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" Monks of nothingness " Olivier Laisney &Yantras

Publié le par Guillaume Lagrée

Magic Malik par Juan Carlos HERNANDEZ

Magic Malik par Juan Carlos HERNANDEZ

" Monks of nothingness "

Oliver Laisney & Yantras

Onze heures Onze. Sorti le 8 janvier 2021

Concert de sortie à Paris, France, au 360 Factory, jeudi 27 mai 2021

Olivier Laisney: trompette, compositions

Damien Varraillon: contrebasse

Franck Vaillant: batterie

Romain Clerc-Renaud: claviers

Magic Malik: flûte

Mike Ladd: rap, paroles

 

Lectrices Electro, lecteurs Jazz, je découvre Olivier Laisney avec cet album. Je pense qu'il vous réunira, corps et âmes, tout en respectant les normes de distanciation physique en vigueur par temps de pandémie, évidemment.

Olivier Laisney est passionné d'Olivier Messiaen (1908-1992). La seule chose que je sais d'Olivier Messiaen est qu'il détestait le Jazz dont la pulsation rythmique, le beat, lui paraissait un carcan. Si, j'en sais une deuxième. Il adorait les chants d'oiseaux et n'a cessé de vouloir les reproduire dans sa musique. 

Pour les chants d'oiseaux, Magic Malik y pourvoit avec sa flûte traversière. Malik Mezzadri n'usurpe pas son nom de scène sur cet album. Son envol final sur le dernier titre de l'album " Le pendu " (9) achèvera de vous en convaincre, lectrices Electro, lecteurs Jazz. 

Quant au beat, il est bien assuré par Damien Varraillon et Franck Vaillant mais en souplesse. Le choix de la contrebasse, au lieu d'une guitare basse électrique, maintient la souplesse et la légèreté propres au Jazz. A apprécier en solo sur " Secret swordplay instruction " (7). Cf extrait audio au dessus de cet article.

Je ne comprends rien à ce que raconte Mike Ladd mais il le raconte bien, avec sa voix chaude, souple, parfaitement en rythme avec la musique. A savourer sur " Spiral Down " (1) & " Sonnet " (5).

Romain Clerc-Renaud sait installer l'ambiance avec ses claviers. Cf." Secret swordplay instruction " (7). Extrait audio au dessus de cet article. 

Olivier Laisney a certainement beaucoup écouté Miles Davis & Donald Byrd mais il sait tracer sa voix. Dès le départ avec " Spiral Down " (1) où Franck Vaillant fait merveille en barman de sons. " Le batteur est un barman de sons " (Jean Cocteau). 

Bref, lectrices Electro, lecteurs Jazz, avant de retrouver Olivier Laisney et ses Yantras sur scène dans un monde préservé de la Covid, vous pouvez, en toute légalité, consommer sans modération son album " Monks of nothingness ". 

La photographie de Magic Malik est l'oeuvre de l'Exceptionnel Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales

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" Dexter Gordon. Sophisticated Giant ". Maxine Gordon

Publié le par Guillaume Lagrée

" Dexter Gordon. Sophisticated Giant "

Maxine Gordon

Editions Lenkalente. Nantes, 2020. 329p. 20€

Traduit de l'anglais par Philippe Carrard

 

Lectrices Be, lecteurs Bop, je vous ai déjà chanté les louanges de Dexter Gordon (1923-1990) " Montmartre 1964 ", un album enregistré en concert au Montmartre Jazz Hus de Copenhague, Danemark, club toujours en activité en 2021, enfin quand la Covid 19 le permettra.

Dexter Gordon fait le lien entre la période classique du saxophone ténor (Coleman Hawkins, Lester Young) et la période moderne ( John Coltrane, Sonny Rollins). Lui même considérait Joe Henderson et Wayne Shorter comme ses enfants. 

Maxine Gordon, sa veuve, a raconté la vie de son mari dans " Sophisticated Giant . Dexter Gordon " ( University of California Press, Oakland, 2018). Grâce à l'éditeur nantais Lenka Lente, la version française de ce livre est désormais disponible.

Pour vous, lectrices Be, lecteurs Bop, cette biographie est une mine d'or à ciel ouvert. Outre l'aspect artistique (l'oeuvre enregistrée de Dexter Gordon), ce livre raconte la vie de Dexter Gordon et nous fait comprendre ce que cela signifiait être un homme noir, artiste, créateur aux Etats Unis d'Amérique au XX° siècle. " Nous pouvons toujours abattre les murs de briques qu'ils construisent devant nous. Nous en avons les moyens " (Art Blakey). C'est ainsi que pensaient et agissaient Dexter Gordon et ses amis, les " cats ", Miles Davis, Dizzy Gillespie, Sonny Rollins, Johnny Griffin... Félicitations au traducteur, Philippe Carrard, pour avoir su restituer en français, le jive des cats, l'argot des musiciens de Jazz. 

