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Une petite histoire de l'opéra. Opus 2. Laurent Dehors

Publié le par Guillaume Lagrée

Une petite histoire de l'opéra

Opus 2

Direction artistique: Laurent Dehors

Tous Dehors

Laurent Dehors: composition, saxophones, clarinettes, cornemuse, guimbarde, voix

Jean-Marc Quillet: percussions, clavier, batterie, voix

Gabriel Gosse: guitare électrique 7 cordes, banjo, percussions, clavier, batterie, voix

Michel Massot: tuba, trombone, voix

Mathew Bourne: piano, piano préparé, voix

Tineke Van Ingelgem: soprano

 

" L'opéra, c'est le seul endroit où quand un type se prend un coup de poignard dans le dos, au lieu de mourir, il chante " (Boris Vian). Lectrices baroques, lecteurs classiques, j'avoue en être resté à cette définition de Boris Vian concernant l'opéra, spectacle total d'invention italienne. Le premier chef d'oeuvre du genre est l'Orfeo de Claudio Monteverdi, natif de Crémone (la ville du violon). Justement, c'est par Monteverdi que Laurent Dehors commence son Histoire de l'Opéra, opus 2 avec la Toccata, d'abord introduite au balafon (1) puis jouée par le groupe (2). 

Tout de suite, la barre est placée haut. Elle ne redescend jamais. Je vous ai déjà chanté, lectrices baroques, lecteurs classiques, les prouesses de ce groupe en concert à Paris, au Studio de l'Ermitage, en septembre 2019. Enthousiasmé, j'ai acheté l'album en sortant. Le temps de digérer le choc, je vous en parle.

Seulement 5 musiciens mais avec une telle diversité d'instruments (cf liste en haut de cet article) qu'ils sonnent comme un grand orchestre. Ni alto, ni violon, ni violoncelle, ni contrebasse. Mais le piano, la guitare électrique, diverses percussions, le clavier électrique, le tuba, le trombone, les saxophones, les clarinettes, la cornemuse, la guimbarde, le banjo... Pour suivre le groupe dans ses improvisations tout en préservant le coeur et l'âme de l'opéra, il fallait une chanteuse à la hauteur. Elle est trouvée en la personne de Tineke Van Ingelgem. Une voix de soprano à tutoyer les anges, un abattage de diablesse, un port de Reine, séductrice et impérieuse, Dame Van Ingelgem, vraie chanteuse d'opéra, s'amuse avec des airs qu'elle connait par coeur, ressuscite, repeint, revivifie.

Le résultat est d'une beauté sidérante. Ecoutez la en séductrice dans la " Habanera " de Bizet (6)? Cf extrait audio au dessus de cet article. Quand elle chante " Si je t'aime, prends garde à toi ", l'homme prudent se cache sous son canapé, l'aventurier se jette à ses pieds. Elle est aussi l'amoureuse éperdue dans " l'air de Didon " (10) tiré du " Didon et Enée " de Purcell. Elle donne envie d'être consolée dans " Sento in seno " (12) d'Antonio Vivaldi ou " Una furtiva lagrima " (14) de Donizetti. Elle s'amuse même à rapper sur des airs d'opéra flamand dans " Les oiseaux " (15) qui conclue l'album avec le joli chant de clarinette de Laurent Dehors. 

Tineke Van Ingelgem respecte le chant, le groupe respecte les airs mais en s'octroyant la liberté des jazzmen tant dans l'instrumentation que l'improvisation. Des esprits puristes et chagrins, des égoïstes, des avares peuvent avoir peur de cette musique et de cette liberté mais ce ne sont pas des gens fréquentables. Quant à vous, lectrices baroques, lecteurs classiques, que vous aimiez ou non l'opéra, réjouissez vous, étreignez vous avec l'opus 2 de l'histoire de l'Opéra par Laurent Dehors et ses complices. Evviva la musica!

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" The garden of earthly delights " André Carvalho

Publié le par Guillaume Lagrée

André Carvalho

" The garden of earthly delights "

Album Outside in music. 2019.

