Alain Jean Marie et le Gwadarama réchauffent le Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Sunside. Jeudi 13 mai 2010. 22h.

 

Alain Jean Marie « Gwadarama »

 

Alain Jean Marie : piano

Marcel « Nano » Falla : guitare basse électrique

Raymond Grego : batterie

Roger Raspail : percussions

 

Avant de commencer cette chronique, je prie les lecteurs maîtrisant le créole de Guadeloupe de bien vouloir pardonner mes erreurs de transcription.

 

Ce soir, pour la première fois à Paris, Alain Jean Marie joue Gwadarama, son nouvel album, Panorama des musiques de Guadeloupe, allant au delà de la biguine dont il nous enchante depuis le temps qu'il lui plaît de nous enchanter.

 

 Les percussions ajoutent une couleur supplémentaire à la musique d’Alain Jean Marie. Tout est percussion mais il y a ce sens de la mélodie propre à ce merveilleux pianiste. Il ajoute une touche de nostalgie à cette musique énergique. C’était «  Za Si » de Franck Nicolas, jeune trompettiste guadeloupéen.

 

« Bato la » composition des années 1960 en hommage au bateau qui reliait la Guadeloupe à la métropole. C’est très dansant. Cette musique mériterait d’être jouée devant une piste avec leçons accélérées pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas les pas. Le piano devient un bateau voguant sur les flots de la rythmique. Roger Raspail s’intègre très bien au groupe ajoutant la couleur traditionnelle du Ka à une instrumentation Jazz. Pour ce projet Gwadarama, Alain Jean Marie a décidé d’aller au-delà de la biguine de sa jeunesse (il est né en 1945) jusqu’aux musiques actuelles de Guadeloupe.

 

Alain nous explique le contexte de chaque morceau. « Morena’s Reverie » est un hommage à son épouse, la chanteuse Morena Fattorini avec qui  il se produit régulièrement en duo. Le rythme est à 3 temps mais n’a rien à voir avec la valse. Quelle émotion ! Cet homme aime son épouse et cela s’entend. Chaleur, douceur, tendresse, balancement. Tout est à sa place pour cette femme. Le batteur travaille les cymbales alors que le percussionniste fait chanter les peaux des tambours. Il utilise aussi des maracas alors que le bassiste brode élégamment.

 

Le 15 août c’est la fête de la Vierge Marie (Assomption dans le calendrier catholique, apostolique et romain) et de nombreuses communes en Guadeloupe. « 15 août » (Roger Raspail). Introduction aux percussions. Son souple, chaud, métallique, vibrant. Les racines africaines ressortent à fleur de peau. C’est joyeux. La basse slappe. La batterie cingle. Le piano danse. Sur une note, Alain allège la musique, la rend plus Jazz.

 

« Thierry en l’an 2000 » (Alain Jean Marie). C’est un kaladja en hommage à un jeune musicien guadeloupéen. Rythme léger, avec des décalages, des surprises. Un défi pour les danseurs. C’est faussement prévisible. Alain Jean Marie est le seul musicien du quartet à ne pas porter de casquette sur scène. Ca doit être la marque du Chef.

 

La biguine est une musique urbaine, bourgeoise dansée dans les casinos mais aussi dans les bals populaires. La « biguine compas » date des années 1960. « Sérénade » (Alain Jean Marie). C’est plus énergique, plus haché rythmiquement que le morceau précédent. Je laisse les experts, dont je ne suis pas, expliquer la différence entre la biguine et la biguine compas.

 

« 23 mai zouk » (Alain Jean Marie) souvenir de l’abolition de l’esclavage. On est bien loin du zouk machinal de la bande FM. Ca joue, danse, chante la liberté. Très joli travail au triangle de Roger Raspail.

 

Changement d’air, de rythme. Mon voisin de devant, manifestement Antillais, joue des percussions sur ses cuisses. C’est dire si c’est bon. C’était «  Papa moen kou ».

 

PAUSE

 

Ca repart joyeusement. Le piano fait pouët pouët mais harmonieusement. C’est la fête. Ca sent le soleil, la mer, la chaleur ce qui n’empêche pas de bouger. Ma belle voisine Antillaise commence à danser sur place. Ces gars là assurent. Roger Raspail monte le son et ça se sent. C’est très bon.

 

Intro au piano d’une ballade dont Alain Jean Marie possède le secret. Le batteur est passé aux balais. Sur  un mouvement de poignet du pianiste, ça repart vif et dansant mais avec un parfum de nostalgie du pays natal. Cette musique change de la Guadeloupe des films et des affiches publicitaires. C’est plus colorié, plus varié, plus subtil mais toujours habité par les dieux du rythme et de la danse. Roger Raspail sait doser son effort en soutien comme en soliste. Ca joue juste. La rythmique tourne comme un seul homme. Dieux que c’est bon ! Cela nous allège et nous soulève. C’était « Dendé » de Roger Raspail.

 

Minuit. Le carrosse va se changer en citrouille. Un couple s’en va. Une ballade profonde. Un gros son de basse traverse la salle de part en part. Le piano chante sous les doigts d’Alain Jean Marie. Batterie et percussions correspondent. Comme le disait Duke Ellington, « comfortably hip and respectably cool ».

 

Alain Jean Marie n’explique plus les morceaux, ne les annonce plus. Le groupe joue et enchaîne. Morceau plus vif, plus dansant, plus joyeux. Ma belle voisine a des repères. Elle claque des doigts au changement de rythme. Alors que la rythmique tourne, Alain se lance dans des audaces pianistiques tout en restant dans le rythme. La grande classe. Le piano devient instrument de percussion en accompagnement du batteur et du percussionniste. C’est un jeu fait d’énergie, de maîtrise, de rigueur, de précision rythmique le tout avec imagination et émotion. Roger Raspail fait vibrer le Ka. C’était un hommage à « Ti Jean de Velo ».

 

Hommage aux amis de Kassav avec un de leurs tubes. « Kassav, c’est la musique de l’avenir » disait Miles Davis dans les années 1980. C’est très dansant mais à la manière d’Alain Jean Marie, plus subtile que l’originale. Je reconnais ce tube des années 1980 «  Scié, scié bois ».

 

Une dernière petite biguine avant d’aller boire un thé. C’est très joyeux, très vif et diaboliquement rythmé.

 

PAUSE

 

Il est 0h30. Je n’ai pas envie de partir, je n’ai pas sommeil mais il faut aller se coucher car il y a école le lendemain. Bien loin du simple folklore, au-delà de l’accompagnement des danseurs, Alain Jean Marie et son « Gwadarama » Quartet réinventent la musique guadeloupéenne, une musique métisse, antillaise qui peut toucher bien au-delà des amateurs de Jazz et d’îles des Caraïbes.

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