Buffalo Collision en plein Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

« Buffalo Collision ». Paris. Le Sunside. Jeudi 25 février 2010. 21h30.

 

 

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Tim Berne : saxophone alto

Ethan Iverson : piano

Hank Roberts : violoncelle

Dave King : batterie

 

 

La photographie de Tim Berne est l'oeuvre du Tonique Juan Carlos HERNANDEZ.

 


Les puristes remarqueront que le collectif “ Buffalo Collision “ ( en français “ La collision du bison “ ou “ La collision de Buffalo “ selon l’interprétation) fusionne deux groupes et deux générations de musiciens. Tim Berne et Hank Roberts jouaient déjà ensemble dans les années 1980. Ethan Iverson et Dave King sont deux des trois membres de « The Bad Plus »

 

Avec sa coiffure d’ours émergeant de l’hibernation, Tim Berne a l’air d’un personnage des frères Coen.

 

Intro au piano. Un ostinato. Tim Berne est dans l’ostinato lui aussi. Les balais pétrissent. Le violoncelle est inaudible. Grosse pression d’entrée sur le pack adverse, c’est-à-dire le public. Le piano continue son roulement fou. Tim Berne triture l’instrument. Il semble que le violoncelleliste joue mais je ne l’entends pas. Hank Roberts passe au pizzicato et je l’entends enfin, grâce à l’ampli. Je sens cette ligne de basse dans le ventre, même si ce n’est pas une basse qui la joue. J’entends même le violoncelle sous l’archet. Le réglage du son est enfin bon. Quant à la musique, ils ne lâchent pas la pression même quand le tempo ralentit. Joli duo sombre, étrange entre le violoncelle à l’archet et la batterie. Ca tripote ferme. Le violoncelliste porte un joli bonnet bleu. Hommage à TS Monk ? Avec son bonnet, ses lunettes, son attitude et son jeu étrange, Hank Roberts n’est pas loin des personnages de Lovecraft. Le piano s’ajoute, encore plus sombre et inquiétant. Nous allons bientôt atteindre l’état de psychose. Le climat d’angoisse s’installe. Le public est cloué. Tim Berne ajoute d’autres notes tout aussi sombres, étranges et mystérieuses. Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, sympathiques lecteurs, aimables lectrices, le morceau est étrange, sombre et mystérieux à souhait. Après l’angoisse, l’alarme. Tim Berne fait la sirène. Le groupe pousse comme un seul homme. Personne ne leur reprochera de jouer facile. Dialogue entre le violoncelle à l’archet, effleuré, grinçant doucement et le chant du saxophone alto, léger, grave, chaud. Le concert est filmé. A chercher sur le Net plus tard. Pur moment de magie entre une batterie frottée avec souplesse et les cordes résonnantes du violoncelle. La musique apaise, caresse nos âmes. Le sax alto reprend son chant de muezzin par-dessus. Le quartet repart progressivement vers de nouveaux sommets du désir.

 

Le pianiste trifouille dans les cordes de son piano. Le sax pousse sa plainte étirée au maximum. Batteur et violoncelliste se mettent aussi à faire des bruitages. Le pianiste se remet au clavier. Ca gronde comme un orage menaçant au loin. Le piano fait les gouttes de pluie, le sax le vent. Les deux autres, la rumeur sourde de l’orage qui gronde. La pression atmosphérique monte dans la salle. L’orage approche mais personne n’a peur. Tous sont fasciné par le phénomène atmosphérique et musical. Ca crisse, vibre, martèle. Le batteur met la pression aux baguettes. Le piano souple décompose le temps comme des montres molles et folles. Tout se calme pour un solo de violoncelle d’apparence classique mais légèrement grinçant ponctué par le martèlement millimétré du batteur. Tim Berne rejoint le violoncelle dans un balancement parallèle. Le quartet repart à l’aventure. Duo sax alto/batterie aux balais. Le musique tournoie dans l’air. Personne ne craque sous la pression. Le batteur est passé aux baguettes et ça pétarade sec. Même les pains du batteur sont surprenants. Le sax se tait et le violoncelle vient vrombir relayé par les notes graves du piano. Le batteur roule comme un tambour de cirque déjanté. Ce batteur est un dur, un tatoué. Ambiance plus calme, impressionniste au piano. Le violoncelle entretient le côté obscur de la Force. La batterie tinte doucement. Dialogue velouté entre violoncelle et saxophone alto. Le batteur ponctue tout doucement avec les maillets. Un dernier chuintement du saxophone alto et c’est fini.

 

PAUSE

 

Je dois avouer que j’ai craqué sous la pression du pack adverse, victime de la « Buffalo Collision ». La musique a commencé à me faire mal au crâne au premier morceau du 2e set et je suis rentré chez moi.

 

Avis aux amateurs. Il faut être en pleine forme pour tenir le choc de la « Buffalo Collision » !

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