Bill Carrothers offre deux concerts en un

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Bill Carrothers Trio.

Paris. Le Sunside. Mercredi 28 octobre 2009.21h.

Bill Carrothers : piano
Lionel Thys : contrebasse
Rémi Vignolo : batterie


La photographie de Bill Carrothers est l'oeuvre du Merveilleux Juan Carlos Hernandez.

Dré Pallemaerts était annoncé sur le programme mais c’est Rémi Vignolo qui est assis derrière la batterie ce soir.

Swing léger, agréable qui se muscle doucement. Pas de doute, le pianiste est aux commandes. La contrebasse est grande, belle, de couleur sombre. Elle va bien avec le grand gaillard qui en joue. C’était « Junior’s arrival » écrit par Clifford Brown pour fêter la la naissance de son fils.

« Delilah» (Victor Young). Une ballade que Brownie (surnom du trompettiste Clifford Brown) aimait jouer. Introduction au piano pensive, grave, profonde. Ca sonne presque comme un requiem. Chaque note est pensée, pesée, posée. Bill chante l’air en le jouant. Le batteur est aux mailloches et le contrebassiste le rejoint. Bill Carrothers chante trop à mon goût mais c’est beau tout de même. La musique est tendue et pourtant elle respire. Elle marche, elle avance, elle progresse.

Introduction par la contrebasse au son clair comme une guitare. Retour à la joie avec un trio qui vrombit de plaisir. La fin claque comme un coup de fouet. C’était un « ministrel song » des années 1840 dont je n’ai pas capté le titre. Les ministrels (du français ménestrel) songs, jouées et chantées - le plus souvent par des Blancs grimés en noir et se moquant des Noirs - font partie des ancêtres du Jazz.

Retour à Clifford Brown pour une ballade avec intro au piano. Bill chantonne. Le batteur est aux balais et ça finit dans un souffle.

Je crois bien que Bill Carrothers a annoncé à ses musiciens « Poinciana » standard dont la version définitive, à mon goût, a été donnée par Ahmad Jamal/Israël Crosby/Vernell Fournier au club Pershing à Chicago en 1956. Ils tournent autour du thème. C’est agréable mais ça ne respire pas comme sous les doigts d’Ahmad Jamal et de ses complices. Je ne sais même plus si c’est bien « Poinciana » qu’ils ont joué finalement.

La soirée spéciale Brownie continue avec une ballade. La contrebasse est de velours et les balais sont de rigueur pour le batteur. Rémi Vignolo griffe et frotte doucement. Calme et tension font bon ménage dans ce morceau. C’était « Time » (Richie Powell).

« Dirkin for Perkin » ( ?). Bill Carrothers nous explique qu’il aime Clifford Brown depuis qu’il a commencé à écouter et jouer du Jazz. C’est un de ses musiciens favoris. Morceau très péchu avec des baguettes virevoltantes sur la batterie comme entre les mains du « Professor » Max Roach.

PAUSE

La première partie du concert était consacrée à Clifford Brown, la deuxième aux compositions de Bill Carrothers.

Intro au piano pour une ballade. Ambiance « In the wee wee hours of the morning » que chantait si bien Frank Sinatra. La ballade est assez énergique grâce aux baguettes du batteur. Figures rythmiques répétées, décalées. Jeu subtil entre tension et relâche. L’essence du Jazz est là.

Je n’ai pas compris le titre suivant. « Dis… » ? Bill Carrothers raconte que, jouant avec Lee Konitz, il passa 3 jours à jouer et à se disputer avec lui. Peut-être que Bill n’est pas scientologue. En tout cas, ce morceau est un hommage à Lee Konitz. C’est énergique, rythmé avec les balais qui claquent sur les tambours. Ca va vite. Il y a des brisures, des zig zag, des changements. Cela ressemble à du Martial Solal, le meilleur complice au piano de Lee Konitz. Beau solo de batterie aux balais, énergique, puissant, malaxant. Ce soir Frank Amsallem, pianiste et Olivier Témime sont présents dans le public.

« Church of the open air ». C’est un morceau dédié par Bill à un de ses amis, ancien du Vietnam, excellent guitariste, mort en 2003. Intro au piano. C’est une ballade. Bill chantonne. L’église en plein air mériterait d’être écoutée à ciel ouvert. Le groupe entre dedans doucement avec les maillets qui font tonner au loin les tambours. Solo de contrebasse souligné par un balai faisant le tour du tambour. Très joli piano/batterie jouée aux maillets.

« Snow bond ». Ce morceau sortira sur un album solo de Bill Carrothers en 2010. Ce morceau lui a été inspiré par les journées où il reste coincé chez lui, à Minneapolis, sous la neige. Les frères Coen, Bob Dylan et Roger Prince Nelson sont aussi originaires de Minneapolis, Minnesota. Prince a d’ailleurs écrit une chanson sur ces jours de neige « Big white mansion ». Le morceau est fort, puissant, ouateux comme la neige qui colle au sol. La batterie fait des vagues, comme des paquets de neige poussés par le vent sur une maison.

Une ballade introduite au piano. Le batteur pétrit doucement la pâte sonore aux balais. Le contrebassiste fait gronder joyeusement l’instrument pendant que le pianiste joue le thème. Mes voisins de devant choisissent ce moment pour se lever et s’en aller. Grâce à leur rustrerie, je peux enfin étendre mes jambes, me relaxer sur cette douce musique. Grâces leur en soient rendues.

Bill Carrothers a joué à Carrothers, ville d’Ecosse que ses ancêtres ont quitté il y a 400 ans. S’ils sont partis d’Ecosse pour l’Amérique en 1609, ses ancêtres font partie des Pères Pélerins fondateurs de l’Amérique. A vérifier. En tout cas, Bill a écrit une symphonie pour Carrothers.

La première partie est d’esprit coltranien, ample, viril, magique. Il y a des influences de scottish dans le jeu. Normal vu le thème. Cette musique porte à la réverie : landes , bruyère, vent, espace, moutons, mer d’Ecosse, tout est là.

Deuxième partie de la symphonie pour Carrothers. C’est beau et doux. Je m’endors bercé par la rythmique. C’est une bien belle berceuse.

Le réveil est soudain. Ils enchaînent sur un air de danse tonique, sauvage comme la lande écossaise sous le vent. La musique court comme un torrent furieux à la fonte des neiges.

Une dernière ballade pour la route. « Peg » écrit par Bill pour son épouse. Dans l’intro au piano passe le thème de « Scarborough Fair » vieille chanson anglaise rendue célèbre par (Paul)Simon et (Art) Garfunkel. Il est évident que cet homme aime sa femme. C’est doux, chaud, enveloppant. Citation de la « Lettre à Elise » de Beethoven. La musique monte doucement en puissance avec les balais qui fouettent la caisse claire. Nicolas Thys tapote le corps et les cordes de sa contrebasse. Reprise en main du pianiste seul. C’est sa femme qu’il chante tout de même ! Le trio reprend, viril, tendre, amoureux.


C’est sur cet instant de grâce que s’est terminé la 2e partie du concert du trio de Bill Carrothers. Il était 0h15. Le marchand de sable était passé et j’avais école le lendemain. Je n’ai pas donc pas assisté à la 3e partie. C’était mon premier concert de ce trio. L’expérience est à renouveler.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article