Dexter Gordon est né à Los Angeles, Californie, en 1923. " Soy Califa ", une de ses plus fameuses compositions ne signifie pas " Je suis le Calife " comme a pu le croire naïvement le non hispanisant que je suis mais " Je suis de Californie " en spanglish de Los Angeles. Cf extrait audio ci-dessus.

Dexter Gordon, comme Miles Davis, était un fils de bourgeois. Son père était le 2e médecin noir de Los Angeles avec, pour patients, lorsqu'ils passaient en ville, Louis Armstrong et Duke Ellington. Ses ancêtres étaient d'origine diverse. Un arrière grand-père normand d'où lui venaient probablement ses beaux yeux bleus. Une grand-mère malgache d'où certains traits du visage caractéristiques selon les Malgaches. Un grand-père officier des Buffalo Soldiers, les premiers régiments noirs de l'US Army durant la Guerre de Sécession, ceux qui inspirèrent une chanson à Bob Marley, " Buffalo Soldier ".  A 15 ans Dexter Gordon était orphelin de père, à 17 ans, musicien professionnel et à 21 ans, toxicomane.

C'est là que les problèmes commencèrent. Noir, musicien de Jazz et toxicomane, tout pour attirer les ennuis aux Etats Unis d'Amérique dans les années 1940. De plus,  " Long Tall " Dexter était difficile à cacher. Il mesurait 6 pieds 4 pouces soit 1m95, était beau comme un Dieu, photogénique et il était toujours sapé à mort. Quand Miles Davis a quitté Saint Louis pour New York en 1944, Dexter lui a expliqué qu'il n'était pas sortable tant ses vêtements étaient ringards. " Miles, tu joues avec Charlie Parker, le groupe le plus hip au monde. Tu ne peux être pas habillé comme ça ".  Miles a changé de style vestimentaire et Dexter a accepté de nouveau de marcher dans la rue avec lui. " Dexter, c'était quelqu'un " (Miles Davis). 

Oui, Dexter, c'était quelqu'un. Voici comment son cadet Sonny Rollins (1930) le définissait dans un entretien avec Maxine Gordon en 2010. " Qu'est ce qu'on peut dire de Dexter? Qu'il a constitué une sorte de pont entre Charlie Parker à l'alto et ce qui devenait possible au ténor. Bien sûr, son jeu était un condensé de tout ce qui avait précédé. Mais il était aussi ce pont, d'où le fait que les musiciens qui, à l'époque, découvraient le bebop aimaient tous Dexter. Non, il ne faisait pas du Charlie Parker au ténor; il faisait du Dexter Gordon. Mais la musique qu'il jouait avait les mêmes qualités que celle de Parker ". 

En 1940, Dexter joue dans  l'orchestre de Lionel Hampton. En 1944, dans celui de Louis Armstrong. Chez Louis, il ne reste que 6 mois. Louis Armstrong est le Roi du Jazz à jamais mais, en 1944, le créateur se repose sur ses lauriers et n'innove plus. Dexter est jeune et va traverser les Etats Unis d'Ouest en Est pour jouer Be Bop avec Charlie Parker & Dizzy Gillespie. Il appelait Dizzy Gillespie " l'Albert Einstein du Jazz " tant il avait de respect pour sa science de la musique. Encore dans les années 1980, Dizzy expliquait à Dexter qu'il ne jouait pas " Round about midnight " correctement mais comme Miles Davis le jouait. " C'est moi qui ait écrit l'introduction et la conclusion de ce thème " lui dit Dizzy qui lui expliqua le thème en coulisses d'un concert. " Dizzy, pourquoi ne me l'as tu pas dit plus tôt? " demanda Dexter. " J'attendais l'occasion de te rencontrer, Dexter " répondit Dizzy. 

La vie de Dexter Gordon fut une quête permanente d'amélioration de son art et de son sort mais freinée par ses mauvais penchants. Devenue une énorme star en 1948 grâce  à son duo avec Wardell Gray (sax ténor), " The Chase ", Dexter n'en profite pas. D'abord, un contrat léonin lui fait toucher une somme ridicule en droits d'auteur. Ensuite, sa toxicomanie lui fait passer l'essentiel des années 1950 en prison. " Aux Etats Unis, les prisons sont de plus en plus grandes et de plus en plus remplies. Je ne vois pas en quoi cela résout le problème de la drogue " (Dexter Gordon). Dexter Gordon ne voulait pas parler des années 1950. Maxine Gordon a dû fouiller les archives et interroger les survivants pour reconstituer cette période de la vie de Dexter Gordon.

