la salle contrairement aux habitudes du Duc des Lombards. Solo très chantant de la contrebasse. Même le batteur est en pause. 

 

Le batteur lance le débat. Pierrick tape dans ses mains, invitant le public à le rejoindre. Le barman reprend avec quelques spectateurs dont la buveuse de tisane. Dialogue tranquille entre contrebasse et batterie. Les voisins bavards ont repris leur bavardage après 30mn de pause. Joli final decrescendo (pour la musique pas pour le bavardage). 

 

« Who knows ? ». Un morceau vif, haché, secoué dans le même genre que « Skippy » comme l’a justement souligné Pierrick Pédron. Les voisins bavards qui, apparemment, n’écoutaient pas, en redemandent. Etonnant, non ?

 

RAPPEL

 

La batterie introduit, martèle, malaxe. Un standard de Monk dont le titre m’échappe. Du Be Bop à la Monk, que c’est bon ! L’absence de piano ne se fait pas du tout sentir. C’est dire la puissance de ces compositions.

 

Un morceau plus filé. « Well you needn’t » (mis en chanson par Carmen Mac Rae sous le titre « It’s over now ». « Carmen sings Monk » est un album indispensable). Ca groove bien vers le final.

 

Malgré les bavardages de nos voisins, Monsieur H et moi avons passé une excellente soirée, à écouter une musique créée dans les années 1940, toujours d’une modernité stupéfiante, entre complexité et maladresses maîtrisées, celle de Thelonious Monk. Sur l’album, excellent aussi, le trio est parfois accompagné du trompettiste Ambrose Akinmusire. Ambrose ne pouvait être présent à Paris mais Eric Le Lann aurait pu, à mon avis, le remplacer pour quelques morceaux. Eric joue très bien Monk et dégage une belle complicité sur scène avec son compère Breton Pierrick Pédron. Je lance ici l'idée. Aux musiciens de décider. A trois, ils extraient la racine de la musique de Thelonious Monk. Racine cubique = Kubic's Monk en toute logique, musique et mathématique

 

Pour comparer avec la version Kubik de Pierrick Pédron et ses complices, voici Carmen Mac Rae chantant " How I wish " (" Ask me now " de Thelonious Monk) accompagnée notamment par Jiri (Georges) Mraz (contrebasse) et Clifford Jordan (saxophone ténor). Rien à enlever, rien à ajouter.

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Marc Buronfosse Sounds Quartet à l'Improviste

Publié le par Guillaume Lagrée

Marc Buronfosse Sounds Quartet 

Paris. Péniche l’Improviste.

Mercredi 28 novembre 2012. 21h.

 

Marc Buronfosse : contrebasse, direction, compositions

Benjamin Moussay : piano, synthétiseur

Antoine Banville : batterie, percussions

Jean-Charles Richard : saxophones soprano et baryton, flûte.

 

La set list est fournie sur les tables. Pratique pour le public et cela évite aux musiciens d’avoir à annoncer les morceaux.

Antoine Banville 

 

La photographie d'Antoine Banville est l'oeuvre de l'Eminent Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

« Mirrors », errance dans un palais des glaces imaginaire. Démarrage à 21h30. Dur pour l’honnête travailleur qui doit se lever le lendemain matin. Sax soprano. Le batteur fait des bruitages. La contrebasse produit une autre vibration. Le piano est mystérieux en diable. Le sax soprano évanescent. Bref, si les lumières s’éteignaient, nous aurions peur ! Maintenant, ça se pose et une superbe mélodie s’élève. Bonne vibration de la contrebasse. Batteur aux balais, tout en douceur. Jean-Charles Richard produit un chant d’oiseau avec une anche. Nous sommes en novembre et cela donne envie de migrer vers des terres ensoleillées. Deux ans après, je succombe de nouveau à l’envoûtement de cette musique en concert. Beau solo de contrebasse poétique, chantant, ponctué par les percussions.