André Carvalho: contrebasse, compositions, direction, papier froissé (9)

André Matos: guitare

Rodrigo Recabarren: batterie, percussions, bombo leguero (7)

Jeremy Powell: saxophone soprano (1, 2, 4, 5 & 10), ténor (6, 8 & 11), flûte (5)

Eitan Gofman: saxophone ténor (2, 4, 5 & 10) , flûte (3 & 4), clarinette basse (1, 7 & 11)

Oskar Stenmark: trompette, bugle (6)

 

Lectrices esthètes, lecteurs sélects, la musique du contrebassiste lisboéte, résidant new yorkais, André Carvalho, ne peut vous échapper. Je viens à peine de la découvrir lors d'un concert à Paris, au centre culturel tchèque, le samedi 16 novembre 2019. Un groupe mené par un Portugais qui vit à New York jouant chez les Tchèques, à Paris, en France, voilà un aspect agréable de la mondialisation.

Revenons à la musique. Elle est d'inspiration picturale. Plus précisément, André Carvalho a fait travailler son imagination à partir d'un chef d'oeuvre de la peinture européenne, le " Jardin des délices terrestres " du Flamand Jérôme Bosch (1453-1516) qui est visible en Espagne, à Madrid, au musée national du Prado. Cette oeuvre est si complexe et si riche que personne ne sait avec certitude l'interpréter. Voici diverses versions présentées dans un excellent documentaire d'ARTE. 

Inspiré par cette oeuvre, André Carvalho crée, avec un groupe de 6 musiciens, une musique plus riche que bien des orchestres. La musique parle d'elle même comme disait Miles Davis. " The fountain " (3) coule de source et nous rafraîchit. Cf extrait audio au dessus de cet article.

Autant " The towers of Eden " (7) est rassurant, autant " Evil Parade " (8) est inquiétant. Cf vidéo sous cet article. " Cherries, brambles and strawberries " (6) nous fait goûter aux fruits du Jardin des délices même en plein hiver. 

Avec une instrumentation classique pour le Jazz moderne (contrebasse, guitare, batterie, saxophones, trompette), André Carvalho crée une musique neuve, originale, stimulante pour nos neurones. Non seulement il y a de la virtuosité mais il y a aussi de l'imagination et de la sensibilité. Quand ces trois éléments sont réunis, vous savez que vous écoutez de la Grande musique.

Espérons retrouver ce sextet prochainement de ce côté ci de l'Océan Atlantique, au Portugal, en Espagne, en France, partout où ce Jardin des délices peut fleurir et s'épanouir.

 

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Jowee Omicil en mission au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Jowee Omicil Quartet

Le Duc des Lombards

Paris, France

Vendredi 6 décembre 2019, 21h45

Jowee Omicil: saxophones alto, soprano, ténor

Randy Kerber: piano, clavier électrique

Jendah Manga: guitare basse électrique

Arnaud Dolmen: batterie

Gros son de basse. Piano léger. Batteur aux baguettes. Eclairs du sax ténor. J'entends une trace de Kenny Garret dans son jeu. Jowee Omicil est très participatif. Il fait chanter le public dès le premier morceau. En français puisqu'il est né à Montréal (Québec, Canada) de parents haïtien le 1er décembre 1977. Il a écouté le Miles Davis des annes 80, ses airs simples et funky. Il joue même de la trompette mais pas ce soir.

Démarrage délicat et funky entre basse et batterie. " Take five " ( Paul Desmond). Le thème est reconnaissable mais créolisé. Ils conservent la métrique propre au morceau (5/4) mais le chaloupé est bien caribéen. Joli solo de piano soutenu en finesse par le dialogue percutant entre basse et batterie aux baguettes. Progressivement, le batteur prend la main par des roulements rapides. 

Sax soprano. Batteur aux balais. " Les feuilles mortes " (Autumn leaves en version anglaise). Son très doux. Jowee Omicil gomme l'acidité de l'instrument. Il attaque et elle revient. Quoi? L'acidité du soprano bien sûr. Jowee Omicil joue le mort quelques longs instants pour mieux nous réveiller en attaquant d'un coup sec pour le final. Cela aussi, c'était un truc de Miles Davis.