 

En 1962, Dexter est libre. Il répond à l'appel du Ronnie's Scott Club à Londres (club toujours en activité, hors Covid), prend un passeport et décolle pour l'Europe. Il y vivra jusqu'en 1976, faisant de Copenhague au Danemark sa ville (il existe une rue Dexter Gordon à Copenhague croisant la rue Ben Webster, autre géant du sax ténor qui y vécut longtemps aussi et y est enterré) et du Montmartre Jazz Hus, club toujours en activité hors Covid, sa maison. Il abandonne femme et enfants à Los Angeles, Californie et se recrée une famille, un cadre de vie où il échappe au racisme, à la pression des dealers de New York comme de Los Angeles et est respecté comme homme et comme musicien. Dexter devient un vrai Danois, apprenant la langue et circulant à bicyclette. Il se fait des amis dont la famille Ulrich. Il est le parrain de leur fils Lars Ulrich, batteur fondateur de Metallica, groupe de hard rock mondialement célèbre.  Il est sous contrat avec Blue Note Records et enregistre d'excellents albums indispensables dans votre discothèque , lectrices Be, lecteurs Bop: " Go ", " A swingin affair ", " Our man in Paris " ...

En 1976, Dexter Gordon a envie de rentrer au pays natal, aux Etats Unis d'Amérique. Malcom X et Martin Luther King sont mort assassinés, la guerre du Vietnam est finie, Jimmy Carter est président. Bref, l'ambiance est plus calme. Au Danemark, Dexter restait un citoyen américain conscient de ses droits, manifestant devant l'ambassade américaine, rencontrant ls Black Panthers de passage, adhérent à vie de la National Association for the Advancement of Coloured People.

C'est là qu'entre en jeu Maxine Gordon, attachée de presse basé à New York qui nous explique comment, avant Internet et les téléphones portables, elle décroche des engagements à travers tous les Etats Unis d'Amérique pour un musicien, Dexter Gordon, qui vit en Europe depuis 1962 même s'il est revenu de ci de là jouer quelques concerts. Elle convainc Max Gordon (pas un parent de Dexter), le fondateur et patron du Village Vanguard (club toujours en activité en 2021, dans le contexte Covid, toujours) d'engager Dexter et de l'enregistrer. Cela donne " Homecoming . Live at the Village Vanguard " qui fait un triomphe. Dans le groupe figure le trompettiste Woody Shaw, alors époux de Maxine. Leur fils  Woody Louis Armstrong Shaw III (un fils de trompettiste de Jazz!) est né en 1978. Dexter revient dans le bain et est invité à jouer à la Maison Blanche en 1978 avec d'autres Géants du Jazz comme Dizzy Gillespie. C'est la consécration. 

Petit à petit, le rôle de Maxine changera, restant agent mais devenant aussi la compagne et l'épouse de Dexter, jusqu'à la mort de Dexter en 1990. 

Dans les années 1980, nouvel événement avec un appel de Paris. Bertrand Tavernier, cinéaste français, veut tourner un film sur le Jazz à Paris dans les années 1950 en s'inspirant de deux personnages, le pianiste Bud Powell (1924-1966), pilier du Blue Note de 1959 à 1964 en même temps que Martial Solal (le défunt club parisien Blue Note n'a rien à voir avec la maison de disques américaine) et le saxophoniste ténor Lester Young (1909-195).

Dexter Gordon crée le personnage de Dale Turner, joue sous la direction d'Herbie Hancock, directeur musical du film " Autour de minuit ", explique à Bertrand Tavernier comment son personnage doit bouger, parler, agir pour être crédible en musicien de Jazz noir américain à Paris dans les années 1950. Le film est une réussite. Herbie Hancock gagne l'Oscar de la meilleure musique de film. Dexter Gordon est nominé pour l'Oscar du meilleur acteur, le 5e homme noir dans ce cas, pour son premier rôle à 63 ans. Paul Newman obtint l'Oscar du meilleur acteur en 1987 mais Dexter reçut une lettre de Marlon Brando qui disait notamment ceci: " Pour la première fois depuis 15 ans, grâce à vous, j'ai appris quelque chose du métier d'acteur ". François Cluzet joue le rôle de Francis Paudras, le fan français de Bud Powell. Dexter Gordon lui prédit une brillante carrière d'acteur. Il ne s'était pas trompé.

Bref, dans les années 1980, Dexter Gordon, après 40 ans de carrière, signe chez Columbia Records, la marque de Miles Davis, est reçu comme un Roi (villa privée partagée avec Stan Getz au bord du Lac Léman pour le Montreux Jazz Festival), tourne au cinéma, est bien payé, n'a plus d'addiction, mène une vie saine, est couvert d'amour et d'amitié. Enfin, la belle vie après plus de 40 ans de carrière entrecoupée de diverses galères, plus ou moins de son fait. 

Dexter est usé par l'âge et une vie agitée. Il meurt en 1990 laissant un immense héritage musical sur lequel veille amoureusement sa veuve Maxine Gordon auteur de cette biographie fouillée et passionnante qui fait revivre une vie et une époque. 

 

Un livre à lire au calme en écoutant attentivement Dexter Gordon, lectrices Be, lecteurs Bop. Par exemple en concert chez lui au Montmartre Jazz Hus de Copenhague en 1971, l'année de ma naissance ainsi que de mon fidèle associé photographe Juan Carlos Hernandez. Dexter Gordon enveloppe son public dans une bulle de chaleur sortie de son saxophone ténor. Cf vidéo ci-dessous.

 

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