 

Ils enchaînent sur « The cherry tree » qui me fait penser à la joyeuse folie de Don Cherry. Jean-Charles Richard est à la flûte. Ca vibre, éclate de mille feux. C’est déjà le printemps, le cerisier en fleurs. Benjamin Moussay joue main droite gauche sur le piano, main droite sur le synthétiseur pour produire encore plus d’effets sonores. Le batteur tient le rythme aux baguettes, la contrebasse impulse et ça décolle ma parole. Le sculpteur d’air passe au baryton. Là c’est le gros son. Ca chauffe comme une chaudière. Logique sur une péniche. Enfin des Jazzmen français qui savent enchaîner les morceaux sans temps mort, sans que le public ne s’en aperçoive, n’ait même l’idée d’applaudir. Bref, du professionnalisme à l’américaine. C’est suffisamment rare chez les musiciens français pour être signalé. Jeu de bruitages entre le synthétiseur et la flûte alors que contrebasse et batterie gardent le rythme mais moins vite, moins fort.

 

« AOC », A Ornette Coleman, une appellation d’origine incontrôlable. Ca commence par un solo de batterie à la Ed Blackwell. Roulez tambours, brillez cymbales ! Le sax soprano dialogue avec la batterie. Ca chante. Les deux autres musiciens assistent silencieux au duo/dialogue/duel. Puis ils se jettent dans l’arène à leur tour. Ca envoie du bois. Le sax s’arrête pour laisser jouer la rythmique dans un style hard bop libre. Ca swingue, saperlipopette ! C’est de plus en plus libéré et dynamique. Le batteur fait de belles grimaces dans l’effort comme tout bon batteur. Le sax soprano revient mettre son granum salis là dedans. 

 

« Before the second round » suivi de « After the sound round », deux morceaux écrits pendant l’élection présidentielle française de 2007, toujours d’actualité en novembre 2012 à l’UMP, en plein combat des chefs. Benjamin Moussay joue à faire crisser les cordes de son piano en résonnance avec celles de la contrebasse et la batterie sous les maillets. Le sax soprano s’ajoute et ça vole plus haut encore. DJ Benji mêle à nouveau le piano et le synthétiseur. Puissante vague de la contrebasse et de la batterie. Les morceaux s’enchaînent toujours aussi bien. La musique devient galactique. Certains spectateurs sont fascinés, d’autres intrigués.

Ca décline doucement pour enchaîner sur l’après second tour et les lutteurs épuisés. Tout se mélange, étrange. Solo de piano hanté, réverbéré avec quelques ondes électroniques par-dessus. Benjamin appuie. Marc reprend en scandant les pas à la contrebasse. Ca sent la sueur, la fatigue, l’abandon, le relâchement après l’effort. Antoine ponctue avec ses percussions. La douce plainte du soprano vient s’y ajouter. L’archet fait vibrer la contrebasse. Ca monte, ça monte. La contrebasse scande à nouveau, le sax soprano crie, hurle mais mélodieusement. Bruitages des percussions et son d’avion du synthé. Ca repart au combat. Un petit air balkanique se glisse dans le chant du soprano. Benjamin Moussay est revenu au piano et le quartet envoie à nouveau du bois. Retour au thème et ça se calme, petit à petit, en decrescendo. Le piano revient au thème d’abandon. Comme une mer calme qui s’épuise inlassablement sur la grève.

 

PAUSE

 

Avis aux programmateurs. Le Sounds Quartet de Marc Buronfosse fait face à la musique (« Face the music » est le titre de l’album. Clin d’œil à la chanson « Race » de Prince ? ), la Péniche l’Improviste était remplie d’un public attentif et comblé. Pourtant, ce groupe ne joue pas assez, n’est pas assez entendu, diffusé, écouté. Engagez les,  rengagez les, sapristi ! S’ils ne jouent pas en France, ils iront jouer ailleurs en Europe, dans le monde et ils nous manqueront ici.

Quant à moi, en honnête travailleur devant se lever tôt le lendemain matin, j’ai du quitter le concert à la pause, réconforté par la beauté de cette musique. Le Sounds Quartet de Marc Buronfosse tient la distance.

Voici le Sounds Quartet de Marc Buronfosse en concert à la Maison de la Radio à Paris le 18 décembre 2010. After the second round. Tout est dit.

 

 

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