Un peu de chant en créole haïtien. Au public de chanter à son tour . " Oyago " (?). Je ne garantis pas la transcription n'étant pas créolophone. Le quartette attaque. Sax soprano. Batteur aux baguettes. Cela repart sur un rythme plus souple mais toujours rapide. Puis un air balancé, caribéen. Là, ça danse! Ca balance bien souplement. La dame à ma droite qui a commencé le concert énervée par l'attente, stressée par sa place au fond de la salle, se met à battre des mains. Elle va visiblement nettement mieux. Le piano domine la rythmique. Le leader chante, danse. Il a ôté ses lunettes noires et s'est mis en tshirt. 

Sax ténor. Passage au clavier électrique. Un air funky. Ca sonne nord américain et moins vécu, authentique que le précédent.

Une version personnelle du " Mannish Boy " de Muddy Waters. " When I was a little boy in Montreal ". Un duo avec le piano qui joue bien la mélodie. Charmant interlude. 

Duo piano & sax ténor pour commencer. Une ballade a priori. Le batteur crée un flux léger et rapide avec ses baguettes sur les cymbales et bords de caisses. Solo de piano rêveur, impressionniste à souhait alors que la rythmique maintient la pulsation. Un petit délire Free entre sax ténor et batterie. Souvenirs d'Albert Ayler & Sunny Murray. Juste quelques secondes. Pas durant des heures comme les Grands Anciens. 

Sax soprano. Un clavier électrique. Un petit air funky spécialement pour la soirée " Bash friday". Ca balance tranquille. Conclusion très professionnelle. 

Duo piano, sax alto. Ca ressemble bien à un air caribéen. Joli final toujours en duo.

Duo sax alto, batterie. Du Monk. La rythmique repart sur un air dansant. Le public bat la mesure. Retour au calme voire au sirupeux. Avec des breaks énergiques tout de même. Passages au clavier pour l'air mièvre. Courte citation de " A Love Supreme " de John Coltrane au saxophone. Un air magique pour tous les saxophonistes de Jazz. Si simple et si puissant. Jolie idée de le jouer en decrescendo avec le batteur jusqu'au final. A l'alto, pas au ténor ou au soprano.

Clavier électrique. Arnaud Dolmen, de Guadeloupe, mouline vite et doucement aux baguettes. Sax ténor méditatif. Puis qui s'enflamme porté par la rythmique. Un morceau de Miles Davis paraît-il. 

Un dernier morceau. Sax soprano. Retour aux Caraïbes avec un morceau précédemment joué. Après recherche, " Pipillita " est l'oeuvre du Cap-Verdien Luis Morais. Rien de caribéen à l'origine mais joué ainsi,, le morceau le devient. Cf extrait audio au dessus de cet article. Mes voisines Caribéennes sont ravies. Moi aussi. C'est énergique, dansant. Le pianiste est bien chaud, aux commandes de la rythmique.

Né au Canada de parents haïtiens, Jowee Omicil a vécu aux Etats-Unis d'Amérique (élève puis professeur de la Berklee School of Music), complice de Roy Hargrove qui le poussa à créer son propre groupe. Il vit désormais à Paris en France. Profitons en avant qu'il ne s'installe ailleurs. 

 

Dans la vidéo ci-dessous, Jowee Omicil est en concert dans le décor grandiose de l'abbaye de l'Epau (ordre cistercien, XIII° siècle), au Mans (72), à l'Europa Jazz Festival, édition 2018. Rien à ajouter.

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Daniel Zimmerman " Dichotomie's " en harmonie au Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Daniel Zimmerman Quartet

" Dichotomie's "

Concert de sortie d'album

Paris, France

Le Studio de l'Ermitage

Mardi 3 novembre 2019, 21h

 

Daniel Zimmerman: trombone, compositions, direction

Benoît Delbecq: piano, claviers

Rémi Sciuto: saxophone basse

Franck Vaillant: batterie

 

" Toad buffalo courtship dance ". Je n'avais pas compris le titre et n'avais pas cherché la traduction. Il s'agit de la danse nuptiale du crapaud buffle. " Demandez à un crapaud ce qu'est la beauté: il vous répondra que c'est sa crapaude avec deux yeux ronds sortant de sa petite tête. " (Voltaire). Le saxophone basse fait la basse. Le batteur distille des notes funky. Le trombone joue la danse nuptiale du crapaud buffle. C'est énergique. Ca se calme avec une nappe de clavier. Batteur aux maillets. Trombone wah wah. De la démonstration virile, ils sont passés à la tendresse. Comment Dame Crapaude pourrait-elle résister? Retour à l'air funky du début. Le pianiste brode élégamment et énergiquement. Passage calme et la tension monte progressivement en quartet.

