20 ans après: Bob Mover Quartet en concert à Paris au Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Bob Mover Quartet

Paris. Le Sunset.

Samedi 26 janvier 2013. 21h30.

 

Bob Mover : saxophones alto, ténor, chant

Joe Cohn : guitare électrique

Pierre Boussaguet : contrebasse

Steve Williams : batterie

Invitée surprise

Jelena Jovovic : chant

 

Sur le programme, il y a écrit 21h30. En fait, le concert commence à 22h. Heureusement, il n’y a pas école demain. 

 

Ca commence par un hard bop classique. Ca joue cohérent. Bob Mover a toujours un superbe son de sax alto, grave, tendant vers le ténor. Attaque très pure, très nette. Schéma classique : thème, soli, thème. Au tour du guitariste maintenant. Lui aussi a une belle attaque, un son clair, net. C’est un ancien élève de Bob Mover alors que Bob, lui, fut l’élève d’Al Cohn (sax ténor), le père de Joe. Derrière, la rythmique est une assurance tous risques tant elle tourne bien. Pierre Boussaguet, ancien élève de Ray Brown, a hérité du beau gros son de son Maître. Rien de neuf dans cette musique sur la forme mais c’est si bien joué tant techniquement qu’émotionnellement que cela fait du bien. C’était « Blues for Bobby Ward » hommage à un batteur de Boston par Bob Mover, natif de Boston. 

 

Bob Mover fait l’effort de nous parler en français. Avec des maladresses mais de la part d’un Américain à Paris, c’est très appréciable et apprécié. Il nous explique qu’il a parlé portugais aujourd’hui et qu’il mélange les deux langues. Une ballade avec le latin tinge cher à Jelly Roll Morton. Tout en velours. Ca devient plus aigu, plus dynamique. « Tout le monde doit reconnaitre » a dit Bob Mover. Je reconnais l’air mais pas le titre. C’est beau mais cela ne me fait pas tomber par terre comme Chet Baker. C’était « I love Paris » de Cole Porter. 

 

« Hey there », une chanson de Broadway, années 50. Un morceau cool, légèrement rapide, plutôt dansant. Un morceau de musical. Bob Mover chante de façon émouvante, rappelant le Chet Baker des années 80. Pas à ce degré de fragilité tout de même. Ma voisine est folle de joie. C’est la fan de Bob Mover à Paris, manifestement. Elle chante, danse, parle, s’exclame. Une dame d’apparence sérieuse pourtant, vêtue de rouge, couleur de passion. La quarantaine rugissante comme disent les circumnavigateurs. En entendant Pierre Boussaguet en solo, j’ai l’impression de retrouver Ray Brown. C’est dire si c’est bon. 

 

« You and Me » (Al Cohn), une variation sur « Tea for two ». Bob passe au sax tenor, l’instrument d’Al Cohn. Ca swingue énergiquement. Je ne reconnais pas du tout « Tea for two ». Al Cohn a décapé énergiquement ce vieux standard. Bob Mover se débrouille bien au ténor mais a un son plus personnel à l’alto. 

 

Un standard. « Dream », duo chant/batterie. Guitare et contrebasse viennent s’ajouter tout en douceur. Bob Mover reste au ténor avec un son de velours. Ca marche. Les amoureux s’enlacent. Ca ronronne avec la contrebasse qui grogne de plaisir sous les doigts de Pierre Boussaguet. Larsen, le fameux boxeur danois, frappe. Le quartet continue, imperturbable. 

 

Les rejoint sur scène Jelena Jovovic, chanteuse serbe avec laquelle ils vont enregistrer à Belgrade. Des musiciens américains et français qui enregistrent à Belgrade ! Décidément la guerre de Yougoslavie est bel et bien finie. Tant mieux. Jelena Jovovic a une voix grave, chaude avec un léger accent balkanique en anglais. Elle chante « Sometimes ago » d’un compositeur balkanique dont le nom m’a échappé. J’avais remarqué cette femme dans la salle par sa taille, son allure, sa présence. En plus, elle swingue,  sans scat, d’une voix grave, chaude, sensuelle, bien en rythme. Bref, cette Sophisticated Lady est une vraie chanteuse de Jazz. 

 

« Nightbird » (Al Cohn). Ca swingue joyeusement. Jelena Jovovic ajoute vraiment un supplément d’âme à la musique ce qui n’est pas le cas de toutes les chanteuses de Jazz.

 

« Moon Song ». Bob Mover est devenu amoureux du ténor. Il ne le quitte plus. A moins qu’emporté par la musique, je ne fasse plus la différence entre le son de l’alto et du ténor. « Sweet moon song » chante Bob Mover. So romantic comme disent les Américaines. 

 

PAUSE

 

Le concert est superbe, je n’ai pas école demain mais le marchand de sable est passé et le premier set a duré 1h30. J’ai donc bu un grand bol de beauté. Cela faisait vingt ans que Bob Mover n’avait pas joué en France alors que James Carter et Joshua Redman y sévissent chaque année. O tempora, o mores ! « Nous avons tous les deux optés pour la beauté » disait Chet Baker de Bob Mover. 25 ans après la mort de Chet, Bob Mover n’a pas dévié de son choix. Merci au Sunset de l’avoir invité et de nous en avoir fait profiter. Espérons ne pas attendre 20 ans de plus pour le retrouver en concert en France. Attendons avec délice son album avec Jelena Jovovic sachant qu’il vient d’en sortir un nouveau avec comme pianiste Kenny Barron, le dernier sideman de Stan Getz. Respect pour Bob Mover.

En 1975, Bob Mover avait 23 ans et il jouait avec Chet Baker (1929-1988). Il accompagna Chet en Europe notamment à la Grande Parade du Jazz de Nice. L'INA l'a enregistré. Dans le documentaire " Who is Bob Mover? " (2009) Bob explique la leçon que lui a donné Chet Baker: opter pour la beauté, ne pas vouloir à tout prix être celui qui joue le plus vite, le plus haut, le plus fort. C'est en anglais, sans sous-titres mais je vous fais confiance pour comprendre lectrices anglophiles, lecteurs anglophones. En fond sonore, l'album " It amazes me " de Bob Mover.

 

 

 

 

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