Ari Hoenig reçoit Rick Margitza au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Paris. Le Sunside.

Samedi 28 janvier 2012. 21h.

 

Ari Hoenig : batterie

Rick Margitza : saxophone ténor

 

Ari Hoenig

 

La photographie d'Ari Hoenig est l'oeuvre du Vital Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Ari Hoenig était au Sunside pour trois soirées en duo : la première avec Rick Margitza, la seconde avec Jean-Baptiste Trotignon (piano), la troisième avec Yaron Herman (piano). J’étais à celle qui m’intéressait. Bonne pioche !

 

La plainte du ténor, les maillets sur les tambours. Ca vibre. Ari passe aux baguettes. Ca commence à tricoter derrière. Le sax devient tout doux. La batterie pulse doucement. Ca commence à chanter. Je hoche la tête. Je suis pris. Tout bouge, vibre, ondule. C’est la mécanique ondulatoire comme disent les physiciens. Retour au calme. Ca glisse sur du velours. Je sens la pulsation de la basse absente.

 

Solo de sax pour commencer. Rick lance un air dansant, léger. La batterie ponctue aux baguettes avec un tic, tac pas mécanique. Ils partent sur un standard dont le titre m’échappe. Il y a de bonnes vibrations dans l’air. Ce n’est pas facile d’accès mais c’est beau. D’ailleurs, les beautés faciles ne sont pas les plus intéressantes. Je reconnais « The Peacocks » de Jimmy Rowles que le compositeur joua avec Stan Getz au sax ténor. Je passe l’information à Mlle A, captivée et à M. P, perplexe, mais qui suit tout de même.

 

Au batteur de démarrer une sorte de marche militaire. Un pied maintient un tempo lent sur la grosse caisse alors que les mains accélèrent. Au sax de jouer seul maintenant. C’est une ballade ancienne « Embraceable You » (écoutez la chantée par Sarah Vaughan avec Clifford Brown). Quel improvisateur ! Rick se promène autour du thème, s’en éloigne, y retourne tout en gardant l’émotion. Ce n’est pas un hasard si Rick Margitza fut le dernier saxophoniste recruté par Miles Davis.

 

Le batteur repart, fait chanter les tambours. C’est savant, construit. Pas de frime. La technique au service de l’histoire. Il accélère. Les baguettes sont sèches, vives comme des sarments ardents. Retour au thème. Un standard bien masqué. Il passe aux balais. Je reconnais « Naima » de John Coltrane. Une version tout en douceur, comme il faut. Le batteur repasse aux balais. Ca brûle, le feu monte en puissance. Ca s’énerve même franchement. Sous contrôle tout de même. Sans contrôle, la puissance n’est rien comme dit une réclame. Retour aux balais. Ca glisse tout doucement vers le final.

 

Ils enchaînent directement sur « Night in Tunisia » de Dizzy Gillespie. Hommage au printemps arabe ? A comparer avec les versions enregistrées en trio par Sonny Rollins « Live at the Village Vanguard » en 1957.  Ca pulse avec le feeling oriental qu’il faut. Du pur hard bop de classe mondiale.

 

PAUSE

 

Deux musiciens s’ajoutent au duo initial.

Mike Valianu : guitare électrique

Jérémie Louvière : contrebasse

Il y avait aussi une chanteuse mais je n’ai retenu ni son identité ni sa façon de chanter.  Je ne garantis pas l’identité des musiciens car ils ne figuraient pas sur le programme.

 

La formation est celle de Sonny Rollins sur son fameux album « The Bridge » (1962).  Pulsation tranquille de la basse, joli son bien cool de la guitare. Ca roule. Le guitariste se tient élégamment à la limite entre le Jazz et le Rock’n Roll. Le sax arrive souple, chaud, poussé par la rythmique. Nous sommes dans le schéma classique du Jazz : thème, variations avec un solo pour chaque musicien. Avec des improvisateurs de cette classe, c’est intéressant. Un standard dont le nom m’échappe. La chanteuse, jeune pourtant, est trop classique pour des musiciens aussi créatifs. La rythmique l’accompagne poliment et gentiment. Le sax ténor la remplace comme voix dominante. Là, c’est autre chose. Le guitariste brode élégamment bien poussé par la batterie et soutenu par la contrebasse. Joli dialogue contrebasse/batterie justement.

 

Le batteur commence seul. Les mains roulent sur les tambours. « You don’t know what love is ». Malheureusement pour la chanteuse, elle ne fait pas oublier Chet Baker, elle le fait même regretter. Le quartet ronronne derrière elle comme un tigre au repos. Dès qu’elle cède la place à Rick Margitza, la magie revient.

 

Un morceau de  TS Monk. Le titre m’échappe. La musique aussi car c’est un duo batteur/chanteuse.

 

Elle quitte la scène. Place à la musique. Le batteur commence seul aux maillets. Avec les coudes sur les tambours aussi. Curieuse vibration. « Moanin » (Bobby Timmons) ( Ecoutez la version studio d’Art Blakey et les Jazz Messengers dans l’album « Moanin » et la version en concert « Live au club Saint Germain », toutes deux en 1958). Ca swingue toujours autant. Enfin le sax ténor entre dans la danse. Ca chauffe. Ari est revenu aux baguettes. Ca swingue viril, énergique, comme il faut. Ils descendent tout en douceur vers le final. Rick semble jouer de la flûte.

 

Un standard du bop. Du Monk ? La rythmique déménage vite et fort. Le sax ténor s’ajoute. Ca nettoie les oreilles.

 

PAUSE

 

Il y avait un 3e set mais, pour Mlle A, M.P et moi, ce double messieurs avait gagné la partie en deux sets. Nous avions notre comptant de beauté et d’émotion. Nous quittâmes ce concert heureux.

 

J’avais assisté il y a quelques mois, au même endroit, au duo Ari Hoenig/ Chris Potter et je m’étais prodigieusement ennuyé. Je me doutais qu’avec Rick Margitza, il y aurait de la musique, de l’émotion, de la vie. Il y en eut à foison.

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