" Le monde d'après ". Après l'apocalypse consumériste, après que 80% de l'humanité se sera entretuée pour des ressources en énergie, eau, air et nourriture, voici ce qu'il restera. Un morceau paisible en fait. Benoît Delbecq trafique son piano pour le faire sonner comme un balafon. Trombone wah wah puis sans sourdine. Ca sonne comme un appel à la vie. Le batteur sonne la marche. Le sax basse ajoute sa pulsation. Puis ça défile joyeusement au pas cadencé mais sans rien de militaire. L'ambiance est à la fête, à la résurrection. Solo rageur du saxophone basse qui sort du rôle d'accompagnateur. Avec le trombone bouché, ça sonne joyeusement. Ils doivent avoir un troupeau de vaches sur leurs montagnes, ces survivants du jour d'après.

" Volatile ", un vieux morceau pour s'allonger dans l'herbe et regarder passer les oiseaux, explique Daniel Zimmermann. Effectivement, c'est cool. Ca ondule au son du sax basse. Le batteur martèle toujours. Il aime bien les marches. Un peu de balais ne ferait pas de mal. Pianiste au jeu aérien. Le trombone souffle les nuages qui passent lentement.

Daniel Zimmermann a le goût des titres et des annonces humoristiques. Un héritage de Martial Solal? " The butter and the money " dédié à ceux qui veulent tout et n'arrivent pas à choisir. Morceau énergique avec une pulsation implacable. Jolis tintements de clochettes pour ponctuer le solo de trombone soutenu par le sax basse. Ca énergiquement à 4 vers le final.

Retour au trombone bouché. Un autre morceau inspiré par la fin du monde. Des milliardaires américains se construisent des villas en Nouvelle-Zélande pour échapper à la fin du monde. C'est à l'université de Christchurch, soit le plus loin possible des nazis et des soviétiques, que Karl Popper enseigna de 1937 à 1945 et écrivit " La société ouverte et ses ennemis ". Toutefois, Christchurch est dans une zone sismique. Des attentats terroristes y ont été commis. Le refuge n'est donc pas sûr. " My little New Zealand bunker ". Trombone wah wah avec son trafiqué. Pas si calme que cela ce bunker. Je sens les secousses telluriques dessous.

PAUSE

Cette fois Daniel Zimmermann commence à jouer seul, sans annonce préalable. Benoît Delbecq trafique joliment le son de son piano avec un clavier électrique au dessus. C'est une ballade. Le saxophone basse marque le tempo gravement. Ah, enfin, Franck Vaillant joue aux balais! Solo de saxophone grave et nostalgique à souhait. Je suis bercé par la rythmique et un solo langoureux du trombone. Douce rêverie en musique.

Un morceau qui traite du lâcher prise, terme à la mode. Ca tombe bien, nous aussi, précise Daniel Zimmermann. Une pièce dédiée aux vacances à la montagne, aux Pyrénées françaises. " Summer in Barrancoueu ". Cf extrait audio au dessus et vidéo en dessous de cet article.  Si j'avais écouté ma fatigue, je serais parti à la pause mais je suis resté pour ce morceau là qui m'enthousiasme.  Barrancoueu, c'est où? Dans la vallée d'Aure, département des Hautes-Pyrénées, région Occitanie, en France. Commune de 34 habitants selon l'INSEE. Autant dire que vous n'êtes pas dérangé par les voisins. Justement, en écoutant Summer in Barrancoueu, j'ai envie d'y passer l'été, de monter et descendre les montagnes, de faire la fête avec des amis, de faire bonne chère. Bref, l'office de tourisme intercommunal des vallées d'Aure et du Louron devrait adopter ce morceau comme hymne local. La musique brille de mille feux, évoque l'été, les vacances, l'herbe verte, les fleurs sauvages, les amis, le grand air, les grands espaces, l'amour, les fêtes du corps et de l'esprit. Bref un antidépresseur non remboursé par la Sécurité Sociale mais pas cher et garanti sans effet secondaire. Benoît Delbecq s'amuse à trafiquer les sons entre piano et clavier. Sax basse et batterie maintiennent un tempo d'enfer. Le trombone bondit comme une chèvre dans la montagne. Le Paradis ici et maintenant.

