Conversation pour deux guitares: Jonathan Kreisberg&Nelson Veras

Publié le par Guillaume Lagrée

Le 9 Jazz Club. Paris.

Nelson Veras : guitare électro acoustique
Jonathan Kreisberg : guitare électrique

Jonathan Kreisberg avait deux jours de liberté dans sa tournée européenne. « Je me suis dit : Nelson vit en Europe, à Paris. J’ai frappé à sa porte et je l’ai supplié de jouer avec moi ! » explique Jonathan.

« Shadow list » (Kreisberg). Jonathan a dit tout le bien qu’il pensait de l’extraordinaire Nelson Veras. Emu, flatté, Nelson a souri sans rien dire. Bien belle intro, joyeuse et nostalgique à la fois. Tout de suite, les deux guitares se fondent, se distinguent, s’aiment. Ca swingue avec grâce. Joe Pass peut reposer en paix. La relève est assurée. A croire qu’ils ont toujours joué ensemble alors que c’est le premier concert de ce duo. Plus personne ne parle. La musique est si belle, si pure qu’elle impose une écoute attentive d’elle même. Au tour de Nelson de prendre les devants. Montée en duo pour le final. Impeccable.

« I am old fashioned », un standard. Ca ne sonne pas démodé du tout. La pluie d’orage et le ventilateur les accompagnent. Nelson est toujours aussi brillant. Les notes filent comme des étoiles. Il y a beaucoup de respect et de complicité entre ces deux hommes. Chacun son tour devient accompagnateur, leader et ça coule comme une source vive et claire. Cette musique nettoie la tête des miasmes de la vie. Certains spectateurs n’en peuvent plus de désir et applaudissent avant la fin du morceau.

Jonathan parle : « Nous jouons comme si nous étions dans la maison de Nelson. Nous réalisons que vous êtes là lorsque vous applaudissez. Je ne fais pas de la musique avec lui, je discute. C’est un extraordinaire musicien et un des gars les plus gentils que je connaisse. »

« Stella by starlight ». Intro à la guitare électrique. Ca joue, vole, virevolte. Il ne manque que le feu de camp mais l’esprit est là. Ils s’amusent et nous règlent. Même la fin est un gag, en finesse évidemment.

Nelson parle : « Il joue de manière incroyable et c’est un mec incroyable ». Ils se complimentent mutuellement. Ils peuvent.

« Body and Soul ». C’est un dialogue d’orfèvres. Ils pourraient jouer « Here is that rainy day » vu le temps dehors. Pour l’instant, ils nous emportent corps et âme.(body and soul). C’est une leçon de guitare mais pas sommaire.

« Nous nous échauffons. Le prochain set sera un vrai set. Celui çi c’est l’échauffement. J’aimerais tourner avec Nelson. Nous avons déjà tellement progressé en une semaine ».

« Lilia » (Milton Nascimento). " Je ne l’ai jamais joué " avoue  Jonathan. C’est brésilien, du pays de Nelson, pas de celui de Jonathan. Jonathan fait la basse rythmique, tape du pied. Nelson se ballade sur la mélodie. C’est assez funky en fait. Je reconnais cette magnifique chanson jouée par Wayne Shorter avec son auteur Milton Nascimento. Dieux que Nelson la joue bien ! Le Brésil est arrivé à Paris. Ca marche. Les gens se taisent tellement c’est beau. Jonathan passe en leader. Il se débrouille avec cette chanson nouvelle pour lui. C’est de la musique à vous rendre amoureux.

PAUSE

« It’s time to make the donuts » me dit Jonathan avant de reprendre le concert. Il fait allusion à une vieille publicité télévisée américaine. Un vieux monsieur se réveille, se frotte les yeux et dit : « It’s time to make the donuts » (Il est temps de fabriquer les beignets). Pour Jonathan c’est le moment d’offrir des douceurs au public (to make sweets for the people).

C’est ce qu’ils font. Ils nous offrent des douceurs sans jamais nous écoeurer. « Nous nous étions rencontrés avant mais nous n’avions jamais joué ensemble avant » précise Jonathan.

« From the ashes " (Kreisberg). Morceau élégiaque, aérien, élégant. Au son de cette musique, mon âme rêveuse vagabonde vers un ciel lointain.

« Windows » (Chick Corea). Les fenêtres sont grand ouvertes vers l’air du large. Cette musique brille, brûle, enflamme l’air du soir

« Francisco » (Tonino Horta). « Nelson a réussi à faire un arrangement différent, personnel de ce morceau. Dès que je l’ai entendu, j’ai voulu le jouer avec lui. » C’est une ballade. Le ventilateur ronronne avec nos esprits bercés par la musique.
« J’ai cru entendre les hélices d’un quadrimoteur mais hélas
Ce n’est qu’un ventilateur qui passe au ciel du poste de police
»
(Serge Gainsbourg, L’Anamour).

« C’est la première fois que nous jouons ensemble. Ce qui est certain c’est que ce n’est pas la dernière » ajoute Jonathan. Ils jouent « Inner Urge » de Joe Henderson, un classique du Hard Bop. L’urgence est bien là. Ils ne la jouent plus cool. Quoique… Sur des airs connus, ces musiciens vous emmènent vers des espaces inconnus où vous vous sentez bien. C’est là qu’est le plaisir. Ca joue entre ces deux là. Le volant ne retombe jamais au sol dans cette partie.
Un dernier éclair gag de guitare électrique pour finir.

Je suis parti avant le rappel. J’avais école le lendemain. Le premier concert de ce duo fut une merveille. La sympathie entre ces deux virtuoses est évidente. Puisse ce syndicat d’admiration mutuelle nous réjouir longtemps encore !

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