Eric Le Lann un Quartet granitique

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Eric Le Lann Quartet.
Paris. Le Duc des Lombards.
Mercredi 16 septembre 2009. 22h.

Eric Le Lann : trompette
Dave Kikoski : piano
Thomas Bramerie : contrebasse
Billy Hart : batterie

La photographie de Dave Kikoski est l'oeuvre du Viril Juan Carlos Hernandez.

Par rapport au nouvel album d’Eric, joué ce soir, Thomas Bramerie remplace Douglas Weiss et Billy Hart Al Foster.

Intro à la trompette. Le trio les rejoint vite. Billy Hart n’a rien perdu de son punch. Eric est revenu à un certain classicisme avec ce projet. Ca tourne tranquille. Eric déroule ses arabesques de trompette. Billy Hart swingue comme un démon, léger, puissant, précis. Le jeu de Dave Kikoski est élégant, classique. De la belle ouvrage. Pour me démentir, il sort un passage franchement original mais toujours de bon goût. Beau solo classique, à la Paul Chambers, de contrebasse. Ostinato de contrebasse, cliquetis de batterie, ponctuation de piano et Eric improvise par dessus. Retour au thème.

« Le bleu d’Hortense ». Mon morceau fétiche d’Eric. Simple, direct, émouvant. Les tambours chantent, les cymbales craquent. Piano et contrebasse stimulent Eric qui se promène sur son thème. Le groupe pousse beaucoup plus fort sur scène que sur l’album. La ryhtmique swingue constamment et élégamment. Billy Hart y met du poids, Dave Kikoski de la légèreté, Thomas Bramerie de l’assise. Solo de contrebasse avec une attaque puissante, un son boisé, profond. Dialogue finement ciselé contrebasse/batterie. Le thème est sensuel, langoureux, amoureux mais pas mielleux. Ce n’est pas le genre de la maison. Jolie fin decrescendo.

Solo de piano pour ce morceau. Une ballade. La manche droite du sweat shirt de Dave est retroussée jusqu’au coude alors que la manche gauche descend jusqu’au poignet. Ce déséquilibre ne semble pas le gêner. Le jeu est élégant, un peu apprêté à mon goût. Il joue dans le médium, accélère sur place. C’est assez élégiaque.

Duo batterie/trompette pour introduire un autre morceau d’Eric. « C'est la nuit Lola ». La rythmique s’installe. Eric, bien reposé, repart à l’attaque. Le sens du décalage, de la relance, du soutien de Billy Hart est imparable. Ca pulse poussé par un batteur en grande forme, Billy Hart, septuagénaire fringant. Une dernière plainte de trompette et tout s’arrête.

Piano et contrebasse vibrent à l’unisson. C’est une ballade d’Eric jouée aussi dans son album breton « Origines ». Billy Hart reste aux baguettes. Ce morceau sent la mer et la lande. Eric creuse le thème, l’explore porté par sa rythmique.tchouc-tchouc-thcac de Billy Hart pendant que Dave glisse sur le Blues et que Thomas pose les fondations. Roulement de tonnerre avec les maillets sur les tambours, marche lente du piano et de la contrebasse. Le son est grave, mat et dru.

« You don’t know what love is ». Standard qui figure sur le nouvel album d’Eric. Une version pêchue et sexy. Solo de piano qui surfe sur le tempo. Transition par un court solo de contrebasse. Le quintet reprend le thème. Depuis que Chet Baker n’est plus là, il reste Eric Le Lann pour le jouer aussi bien. Avec Billy Hart, la ballade devient funky.

Solo de trompette pour introduire une bossa nova « Black and white » (Jobim) qu’Eric a enregistré en duo avec Martial Solal au piano (Jazz à Vannes 1999) puis avec Jean Marie Ecay à la guitare (Le Lann/Ecay play Jobim). Duo piano /trompette beau, classieux. Contrebasse et batterie les rejoignent. Eric lévite au dessus du thème, léger et déchirant. Billy Hart tapote doucement. Piano et contrebasse ondulent en rythme. La rythmique vole comme le serpent à plumes, (é)mouvante, chatoyante. Très beau final gâché par un couple de bavards devant la scène. Au moins quand ils mangeaient, ils ne parlaient pas.

« Today I fell in love » (Eric Le Lann). Sur l’album, ce morceau est joué au Fender Rhodes. Au piano, ça reste funky, joyeux, puissant. Aujourd’hui, Eric est tombé amoureux et ça s’entend. Ah le groove implacable de Billy Hart ! Il peut donner des leçons sur le sujet à nombre de batteurs. D’ailleurs, Philippe Soirat, batteur , est dans la salle pour en profiter. En grand professionnel, Dave Kikoski sait jouer ça aussi. Ah si je pouvais donner à manger au couple de bavards pour qu’il se taise ! Fausse fin et ça repart avec un pain du batteur.

Concert bref, dense, efficace, riche en couleurs et en émotions diverses. Un vrai stimulus pour l’esprit et le corps.
 
Un extrait de ce concert se trouve dans la vidéo ci-dessous. Bonne dégustation, lectrices sophistiquées, lecteurs raffinés.
 
 
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