Un morceau qui fout les jetons annonce le tromboniste. " Eclipse ". Musique lente, étrange. Dialogue dans le grave entre saxophone et trombone. Batteur aux maillets pour jouer le tonnerre sur les tambours. Franck Vaillant passe aux baguettes et ça attaque sévère. Le même thème mais répété en accéléré. Ca s'énerve sérieusement.

Un morceau débile puisqu'il en faut un, d'après le chef du quartet. " Les moutons de Panurge ". Sourdine Harmon. Les moutons courent comme des dératés se jeter dans le précipice. Peut-être ont-ils pris peur de l'ours des Pyrénées.  Statistiquement, les ours et les loups tuent bien moins que les chiens errants. 

" Vieux robot ". Effectivement, c'est le pas hésitant d'un robot qui manque d'huile dans ses rouages. Il danse encore pourtant. Pont vers un air plus simple, plus funky. Le vieux robot s'offre une deuxième jeunesse et se remet à marcher et à danser.

RAPPEL

Je me doutais que la musique de l'album " Dichotomie's " du quartet donnerait toute sa (dé) mesure sur scène. Le doute est levé. C'est bien là qu'il faut en profiter. Après avoir acheté l'album bien entendu. 

 

Prochains concerts en France du quartet de Daniel Zimmermann

Jeudi 20 février 2020, 20h30, Cenon (33), Le Rocher de Palmer

Mercredi 18 mars 2020, 20h30, Amiens (80), Maison de la Culture

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" Another Side " Michele Hendricks

Publié le par Guillaume Lagrée

Michele Hendricks

" Another Side "

Un album Cristal Records (2019)

 

Michele Hendricks: voix, paroles, compositions (4, 6, 9, 10, 11 & 13)

Arnaud Mattei: piano& kess kess

Bruno Rousselet: contrebasse

Philippe Soirat: batterie

Olivier Témime: saxophone ténor

Lectrices compositrices, lecteurs auteurs, je vous ai déjà chanté les louanges de Michele Hendricks, fille du génial Jon Hendricks, responsable d'un hommage intelligent et émouvant hommage à Ella Fitzgerald, une pédagogue vocale réputée et une interprète endiablée sur scène

Michele Hendricks est une vraie musicienne. Non seulement, elle sait lire et interpréter la musique mais elle sait aussi l'écrire. Les chansons de cet album " Another side " sont toutes les siennes par les paroles et certaines par les musiques. 

Pas de standard ici. Juste une variation sur " Flight of the foo birds " de Neal Hefti, intitulée " Flight of the foos " (8). Tout cet album respire la joie de vivre et de chanter. Il n'est pas remboursé par les assurances sociales mais c'est un excellent anxiolytique sans effet secondaire. Même le Blues est joyeux comme cet hommage énergique à Julian Cannonball Adderley (1928-1975) qui ouvre l'album, " Cannonball Blues ". Cf vidéo sous cet article. 

Pas de standard mais nous restons dans le style du Jazz des années 50-60 avec des échappées comme ce reggae décalé de Monty Alexander, " Reggae later " transformé en " Regulate cha " (7) ou le chant Soul de " Don't give Your soul away " (11), chanson d'avertissement aux toxicomanes. Cf extrait audio au dessus de cet article.

La musique peut même être follement joyeuse comme le " Trivia Madness " (4) de sa composition. Cela n'empêche pas l'expression élégante de la nostalgie comme " Why did You have to go ? " (9).

Sa maman l'avait averti de choisir un mec bien, pas juste un beau gosse avec de belles paroles et de vilains gestes. " Mama, You told me " (6). Michele Hendricks l'a écouté et épousé un Français et la France. 

Résultat, Michele Hendricks est devenue une vraie Française. Non seulement elle parle en français mais elle râle aussi en français. D'où la dernière chanson, de sa composition " Il y a des cons partout " (13).

Michele Hendricks est accompagnée par son groupe français habituel. Arnaud Mattéi sait faire swinguer le piano mais joue aussi des kess kess (percussions africaines). Avec Bruno Rousselet à la contrebasse et Philippe Soirat à la batterie, impossible de perdre le tempo. Olivier Témime au saxophone ténor se souvient de Johnny Griffin  (1928-2008) dont il fut le dernier partenaire de 1999 à 2008. Ecoutez le klaxonner avec son sax sur " Honk, if Ya want it " (10).

Michele Hendricks chante, scatte, swingue, émeut, fait sourire. Bref, elle est la vie même, une vraie chanteuse et musicienne de Jazz, une Femme, une Dame du temps présent, pas un produit lyophilisé et standardisé.

Vous l'avez compris, lectrices autrices, lecteurs compositeurs, l'album " Another side " de Michele Hendricks est à écouter, à danser, à consommer sans modération, avec uniquement des effets bénéfiques pour la santé. 

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Henri Texier Sand Quintet en transit au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Henri Texier & Manu Codjia par Juan Carlos HERNANDEZ

Henri Texier & Manu Codjia par Juan Carlos HERNANDEZ

Henri Texier " Sand " Quintet

Paris

Le Duc des Lombards

Samedi 30 novembre 2019, 21h30

Henri Texier: contrebasse, compositions, direction

Manu Codjia: guitare électrique

Gautier Garrigue: batterie

Sébastien Texier: saxophone alto & clarinettes

Vincent Le Quang: saxophones ténor & soprano

 

Lectrices attentives, lecteurs exhaustifs, vous avez noté que je vous ai chanté les louanges de l'album " Sand Woman " du quintette d'Henri Texier en 2018, d'un concert de ce groupe à Paris au Café de la Danse encore en 2018 et d'un autre concert du même groupe, toujours à Paris, au cinéma Balzac, toujours en 2018.

L'an neuf 2019 arrive sur sa fin. Il est temps pour moi d'apprécier les mutations du " Sand " Quintet d'Henri Texier. En fond sonore, avant le concert, le Maître d'Henri Texier, Charles Mingus (contrebasse). 

Solo de contrebasse. Tout de suite, le conteur pose l'ambiance de son histoire. La contrebasse chante, vibre, ronronne. Le batteur enchaîne sur une sorte de chant révolutionnaire. Le quintette suit. Soprano et clarinette s'entremêlent. Quelle vibration de la rythmique! L'univers est constitué d'ondes nous explique la physique mais, à cet instant, je le ressens. Ils ouvrent et éclairent l'espace de la salle. Le guitariste prend la main et ça devient un trio de rock mais sans la pesanteur habituelle au genre. Solo de batterie aux baguettes sur les tambours. La pulsation demeure par les pieds du batteur. Le quintette repart uni dans sa diversité. C'est saisissant de beauté. C'est Henri Texier et ses hommes dont son fils, Sébastien. Ca glisse en pente douce jusqu'au final.

La rythmique installe une marche qui n'a rien de militaire. Elle donne plutôt envie de danser en paradant joyeusement. Clarinette basse, sax soprano. Curieusement, bien que cela n'ait rien à voir, la musique m'évoque un pardon breton. Les gens qui marchent sur la lande, bannières dressées, au rythme des binious et des bombardes. Le public applaudit peu les soli. Il reste concentré sur cette musique de danse dense. La chaleur froide du son de guitare de Manu Codjia me fascine toujours autant. Ca balance souplement. De la guitare sort un chant lointain de mouettes. Puis le quintette repart. Vincent Le Quang est repassé au ténor pour un solo velouté et viril. Ca grogne. Solo de clarinette sur une sorte de Blues à la mode Texier. Clarinette, sax ténor. Les souffleurs changent d'instrument en cours de morceau pour varier les sensations. Dialogue contrebasse & batterie. Les notes rebondissent dans l'espace. La guitare vient s'y faufiler. Puis la marche repart en quinconce. 

C'était d'abord " Chance " qui figurera dans le prochain album du quintette. Sortie prévue en février-mars 2020. Patience, lectrices attentives, lecteurs exhaustifs. Puis " Sand Woman " et " Hungry Man " qui figurent sur l'album " Sand Woman ". 

Une composition plus ancienne, " Sacrifice ". Rien à voir avec la chanson d'Elton John. Démarrage très nerveux, très free, entre contrebasse, batterie et sax alto. Ca brame. Le quintette enchaîne toujours énervé. Tout s'arrête pour un solo de guitare électrique avec plein d'effets maîtrisés pour produire des bruits de pales d'hélicoptère, des sirènes de navire, des balles traçantes. Ambiance guerrière et brutale qui s'apaise. Il y a de la friture mais une ligne claire se détache. Même les touristes américains bavards derrière moi commencent à se taire et à écouter. Celles devant moi, par contre, écoutent attentivement et passionnément depuis le début. Manu Codjia utilise élégamment l'effet de réverbération. C'est applaudi. Vincent Le uang enchaîne au sax ténor dans la même ambiance méditative. Nous sommes passés de la violence à une bulle de tendresse. Sax ténor, contrebasse, batteur aux balais. Le temps du repos est venu. Trop subtil pour les touristes derrière moi. Ils n'écoutent plus et bavardent de nouveau. Dialogue contrebasse & batterie aux baguettes. Solo de batterie léger, décortiqué. Retour au joyeux bruit du Free en quintette pour le final.

Clarinette basse & sax soprano. Un nouveau morceau qui figurera dans le prochain album. " Simone & Robert " en hommage à Simone Veil & Robert Badinter. Batteur aux balais. Une ballade douce, élégante et raffinée. Solo tranquille, méditatif de guitare. Solo plaintif et charmant de la clarinette basse. Le quintette repart groupé, en douceur. Belle berceuse.

" Amir " premier morceau  du premier album d'Henri Texier, en solo, " Amir " (1976). Cf extrait audio au dessus de cet article. Fameuse vibration de contrebasse reprise y compris par des DJ d'électro. Les saxs remplacent la voix d'Henri Texier qui figure sur l'enregistrement original. Sax alto et ténor jouent d'un même souffle alors que la rythmique les porte. Ce morceau a 43 ans d'âge et sonne toujours autant, signe de sa valeur. Des touristes US bavards derrière moi, il n'en reste qu'un. D'où un silence appréciable pour savourer la fin de ce concert. Solo de  Monsieur Henri très véloce, stimulé par le batteur aux baguettes sur les cymbales. Fouette, cocher! Manu Codjia fait vibrer sa guitare comme un oud en hommage à l'enregistrement original où Henri Texier joue aussi de l'oud. Solo de batterie. Le quintette reprend le thème toujours superbe et généreux, princier même ( " Amir ", le prince en arabe; matrice du mot français amiral).

RAPPEL

Le morceau final de l'album " Sand Woman " et aussi du premier album d'Henri Texier, 'Amir ", " Quand tout s'arrête ". Un thème qui vous fait voyager loin, sur des mers calmes et sous des cieux irisés. Ample et majestueux solo de contrebasse pour introduire le thème. Je savoure.  Sax ténor, clarinette, batteur aux balais. Nom de Zeus, que c'est beau! Cf vidéo sous cet article enregistrée lors d'un précédent concert du groupe au Triton, aux Lilas (93). 

Après le concert et avant le boeuf (Jam session in english) du samedi soir au Duc des Lombards, les hauts parleurs diffusent un autre Maître d'Henri Texier, Charlie Parker (saxophone alto). 

J'ai rafraîchi mes souvenirs du Sand Quintet d'Henri Texier avec ce concert qui m'a aussi préparé à savourer le prochain album de ce groupe élégant. Affaire à suivre, lectrices attentives, lecteurs exhaustifs. 

La photographie d'Henri Texier & Manu Codjia est l'oeuvre du Voluptueux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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